DOSSIER

À Dourdan, le salon Objec’tif Coiffure a fait appel à la Cramif pour trouver une solution sur mesure afin de limiter les expositions à différents polluants. Suivant les conseils de celle-ci et de son Centre de mesures physiques, une ventilation générale et un captage à la source ont été installés.

Pour préparer les mélanges, les coiffeuses bénéficient d’une enceinte ventilée dont elles démarrent l’aspiration quand elles ont à l’utiliser.

Pour préparer les mélanges, les coiffeuses bénéficient d’une enceinte ventilée dont elles démarrent l’aspiration quand elles ont à l’utiliser.

« QUAND NOUS réalisions des lissages, c’était Londres dans le salon ! », se souvient Kathie Dhuin, la gérante d’Objec’tif Coiffure depuis 2005. L’établissement de 50 m2 est installé dans le centre-ville de Dourdan, dans l’Essonne, au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation. « On ne se voyait plus, on devait ouvrir les portes, été comme hiver, pour ne plus être dans le brouillard. Et l’odeur n’était pas non plus agréable », témoigne Marine, coiffeuse. Les produits de lissage qu’elles utilisent, bien qu’à base de composés naturels, contiennent des corps gras qui dégagent de la fumée au contact du fer à lisser chaud. En 2018, la gérante cherche une solution pour les deux salariées du salon, ainsi que pour elle-même et pour ses clients. 

C’est en visionnant une vidéo sur les réseaux sociaux qu’elle trouve un début de réponse : sur un poste de préparation de couleurs dans un autre salon de coiffure, un captage à la source avait été installé avec l’aide de la Cramif. Kathie Dhuin se tourne donc vers la caisse régionale afin d’obtenir des conseils techniques. « Je n’y connaissais rien en ventilation, reconnaît-elle. Si je m’étais directement adressée à des instal­lateurs, je n’aurais sûrement pas choisi un système adapté à notre activité. » 

« Lorsque je suis venu la première fois, nous avons fait un point sur les besoins du salon, en termes de prévention des risques professionnels, explique Sébastien Bourges, contrôleur de sécurité à la Cramif. L’observation du travail réel des salariées nous a confortés quant à la nécessité d’apporter des solutions techniques. Notre accompagnement s’est concrétisé à travers un contrat de prévention. » Le contrat cible exclusivement le risque chimique, la gérante ayant déjà investi dans la prévention des troubles musculosquelettiques (lire l’encadré ci-dessous). 

Dimensionner l’installation

Deux solutions, distinctes et complémentaires, sont envisagées afin de couvrir l’ensemble des expositions. La première est une ventilation générale pour le salon, afin de diluer l’ensemble des polluants émis lors des soins prodigués par les coiffeuses les fumées de lissage mais également ceux contenus dans les produits fixateurs tels que les laques. « Même s’il y a une réduction de la quantité des composés chimiques présents dans les produits que nous utilisons, il en reste toujours, souligne Kathie Dhuin. Il est difficile de faire une permanente sans ammoniaque, par exemple. » La deuxième solution est un captage à la source lors des préparations pour les couleurs et décolorations. Certaines contenant des irritants et des allergènes, elles sont réalisées dans une pièce séparée. 

LES TMS DANS LES SALONS DE COIFFURE

En 2016, Kathie Dhuin a fait installer trois bacs à shampooing électriques et ergonomiques, grâce à l’aide financière simplifiée Préciséo. Ils sont réglables en hauteur pour s’adapter à la taille de la coiffeuse, lui évitant de se baisser ou à l’inverse de lever les bras. La coiffeuse a également testé les ciseaux sans anneaux, dès 2015. Ils permettent de faire des coupes sans avoir à lever le bras ou l’épaule, ni casser le poignet. « Je les utilise en alternance avec les ciseaux classiques, qui restent plus pratiques pour les coupes peigne-ciseaux », témoigne-t-elle. 

Le Centre de mesures physiques (CMP) de la Cramif est venu pour dimensionner l’installation de ventilation, prévue pour rejeter l’air extrait à l’extérieur du bâtiment, après filtration. « Pour la ventilation générale, l’objectif est d’avoir un débit d’air suffisant pour assurer un renouvellement d’air du local d’au moins 6 volumes par heure », détaille Ludovic Hainoz, contrôleur de sécurité au CMP de la Cramif. Cela correspond à un débit de 650 m3/h, au vu des dimensions de la pièce principale.

« L’installation permet un balayage linéaire de l’air : l’aspiration se fait par l’intermédiaire de bouches d’aspiration positionnées aux points les plus émissifs (opérations de lissage par exemple), indique Sébastien Bourges. Elles se situent du côté opposé par rapport aux bouches de soufflage d’arrivée d’air “neuf”. » Quant à la préparation des produits techniques, le CMP préconise l’installation d’une enceinte ventilée. « Avec cette fois un objectif de vitesse d’air de 0,5 m/s au point le plus éloigné des fentes d’aspiration, situées à l’arrière du “box” », détaille Ludovic Hainoz. Cela correspond à un débit de 600 m3/h. 

« Les données techniques établies par le CMP ont ensuite été clairement mentionnées comme objectifs à atteindre dans le contrat de prévention établi avec l’entreprise, explique Sébastien Bourges. Elles ont servi de base à la rédaction du cahier des charges pour les différentes installations. » Le cahier des charges en main, Kathie Dhuin contacte un premier installateur. « Il m’a répondu que le plafond était trop bas pour aménager une ventilation générale », se souvient la gérante. La deuxième entreprise rencontrée ne voit pas de difficultés particulières. 

Décoration et fumigènes

Les travaux d’installation ont lieu au printemps 2020, pendant une semaine complète de fermeture du salon. La centrale d’air a été installée dans la salle de prépa­ration des couleurs. Elle permet aussi de chauffer l’air ou de le refroidir, afin d’assurer un confort thermique aux salariées et aux clients. Elle est réglée pour se mette en route automatiquement sur les heures d’ouverture du salon. Elle est peu bruyante, grâce à un caisson insonorisant. « Nous avions établi une valeur limite de bruit à 65 dB(A) », souligne Sébastien Bourges. 

ÉVALUER ET MAÎTRISER LES RISQUES DANS LA COIFFURE

Les salariés des salons de coiffure sont exposés à différents risques professionnels (TMS, chutes, allergies…). Pour accompagner les entreprises du secteur dans leur démarche de prévention, l’INRS a créé un certain nombre de publications, notamment dernièrement Coiffure. Santé au travail : passez à l’action ! (ED 6397), et d’outils. L’évaluation de ces risques peut se faire grâce à un outil interactif d’évaluation des risques en ligne « Oira coiffure », disponible en libre-service. Il permet de réaliser le document unique d’évaluation des risques professionnels du salon de coiffure et son plan d’actions. Les risques liés à la Covid-19 doivent, au même titre que tous les autres risques professionnels, faire l’objet d’une démarche d’évaluation de la part des employeurs. Pour accompagner les entreprises dans cette démarche, l’INRS et l’Assurance maladie-risques professionnels ont élaboré l’outil « Plan d’actions Covid-19 ».

Quant à l’aspiration de l’enceinte ventilée, les coiffeuses la mettent en marche quand elles ont besoin de préparer des mélanges. À ce poste et pour répondre aux préconisations de la Cramif, un éclairage doit être ajouté ainsi qu’un dispositif de détection de présence associé à une tempori­sation. Les devis ont été demandés. L’air extrait par ces deux systèmes est rejeté au fond de la cour, à distance du lieu de prélèvement de l’air neuf.

Dans le salon, les tuyaux métalliques gris véhiculant l’air passent sous le faux-plafond. Ils ne se fondaient pas dans le décor précédent, jaune clair, mais se font discrets dans la nouvelle décoration aux teintes grisées, réalisée après les travaux. L’installation est fonctionnelle depuis la réouverture après le confinement du printemps et un dossier d’installation a été établi par le fournisseur.

Le CMP est venu vérifier l’instal­lation. Un test au fumigène a permis de s’assurer que les mouvements d’air correspondent à ceux attendus. Les mesures aérauliques ont révélé que les objectifs en termes de vitesse d’air et de renouvellement ont bien été atteints. Le niveau sonore se révèle également satisfaisant. Au-delà de l’aide technique apportée par la Cramif et son CMP, l’aide financière prévue dans le contrat de prévention a couvert une partie des frais occasionnés par l’installation du système de ventilation. « Sans cela, le financement de cette installation aurait été compliqué », reconnaît Kathie Dhuin. 

Katia Delaval

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