DOSSIER

© Éric Franceschi pour l’INRS

Cosmétique en Provence est une jeune TPE, qui vient de vivre de profonds changements – process, matériel, flux – qui s’accompagnent de l’arrivée de nouveaux salariés. La Carsat l’a conseillée pour qu’elle prenne en compte la prévention des risques professionnels.

Sur l’une des lignes de conditionnement, 10 000 pièces sont remplies chaque jour et une visseuse automatique a été achetée. L’opératrice positionne le bouchon mais ne le visse pas.

Sur l’une des lignes de conditionnement, 10 000 pièces sont remplies chaque jour et une visseuse automatique a été achetée. L’opératrice positionne le bouchon mais ne le visse pas.

« On peut le dire : dans le secteur de la cosmétique, nous sommes des petits. Mais je tiens néanmoins à faire les choses à fond et en veillant à la santé de mes salariés ! » À fond, Didier Chaussegros, dirigeant de Cosmétique en Provence (CEP), l’est. Tout le temps. D’autant que son entreprise vit actuellement de profonds bouleversements.

Cosmétique en Provence est une jeune entreprise qui compte une quinzaine de salariés et qui fabrique des gels douches, crèmes, shampoings, du liquide au pâteux. Installée à Valensole, dans les Alpes-de-Haute-Provence, elle est en train de prendre un important virage qui affecte les process, les salariés et les équipements.

Au milieu des années 2000, Flavienne Chaussegros, l’épouse de Didier Chaussegros, se lance dans la distribution de produits cosmétiques, leur fabrication étant d’abord sous-traitée. Puis un laboratoire de fabrication est racheté, à Volx, pas très loin de Manosque. En 2010, celui-ci déménage à Valensole : la production et le conditionnement sont alors réalisés sur le même site et occupent moins d’une dizaine de personnes. Il y a un an et demi, Didier Chaussegros, qui en a la direction, prend conscience du fait que son entreprise arrive à une taille critique et qu’il n’est pas le seul dans son cas. Il se met en contact avec deux petits laboratoires confrontés aux mêmes problématiques, en décembre 2013.

En septembre 2014, un rapprochement de ces trois entités a lieu sur le site de Valensole. CEP reprend une partie du personnel et du matériel des deux autres laboratoires, ainsi que leur clientèle. Son dirigeant fait part de ses projets d’agrandissements à la Carsat Sud-Est, qui le conseille sur la prise en compte de la prévention des risques professionnels et signe avec lui un contrat de prévention en novembre dernier. À la mi-février 2015, les choses ont déjà pris forme. « Mais c’est un peu tôt pour tout voir », regrette Didier Chaussegros. « Nous arrivons à un moment clé pour cette entreprise, reprend Jean-François Adam, ingénieur-conseil à la Carsat Sud-Est : le matériel est arrivé, de nouveaux salariés ont intégré l’entreprise et un nouveau bâtiment a été créé. »

Renouvellement de l’air

La plupart des locaux ont ou sont en train de changer d’affectation : un nouveau bâtiment a vu le jour. « En fabrication, nous sommes passés de 120 m2 à 300 m2 », précise le dirigeant. Le sol est tout neuf, en résine de type R11 (indice de glissance témoignant d’un sol antidérapant). Il fait partie du contrat de prévention, tout comme, dans le local de stockage des matières premières, exemptes de CMR, les racks, munis de sabots. « Mais on n’a pas fini, tient à préciser le dirigeant. On a prévu de créer une zone de rétention, de mettre en place des bascule-fûts et de stocker les fûts à l’horizontale (et donc d’enlever le système de pompes provisoirement en place). »

Au plafond, deux chaussettes traversent la salle de fabrication. Elles permettent de filtrer et de renouveler l’air. Cinq turbines fonctionnent pour réaliser les mélanges ou les émulsions, quatre d’entre elles sont suspendues à des potences. « C’est très pratique et d’utilisation souple, remarque Frédéric Brard, responsable de fabrication. On met les fûts sur des palettes que l’on amène sous la potence à l’aide d’un transpalette. Le mélange peut se faire directement dans les fûts, on manipule moins. » Au fond de la pièce, trône une cuve de 300 litres qui permet de réaliser sous vide des mélanges grâce à une triple agitation. Un matériel également prévu dans le contrat de prévention car il permet de limiter le bruit.

CHIFFRES

● 2 ans, c’est la durée du contrat de prévention signé avec la Carsat Sud-Est.
Mais deux mois après sa signature, bon nombre de points avaient été réalisés : acquisition d’un transpalette haute levée, d’un réacteur sous vide, de racks avec sabots (pas tous), du groupe de vissage. Le sol en résine R11 a également été réalisé.
● 500 à 600 formules sont proposées au catalogue.
● 15 000 pièces par jour, c’est la capacité de production, à terme, au conditionnement.
Les conditionnements vont de 30 ml à 1 l.
CEP compte 15 salariés.
Depuis sa création, CEP a toujours connu une croissance annuelle à deux chiffres.

Côté aspiration, rien n’est encore en place. « Ça ne va pas tarder, assure le responsable de fabrication. Mais il faut d’abord qu’on fige les postes de pesée et de mélange pour savoir où installer les systèmes d’aspiration. » « De nouveaux produits étant arrivés lors du rapprochement avec les deux laboratoires, il faudrait aussi refaire une liste des produits, des fiches de données de sécurité et des mesures de prévention à mettre en œuvre en fonction des dangers identifiés (dispositifs de protection collective et individuelle) », complète l’ingénieur-conseil.

Trois lignes de conditionnement

Au conditionnement, la prévention progresse également. Le bâtiment est en cours de réagencement, un sol de type R11 a été coulé et des ouvertures ont été réalisées. À la fois vers l’extérieur pour faire entrer la lumière naturelle et vers les bureaux « pour favoriser l’esprit d’équipe ». « Dans tous les cas, c’est très pratique, reconnaît Laurence qui travaille dans la partie administrative. Si les personnes du conditionnement ont besoin de quelque chose ou de renfort, on communique facilement. » Le conditionnement est organisé en deux équipes, une du matin et une de l’après-midi. Compte tenu de la croissance des commandes, une troisième équipe, de journée, va être créée.

Si trois lignes de conditionnement sont installées, pour l’heure, deux sont simultanément en fonctionnement et servent à remplir des spécialités à base de lait d’ânesse ou d’huile d’argan. Sur une première ligne, 10 000 pièces sont remplies chaque jour et une visseuse automatique a été achetée. L’opératrice positionne le bouchon mais ne le visse pas. Sur l’autre ligne, c’est une visseuse semi-automatique, sur potence, qui est utilisée. Un transpalette à grande levée permet d’alimenter la ligne en limitant les manutentions. Les murs sont protégés par des panneaux lavables et, pour limiter les apparitions de troubles musculosquelettiques, des rotations sur les postes – sur une même ligne et entre les lignes – ont été instaurées.

« Quelques mois après avoir la signature d’un contrat de prévention avec la Carsat, on voit déjà des changements importants dans cette entreprise, souligne Jean-François Adam. Les locaux sont lumineux, peu bruyants, recouverts d’un sol antidérapant. Des aménagements ont été réalisés pour limiter les manutentions ou l’apparition de troubles musculosquelettiques. CEP a posé de bonnes bases. Reste un point important : l’aspiration à la source, mais il faut bien réfléchir à son positionnement. Et probablement également amorcer une réflexion sur la séparation des flux piétons et des véhicules à l’extérieur des bâtiments. »

Tous les mois, Didier Chaussegros fait le point avec ses salariés pour avoir leur avis sur les changements en cours et réfléchir ensemble aux améliorations possibles. On a le sentiment que le changement est permanent dans cette entreprise et Didier Chaussegros ne semble jamais à court d’idées.

UNE PERSONNALITÉ ATYPIQUE

le formaldéhyde entre dans la composition de nombreux produits de désinfection

Didier Chaussegros a eu plusieurs vies. Entré à l’Éducation nationale, il la quitte au bout de quelques années, « pour revenir chez lui », dans les Alpes-de-Haute-Provence. Là, il crée et fabrique des meubles de présentation pour les produits alimentaires régionaux, que distribue son épouse. Puis ils cessent cette activité, avant de se lancer dans la cosmétique : d’abord dans le commerce, puis dans la fabrication. Aujourd’hui, Cosmétique en Provence fabrique des produits sous la marque « Chemins de Provence », « Chemins des vignes », etc., et a également une activité à façon. En 2015, son dirigeant espère voir son chiffre d’affaires passer de 1,4 million à plus de 2 millions d'euros, compte tenu des changements opérés.

Delphine Vaudoux

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