DOSSIER

Nombreux sont les salariés exposés aux vibrations. Qu’elles soient transmises aux membres supérieurs ou à l’ensemble du corps, elles peuvent présenter un danger pour leur santé. Évaluer ce risque est indispensable afin de mettre en place des mesures de prévention appropriées à chaque situation de travail, et d’un point de vue réglementaire.

En 2018, 421 cas de pathologies liées aux vibrations à l’ensemble du corps ont ainsi été indemnisés et 119 pour les vibrations transmises aux membres supérieurs.

En 2018, 421 cas de pathologies liées aux vibrations à l’ensemble du corps ont ainsi été indemnisés et 119 pour les vibrations transmises aux membres supérieurs.

Près de quatre millions de personnes en France seraient régulièrement exposées à des vibrations au travail. Engins de travaux publics et de construction, de manutention, véhicules de transport ou encore fouloir, brise-béton, clé à choc, meuleuse… elles sont partout. Or l’exposition professionnelle à ce type de risque peut avoir des effets néfastes sur la santé. Les dommages provoqués dépendent de l’intensité, de la fréquence et de la durée d’exposition ainsi que de la partie du corps qui est touchée.

Deux types de vibrations sont distingués : les vibrations transmises à l’ensemble du corps, qui toucheraient environ 2,5 millions de personnes et celles transmises aux membres supérieurs qui concerneraient autour de 1,5 million d’individus, selon les chiffres de la Dares. Les premières sont associées à la conduite d’engins, de véhicules, de chariots… On les retrouve en particulier dans les activités du BTP et la logistique. Les secondes sont subies par les utilisateurs de machines portatives ou guidées à la main, que l’on retrouve dans les secteurs, encore une fois, du bâtiment, mais aussi de la construction mécanique, de la métallurgie et de l’entretien des espaces verts.

Des pathologies sous-déclarées

« Les vibrations transmises à l’ensemble du corps, de basses et moyennes fréquences, peuvent engendrer des douleurs lombaires et des hernies discales », précise Anne Pichené-Houard, médecin et responsable d’études à l’INRS. Certaines de ces pathologies sont reconnues comme maladies professionnelles au titre du tableau 97 du régime général de la Sécurité sociale. Quant à l’exposition professionnelle à des vibrations transmises aux mains ou aux bras, de basses et moyennes fréquences, elle peut provoquer l’apparition de troubles invalidants à différents niveaux. « Au niveau des os ou des articulations du poignet ou du coude (nécrose des os du carpe, arthropathie du coude) en lien avec des vibrations de basses fréquences, inférieures à 40 Hz, ou encore au niveau de la circulation sanguine (phénomène de Raynaud) ou des fibres nerveuses (neuropathie), en lien avec des vibrations de moyenne fréquence, entre 40 et 300 Hz, provoquant une insensibilité des doigts et un risque d’échappement d’outils », détaille le médecin. Ces pathologies sont reconnues comme maladies professionnelles au titre du tableau 69 du régime général de la Sécurité sociale.

En 2018, 421 cas de pathologies liées aux vibrations à l’ensemble du corps ont ainsi été indemnisés et 119 pour les vibrations transmises aux membres supérieurs. Ces chiffres paraissent bien maigres au regard du nombre de personnes exposées. « Il y a certainement une sous-déclaration de ces pathologies, estime Anne Pichené-Houard. Probablement parce qu’elles sont méconnues et sous-estimées dans leur potentiel invalidant. » Par ailleurs, les vibrations constituent également un facteur aggravant de risques de troubles musculosquelettiques (TMS), au niveau du dos et des membres supérieurs . « Soumis à des vibrations, a fortiori quand il fait froid, l’opérateur va serrer fortement l’outil et solliciter de manière excessive les muscles et les tendons », explique-t-elle.

Aujourd’hui, des valeurs limites d’exposition quotidienne aux vibrations existent. Elles sont définies par le Code du travail et diffèrent selon la partie du corps concernée. Une évaluation du risque vibratoire, à l’instar de l’ensemble des risques professionnels, est nécessaire afin de mettre en place, le cas échéant, des mesures pour respecter ces plafonds. « Ces évaluations doivent prendre en compte la durée d’exposition de l’opérateur et la valeur d’émission vibratoire des engins ou des machines utilisées », souligne Maël Amari, responsable d’études à l’INRS. Cette obligation légale incombe aux dirigeants d’entreprises dont les salariés sont concernés par de telles expositions.  
Pour les aider de répondre facilement à cette exigence, l’INRS a développé une application appelée « Outil simplifié d’évaluation des expositions aux vibrations » (Osev). Cet outil permet d’obtenir, sans réaliser de mesures, une estimation de l’exposition vibratoire quotidienne d’un salarié à son poste de travail, en prenant en compte la situation de travail globale. Néanmoins, parfois, dans certaines situations, des mesures sur le terrain peuvent s’avérer indispensables.

C’est le cas lorsqu’une entreprise utilise des machines ou des engins atypiques, ou dans des conditions particulières. L’évaluation de l’exposition sera alors plus précise, mais les mesurages nécessitent un matériel spécifique, répondant à des exigences normatives internationales. Ils doivent être réalisés par du personnel compétent en la matière (à noter que les préventeurs peuvent se former sur ce sujet avec l’INRS). Les Centres de mesures physiques des Carsat et de la Cramif, tout comme les services de prévention et de santé au travail, peuvent fournir une aide précieuse pour ces mesurages, ainsi que dans l’ensemble de la démarche de prévention de l’exposition aux vibrations.

L’EXPOSITION AUX VIBRATIONS SOUMISE A DES VALEURS LIMITES RÈGLEMENTAIRES

Le Code du travail (articles R. 4441-1 à R. 4447-1) oblige les employeurs à prévenir le risque vibratoire. Il fixe notamment des valeurs limites d’exposition journalière, de deux types :

  • la valeur d’action, qui, si elle est dépassée, impose la mise en œuvre de mesures techniques et organisationnelles afin de réduire au minimum l’exposition ;
  • la valeur limite d’exposition, qui ne doit jamais être dépassée.
    En fonction des parties du corps affectées par le risque vibratoire, le niveau de ces limites varie.

    - Vibrations corps entier : valeur d’action, 0,5 m/s2 ; valeur limite d’exposition, 1,15 m/s2.
    - Vibrations main-bras : valeur d’action, 2,5 m/s2 ; valeur limite d’exposition, 5 m/s2.
    Par ailleurs, le Code du travail interdit d’affecter les jeunes de moins de 18 ans à des travaux les exposant à un niveau de vibrations supérieur aux valeurs d’action (article D. 4153-20).

« En cas de dépassement des valeurs d’action réglementaires, une démarche visant à limiter l’exposition des opérateurs concernés doit être menée dans l’entreprise », souligne Maël Amari. Un objectif qui peut être atteint par la mise en place de différentes mesures techniques ou organisationnelles. Supprimer l’exposition aux vibrations est parfois possible, par exemple en utilisant des engins télécommandés éloignant les opérateurs de la source de vibrations. Côté machines, le choix de modèles moins vibrants permet également de limiter l’exposition.

Sols, sièges et entretien

« Pour comparer différents modèles, on peut se baser sur les valeurs de l’émission vibratoire déclarées par les fabricants dans leur notice technique, souligne Maël Amari. Ces valeurs ne doivent toutefois pas être utilisées directement pour l’évaluation du risque, car elles sont obtenues dans des essais standardisés ne reflétant pas les conditions d’utilisation réelles. » Des dispositifs de réduction des vibrations sont également proposés par certains fabricants. Ils contribuent à limiter l’exposition des opérateurs, qui doivent être formés à leur utilisation.

Pour les engins et véhicules, le type de sol sur lequel ils circulent est un facteur important dans l’intensité et la fréquence des vibrations. « Privilégier une circulation sur des voies avec le moins d’irrégularités et à la vitesse la plus faible possible permet de limiter les nuisances, illustre Jérôme Rebelle, responsable d’études à l’INRS. Il est également possible de limiter leur transmission au conducteur grâce à un siège équipé d’une suspension mécanique ou pneumatique efficace, et adapté à l’engin. Plus le débattement de la suspension est important, plus les vibrations sont filtrées efficacement, notamment en basse fréquence. Le choix du siège peut toutefois être contraint par le type d’engin, du fait de l’environnement de la cabine et notamment sa hauteur. Son réglage doit être adapté au poids du conducteur. » Et, pour les sièges comme pour les machines, un entretien régulier des systèmes réduisant les vibrations contribuera à la prévention du risque vibratoire sur le long terme.

Katia Delaval

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