DOSSIER

LA MUTUALITÉ SOCIALE AGRICOLE (MSA) a mandaté un groupe de travail pour se pencher sur la prévention des addictions en milieu professionnel. Le programme de sensibilisation auquel la réflexion a abouti encourage le dialogue. Objectif : repérer la consommation de substances psychoactives et corriger les composantes organisationnelles auxquelles elle semble répondre.

© Olivier Pelletier pour l’INRS

© Olivier Pelletier pour l’INRS

Une femme agrippée à une chope de bière se tient la tête. Elle est floue et visiblement mal en point. « Besoin de lever le coude pour mieux travailler ? » Il s’agit de l’une des six affiches de sensibilisation aux risques d’addiction élaborées par la MSA. Un autre poster montre un homme en costume, que l’on devine cadre, qui vous fixe à travers des volutes de fumée. « Besoin de se doper pour mieux travailler ? » est cette fois la phrase d’accroche. Celle‑ci se retrouve sur une autre affiche qui représente le visage d’un homme en gros plan. Son œil, un peu fou, accroche votre regard derrière une mèche de cheveux. Un joint est coincé entre ses lèvres. Ces affiches ont été présentées à l’occasion du forum « addictions, qualité de vie au travail et performance en jardin espace vert », organisé par la MSA en janvier 2018 pour les professionnels du secteur.

Dans l’assemblée, les réactions sont mitigées. Certains s’interrogent sur le côté caricatural du fumeur de joint, d’autres remarquent que, sur les deux visuels concernant l’alcool, ce sont des femmes qui sont représentées… « Notre volonté n’est certainement pas de stigmatiser ou de juger, mais de permettre d’engager le dialogue, estime Zora Rezzag, infirmière du travail et pilote du groupe de travail. Que les professionnels réunis aujourd’hui réagissent et échangent va dans le bon sens. Cela doit amener à s’interroger sur la raison de la consommation de substances psychoactives, première étape indispensable pour mettre au jour ses éventuels liens avec le travail et son organisation. »

Une démarche compréhensive

En effet, la nécessité de pouvoir faire face à des contraintes imposées par le travail est l’un des facteurs de consommation de substances psychoactives. Par exemple, dans le domaine des espaces verts, certains travailleurs sujets au vertige trouvent dans un verre d’alcool l’aide pour être capables de travailler en hauteur lorsqu’une intervention le nécessite. C’est un mode de fonctionnement, une béquille qui permet à l’homme de trouver sa place dans l’organisation du travail. Faire évoluer celle-ci pour éviter aux travailleurs de compenser certaines contraintes en se dopant est la meilleure façon d’aborder le problème. Car l’interdiction ne suffit pas. En effet, les postes les plus à risque, généralement à tolérance zéro, comme celui de conducteur d’engins, sont paradoxalement ceux où, statistiquement, l’on consomme beaucoup.

« Les questions posées par ces affiches sont plus novatrices qu’il n’y paraît au premier abord, affirme Gladys Lutz, chercheure en psychologie du travail et présidente de l’association Additra. En misant sur le dialogue entre les salariés et les services de santé au travail, elles ouvrent la possibilité d’une prévention basée sur la prise en compte des facteurs de consommation de psychotropes liés à l’organisation du travail. Cette démarche compréhensive ne s’oppose pas à l’application des interdits, elle les complète. »

INTERVENTIONS EN ENTREPRISES

La MSA concrétise sa volonté de dialogue sur les addictions par le biais d’interventions en entreprises développées par le groupe de travail. « Après une présentation des différentes substances psychoactives, de leurs effets et des risques qu’elles entraînent, nous dialoguons avec les stagiaires, présente Zora Rezzag. Même s’il est vrai qu’en présence de la hiérarchie, la parole à plus de mal à se libérer, nous avons réussi à instaurer une discussion dans les entreprises que nous avons rencontrées. » Pour le moment, six interventions ont eu lieu. S’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions quant à l’évolution de la prévention des addictions au travail dans les structures ayant bénéficié de cette action, la MSA compte bien multiplier les sessions. En outre, le forum organisé en janvier dernier à destination des entreprises d’entretien d’espaces verts a permis de rappeler aux participants cette possibilité de faire intervenir la MSA auprès de leurs équipes. « Les prochains forums s’adresseront à des structures issues d’autres secteurs afin d’élargir notre audience sur les questions d’addiction », conclut Zora Rezzag.

Damien Larroque

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