DOSSIER

Avec une sinistralité élevée, la maison individuelle est le parent pauvre du secteur de la construction en matière de prévention des risques professionnels. C’est l’une des raisons pour lesquelles le secteur est inclus dans le programme national Risque chutes pros BTP. Des actions sont menées en régions pour faire progresser la culture sécurité sur ce type de chantier.

Le constructeur a intégré dans le cahier des charges une prestation de pose d’un échafaudage de pied et l’installation d’une protection de trémie d’escalier pour les lots couverture et charpente.

Le constructeur a intégré dans le cahier des charges une prestation de pose d’un échafaudage de pied et l’installation d’une protection de trémie d’escalier pour les lots couverture et charpente.

À L’ENTRÉE du village de Villers-la-Chèvre, en Meurthe-et-Moselle, un nouveau lotissement sort de terre. Parmi les maisons individuelles dont le gros œuvre est bien avancé, certaines sont ceinturées d’un échafaudage de pied et présentent un environnement de travail bien ordonné, avec un remblai périphérique. La présence d’un sanitaire individuel autonome à proximité illustre la préoccupation des responsables d’assurer un minimum de confort de travail aux ouvriers pour ses chantiers. Le constructeur, Maisons HCC a adhéré à une action initiée dans la région.

À raison de 120 maisons construites en moyenne chaque année, l’entreprise, qui compte une quinzaine de salariés et intervient sur toute la Lorraine, est un acteur incontournable du secteur. « Dans le BTP, il y a deux mondes : les chantiers les plus courants couverts par un cadre réglementaire exigeant une coordination de sécurité et les chantiers de maisons individuelles qui sont un peu les oubliés de la profession en matière de santé et sécurité au travail, explique Patrick Lagarde, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Est. Pour donner suite à nos constats alarmants remontant du terrain, nous avons décidé en 2017 d’entreprendre une action spécifique régionale à destination des constructeurs de maisons individuelles (CMI). » 

Menée conjointement par les Carsat Nord-Est et Alsace-Moselle, cette action cible le risque de chute de hauteur et porte sur quatre actions prioritaires : sécurisation des accès au bâtiment par la réalisation des remblais périphériques le plus en amont possible, sécurisation des trémies d’escalier au moyen de planchers de protection, mise en place de protections collectives telles que des échafaudages de pied pour sécuriser les travaux en toiture et, enfin, pose de rives de dalles. 

Risque de concurrence déloyale

L’action a débuté par une série de réunions d’information et d’échanges avec les CMI. « Même si les constructeurs exercent davantage la fonction de maîtrise d’œuvre, pour nous ils sont les responsables du chantier et tiennent donc un rôle de maître d’ouvrage, estime Patrick Bernard, contrôleur de sécurité à la Carsat Alsace-Moselle, animateur de cette action en Moselle. C’est à eux de faire appliquer la réglementation, d’organiser la coordination de sécurité en assurant par exemple la mise en place de moyens de protection en commun. »

CHIFFRES

10 métiers en moyenne sont appelés à intervenir sur les différentes phases de construction d’une maison individuelle : terrassement, maçonnerie, charpente-couverture, menuiserie, plâtre, électricité, plomberie-chauffage, chape-carrelage…
2 452 accidents du travail, avec au moins un jour d’arrêt, ont été recensés en 2017 dans le domaine de la construction de maison individuelle, dont 213 avec incapacité permanente. Le secteur employait sur cette même année un peu plus de 47 000 salariés.
33 % des accidents recensés sur les constructions de maisons individuelles sont des chutes (chute de hauteur et de plain-pied). (Source : Cnam)

Après une phase d’information en 2017, les deux caisses ont mené une campagne de contrôles en 2018. Depuis cette date, elles accompagnent les constructeurs afin d’améliorer le niveau de prévention de leurs chantiers. Chaque année sont organisées des réunions collectives à destination de l’ensemble des constructeurs. « Cette action ne peut fonctionner que si l’ensemble des entreprises de la profession font le même effort et intègrent toutes nos exigences. Nous nous soucions du risque de concurrence déloyale », poursuit-il. 

De telles exigences impliquent en effet un changement de culture profond de la part des constructeurs. « Au début, on s’est dit que ça allait être compliqué, reconnaît avec euphémisme Antoine Isler, responsable technique chez Maisons HCC. On constatait que les artisans faisaient le nécessaire quand on leur mettait la pression, mais ils se relâchaient dès qu’on passait à autre chose. » Car outre l’organisation du chantier, cela demande de la part des constructeurs un effort financier. Mettre à disposition un échafaudage en location par exemple coûte entre 1 200 et 1 500 euros. 

Des protections pour tous et pour longtemps

« Notre couvreur connaissait un échafaudeur, avec qui il travaille régulièrement, précise Antoine Isler. C’est comme ça que nous avons commencé, en incluant un poste échafaudage indépendant dans un marché. » À cette occasion, le constructeur a intégré dans le cahier des charges une prestation de pose d’un échafaudage de pied et d’une protection de trémie d’escalier pour les lots couverture et charpente, après la réalisation d’un remblai périphérique dès la fin des travaux de soubassement. « Hormis en première phase de gros œuvre, de simples garde-corps posés en rive de trémie d’escalier sont rarement adaptés aux risques rencontrés. Nous souhaitons un dispositif qui protège à la fois les abords mais aussi les travaux au-dessus de la trémie. Cela passe par un plancher de protection », insiste Patrick Lagarde.

CHALLENGE SÉCURITÉ RÉGIONAL

Afin de valoriser les efforts des constructeurs de maisons individuelles intervenant sur le périmètre de la Carsat Nord-Est et ayant des pratiques en santé, sécurité et conditions de travail exemplaires, innovantes et/ou particulièrement efficaces, un challenge sécurité régional est prévu début 2021. Les lauréats se verront remettre un trophée et aurront l’autorisation d’apposer le logo millésimé sur leurs produits de communication (panneaux de chantier, courriers, flyers, etc.).

« Les protections doivent concerner l’ensemble des intervenants (maçons, charpentiers, couvreurs, etc.) mais en aucun cas être gênantes et empêcher les différents corps d’état de travailler, souligne Patrick Bernard. C’est pourquoi elles doivent être prévues dès la conception pour rester le plus longtemps en place sur le chantier, et pour prendre en compte toutes les interventions. » Or la pose d’échafaudages et la protection des trémies sur des constructions de maisons individuelles sont des métiers nouveaux. Des fournisseurs commencent à développer des produits qui répondent à ces nouveaux besoins. « Et si tout le monde réfléchit à l’intégration de la prévention le plus en amont possible, les dépenses initiales peuvent devenir des économies, par une organisation plus fluide, un meilleur respect des délais, moins de casse de matériel… », estime-t-il.

Si les efforts commencent à payer sur le terrain, il faut maintenir l’attention pour que ces pratiques se pérennisent auprès des acteurs convaincus, et se diffusent auprès des autres entrepreneurs. « On n’a pas encore un recul énorme sur ces nouvelles pratiques, résume Antoine Isler. Ça s’intègre progressivement à notre culture. Ça demande plus d’organisation en amont, en planifiant les remblais, la pose d’échafaudage. » « C’est mieux pour tout le monde, confirme Mathieu Viriat, conducteur de travaux. On n’a pas envie d’être appelés pour entendre qu’on a eu un accident grave sur un de nos chantiers. Ça joue sur les conditions de travail, ça rassure nos sous-traitants et, sur le plan esthétique, ça donne une bonne image au client, qui voit le chantier de sa maison ordonné et propre. » 

PUBLICATIONS

Deux fiches techniques régionales « Risques liés aux chutes de hauteur. Activités bâtiment : construction de maisons individuelles » ont été rédigées sur les problématiques de chutes autour des trémies d’escalier (Bonnes pratiques pour la prévention des chutes au travers des trémies d’escalier, FT 10) et de travaux en toiture (Bonnes pratiques pour la prévention des chutes en zone de travaux de toiture, FT 11).

À télécharger sur www.carsat-nordest.fr.

Céline Ravallec

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