DOSSIER

LES ENTREPRISES DE MOINS DE 50 SALARIÉS

© Patrick Delapierre pour l'INRS/2020

La métallerie industrielle Lebrun S.A. a su créer une culture de prévention en interne. Devenue pérenne, elle ne cesse de s’alimenter au fur et à mesure des nouvelles expériences rencontrées.

 La capacité de l'entreprise à effectuer elle-même des aménagements sur ses machines est un gage de réactivité et de qualité.

La capacité de l'entreprise à effectuer elle-même des aménagements sur ses machines est un gage de réactivité et de qualité.

« Nous avons réalisé 1 462 interventions de maintenance liées à la sécurité et aux conditions de travail depuis douze ans. » Devant son écran d’ordinateur, Jean-Marc Degottex, directeur général de Lebrun S.A., métallerie industrielle basée à Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, retrouve la trace du moindre aménagement réalisé dans l’entreprise depuis 2008. Réparation de barrière, de roulettes, amélioration de l’éclairage d’un poste… – pour n’en citer que quelques-uns – illustrent la culture de prévention qui s’est mise en place de façon pérenne en interne.

« Si on regarde les statistiques d’accidents par mois, on se rend compte que leur fréquence est plus élevée les mois précédant les congés d’été. Si on se focalise sur la nature des accidents, les parties du corps les plus touchées sont les mains, les chevilles et les jambes. » Avec cet outil de gestion, il accède à toutes les informations, qu’il malaxe en tous sens. « Notre ERP (NDLR : progiciel de gestion intégrée) est très au point, il nous donne accès à toutes les informations qu’on cherche instantanément, permet des prises de décisions très rapides, facilite notre organisation et contribue ainsi à réduire la pression et le stress au quotidien pour tous », se félicite-t-il.

Environnement de travail à risque

La métallerie industrielle Lebrun S.A., qui compte 46 salariés, fabrique des grandes séries de pièces en acier. Parmi ses produits : des accessoires pour magasins (présentoirs métalliques, bacs à fouille) et pour plates-formes logistiques (sabots protecteurs de racks, butées oméga, plateaux spéciaux, séparateurs…), ainsi que des armatures métalliques de fauteuils électriques médicalisés. 2 500 tonnes de produits sortent en moyenne chaque année de ses lignes. Sa toute dernière réalisation est le châssis métallique de bornes de distribution de gel hydroalcoolique pour une régie de transports publics. Ce sont 800 tonnes d’acier qui sont stockées dans les ateliers, sous forme de fils, de tubes, de tôles. L’entreprise compte une trentaine de process, avec des machines de différentes générations : laser tôle, plieuses, robots de soudure, laser tube, redresseuse de fils, scie à commande numérique, poinçonneuses...

UNE HISTOIRE DE FAMILLE

La métallerie Lebrun S.A. a été fondée en 1955 par Maurice Lebrun. Maréchal-ferrant, il vend à l’époque sa motocyclette pour s’acheter un poste à souder et crée l’entreprise au centre de Beaune-la-Rolande. À l’entrée de l’établissement trône une machine à fabriquer des présentoirs à bouteilles conçue et réalisée par ses soins à l’époque. Ses enfants ont progressivement accédé à différentes fonctions dans la société pour le seconder, notamment son fils Alain qui prendra la présidence et est aujourd’hui président du conseil d’administration. En 1972, la tôlerie occupe 500 m2 avant de déménager ensuite dans la zone industrielle de la commune. Aujourd’hui, les ateliers occupent 10 000 m2. La métallerie réalise environ 8 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une moyenne de 2 500 tonnes de produits livrés chaque année. L’entreprise est divisée en deux entités : Lebrun S.A., qui compte 38 salariés et effectue tout le travail de l’acier, et Soprim, en charge de la peinture, du montage, de l’emballage et de l’expédition des produits, qui compte pour sa part 8 salariés.

Dans l’atelier de découpe, une toute nouvelle machine de découpe laser livrée début mars, en remplacement d’une poinçonneuse, est en cours de mise au point. Une équipe y suit d’ailleurs une formation. La machine est équipée d’un magasin automatique (chargement de tôles et déchargement de produits découpés et de squelettes). Ce système qui supprime les manutentions manuelles a fait l’objet d’un contrat de prévention avec la Carsat Centre-Val de Loire. « Elle émet aussi moins de bruit dans l’atelier, souligne Patricia Brousse, contrôleur de sécurité à la Carsat. De plus, l’air pollué par la découpe laser doit être rejeté à l’extérieur après filtration. Or le fabricant proposait initialement un recyclage de l’air. » Des travaux, imminents, vont permettre de remédier à la situation.

« Dans notre activité, les risques professionnels résident surtout dans l’environnement de travail, décrit Jean-Marc Degottex. Le premier risque est la collision engin-piéton, le deuxième est le pont roulant en mouvement. » Des coupures au niveau des mains sont aussi régulièrement recensées du fait des tôles d’acier très coupantes. Pour le risque de collisions engins-piétons, l’entreprise n’a pu délimiter pour l’heure de cheminements distincts, faute de place. « Mais on n’oublie pas les accidents ou incidents passés, on en tient compte dans notre organisation : on veille par exemple à ce que les allées restent toujours dégagées, notamment pour l’accès des secours », commente-t-il. Les chariots sont équipés d’éclairages bleus, le chauffeur klaxonne avant chaque virage pour s’annoncer. Autre illustration de ce souci constant de s’amé-liorer : depuis la survenue d’un arrêt cardiaque chez un salarié à son poste – qui a pu être sauvé grâce à ses collègues et l’intervention rapide des pompiers – l’entreprise s’est dotée d’un défibrillateur.

Compétences et polyvalence

Sur le plan des maladies professionnelles, le personnel est principalement exposé à des troubles musculosquelettiques, dont des problèmes de dos liés aux multiples manutentions manuelles. À l’atelier pliage, plusieurs postes sont équipés depuis de nombreuses années de chariots réglables en hauteur. L’établissement a d’ailleurs bénéficié en 2016 d’une subvention pour des investissements dans la prévention des TMS sur la ligne de peinture. En effet, les sollicitations physiques y sont fortes, en particulier dans la phase d’accrochage-décrochage des pièces. L’occasion d’acquérir une table élévatrice pour la manutention à hauteur des cartons de peinture poudre ainsi que deux trans-palettes manuels à levée électrique pour les phases d’accrochage et de décrochage des pièces ou encore d’un gerbeur.

LA CRISE SANITAIRE

Lebrun S.A. a interrompu son activité une quinzaine de jours au début du confinement lié à la Covid-19, le temps de s’organiser pour redémarrer en appliquant les gestes de protection. Les postes de travail étant suffisamment espacés, il était possible que la majorité des salariés travaillent avec au moins 2 mètres de distance autour d’eux.
La direction a mis à la disposition de tous des masques en textile lavables et réutilisables. Des distributeurs de gel hydroalcoolique sont installés aux entrées des bureaux et des ateliers. Parmi les autres actions, les vestiaires ont été réaménagés en fonction
des nouvelles contraintes (limitation de l’accès à une personne à la fois, rappels
des messages affichés partout) et les horaires de prises de postes ont été échelonnés.

« On fait souvent des petits aménagements en interne, comme cette barrière qui crée une chicane pour que les gens ne passent pas trop près de la ligne, commente Christophe Massonet, responsable de production. On s’est aussi rendu compte que les visières achetées pour se protéger du coronavirus sont bien adaptées pour nous protéger des accroches en mouvement sur la ligne, alors qu’on avait fait plusieurs essais non concluants auparavant. » Deux personnes sont en charge de la maintenance du parc machines sur le site. Un des avantages est que l’entreprise a la capacité de faire elle-même l’essentiel des réparations et des aménagements nécessaires. « La sécurité repose en grande partie sur la maintenance. On a tout ce qu’il faut sous la main pour faire selon nos besoins », souligne le directeur.

Depuis son arrivée dans l’entreprise en 2007, ce dernier a aussi souhaité impulser une plus grande polyvalence pour tous les salariés. « Je suis pour un mode de management participatif, insiste-t-il. Au fil du temps, j’ai tenu à développer les compétences de chacun. Aujourd’hui, les salariés sont très autonomes et polyvalents. » Chacun conserve un domaine de prédilection, mais avec des compétences complémentaires qui permettent d’aller sur d’autres postes, de seconder les collègues quand il y a des besoins ou des problèmes, de prendre les initiatives selon les événements, y compris en matière de sécurité au travail. 

Céline Ravallec

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