DOSSIER

Installée dans les Yvelines, l’entreprise Binet Travaux Publics mène ses propres chantiers et loue des engins à d’autres acteurs du secteur. Sa flotte d’engins, de camions et de véhicules légers nécessitant des réparations et un entretien réguliers, cette entreprise a fait le choix, dès sa création, d’intégrer les activités de maintenance.

Dans l’atelier de maintenance des engins de chantier, de nombreux équipements et outils de travail ont été prévus pour que les salariés travaillent en sécurité.

Dans l’atelier de maintenance des engins de chantier, de nombreux équipements et outils de travail ont été prévus pour que les salariés travaillent en sécurité.

« TRÈS RAPIDEMENT après avoir créé en 1990 mon entreprise de location d’engins de travaux publics, de déconstruction, de recyclage des matériaux et de désamiantage, j’ai compris que je devais avoir mon propre atelier de maintenance, raconte Michel Binet, directeur de Binet Travaux Publics. Dans le BTP, les mécaniques sont mises à rude épreuve et doivent être maintenues régulièrement. Dans ces conditions, dépendre de dépanneurs extérieurs peut mettre un chantier à l’arrêt pendant plusieurs jours. » La stratégie s’avère payante puisque l’affaire se pérennise et grandit. Aujourd’hui, l’entrepreneur yvelinois emploie 43 salariés, possède 40 véhicules légers et une cinquantaine d’engins et de camions (pelles, concasseurs, compacteurs, tombereaux articulés…) qu’il déploie sur 30 à 40 chantiers par an. 

L’évolution des pratiques dans le BTP a changé les exigences en matière de prévention des risques. Si, au départ, c’est un peu par obligation que le dirigeant intègre ces problématiques à son fonctionnement, il prend vite conscience que son affaire a tout à y gagner. Catherine, son épouse, rejoint les effectifs en 2010 en tant que responsable sécurité et affaires administratives. Elle s’attelle alors à la rédaction du document unique d’évaluation des risques. « C’est à cette occasion que je me suis rapprochée de la Cramif pour la première fois, se remémore-t elle. Depuis, je n’hésite pas à faire appel à ses services lorsque je veux monter en compétences. » « C’est en effet une personne habituée à nos formations, confirme Fabrice Matty, contrôleur de sécurité. La sécurité et les conditions de travail de leurs salariés constituent pour M. et Mme Binet une préoccupation réelle, assumée au quotidien. » 

Une fosse exemplaire

La configuration de l’ancien corps de ferme de Brueil-en-Vexin qui abritait les locaux de l’entreprise depuis ses débuts n’était plus compatible avec les ambitions des dirigeants. « Nous avions tout fait nous-mêmes sans penser ergonomie ou sécurité. Quand j’y repense, j’ai l’impression que nous évoluions dans un autre siècle, confie Michel Binet. Nous étions à l’étroit, nous n’avions pas de chauffage… En achetant un terrain à Gargenville, quelques kilomètres plus loin, nous avons pu repartir d’une page blanche. » Ainsi débute en décembre 2019 un an de collaboration avec la Cramif qui apporte expertise et soutien financier au projet. En janvier 2021, Binet Travaux Publics entre en possession de son nouvel outil de travail. 

Et une attention certaine a été portée aux opérations de maintenance des machines. La fosse de visite pour engins et poids lourds, longue de 26 m, est un modèle du genre. Le système de couverture rigide est mécanisé. De manière à éviter le risque de chute, une sécurité par détection interdit son ouverture en l’absence de véhicule et commande automatiquement sa fermeture au départ de celui ci. « Dans nos anciens locaux, pour ouvrir et fermer la fosse, il fallait déplacer des dizaines de planches de bois manuellement. Aussi, nous préférions souvent laisser la fosse béante en attendant le prochain engin, explique Bruno Le Guluche, chef d’atelier. Maintenant qu’il suffit d’appuyer sur un bouton, nous ne prenons plus ces risques. » Ventilée, éclairée par des néons, la fosse possède des alcôves de rangement et le puissant cric pneumatique qui permet de soulever les engins peut être escamoté le long des escaliers situés aux deux extrémités. Sans encombrement, pas de faux pas à redouter. 

PLUS D’ÉQUIPEMENTS QUE PRÉVU

La Cramif a apporté un soutien financier au projet de conception de Binet Travaux Publics. « La Caisse nous a octroyé 42 000 euros pour l’acquisition de matériels d’une valeur de 160 000 euros, affirme le dirigeant de l’entreprise. Cette aide bienvenue nous a permis d’aller plus loin dans notre démarche de prévention que ce qui était initialement prévu. Nous avons pu faire l’acquisition de dispositifs dont nous aurions certainement repoussé l’achat à plus tard. » Par exemple, cette table à roulettes, réglable en hauteur, pour travailler confortablement sur les pièces les plus lourdes. 
Auparavant, ce type d’intervention se faisait au sol et nécessitait des postures contraignantes. Par ailleurs, la balayeuse et la laveuse dispensent de récurer et de passer le balai. Tâches qui s’avèrent particulièrement fastidieuses lorsqu’il s’agit d’évacuer la terre et les poussières ramenées par les engins.

À côté de la fosse, sur une idée de Michel Binet, deux centrales de distribution, similaires à des pompes à essence, permettent d’avoir facilement à disposition les principaux fluides nécessaires (huiles, liquide de refroidis­sement, lave-glace, air comprimé pour gonflage). Leurs tuyaux de 20 mètres s’enroulent automatiquement pour ne pas traîner au sol. « Ce système évite les manutentions de bidons et les éventuels renversements qui rendent le sol glissant, remarque Fabrice Matty. Il diminue également les risques de contact des produits avec la peau. » 

Un espace dédié à la chaudronnerie

Au même niveau que les distributeurs, deux conduits pendent du plafond. Il s’agit des gaines du réseau d’aspiration des gaz émis par les moteurs thermiques. « Ils se fixent très facilement sur les engins, souligne Bruno Le Guluche en joignant le geste à la parole. C’est d’autant plus simple que nous avons des plates-formes munies de garde-corps pour atteindre les échappements… ou les moteurs lorsque nous devons les réparer. » Au nombre de trois, ces plates-formes, dont les roues peuvent être bloquées, évitent d’escalader les véhicules. L’une est adaptée pour monter à gauche, l’autre à droite et la dernière, plus haute, est ambidextre grâce à ses garde-corps amovibles. Les mécanos travaillent ainsi sur tout type d’engin sans craindre la chute. 

L’atelier de chaudronnerie est installé dans un local dédié, de manière à ce que les mécaniciens soient isolés du bruit émis par la torche de soudage. Cette dernière, aspirante, épargne l’opérateur en captant les fumées à la source. « Il m’a fallu quelques jours pour m’y faire et j’ai tout d’abord ressenti quelques douleurs au poignet, confie Dimitri Auvray, chaudronnier soudeur. Mais ce temps d’adaptation en vaut la peine. Je ne noircis plus de mouchoirs en rentrant chez moi le soir ! D’autant que si un peu de fumée échappe à l’aspiration, la ventilation de la salle a vite fait de m’en débarrasser. » 

Pour éviter les contraintes posturales, la hauteur de l’établi a été calculée en fonction de la taille de Dimitri qui peut compter sur le palan pour mettre en place et retourner les pièces les plus lourdes. Enfin, une potence maintenant suspendue à la station de soudage accompagne ses déplacements. Terminés, le repositionnement du caisson sans arrêt, les tuyaux qui traînent et les changements de fil à genoux.

En améliorant les conditions de travail de ses salariés dans les ateliers de maintenance, l’entreprise Binet Travaux Publics raccourcit ses délais d’entretien et de réparation… le travail sur les chantiers va s’en trouver facilité. Une opération gagnante pour tous. 

VÉHICULES LÉGERS ET STOCKS NE SONT PAS OUBLIÉS

Chez Binet Travaux Publics, l’atelier de maintenance des véhicules légers possède sa propre porte d’entrée pour éviter les croisements de flux. Point commun avec l’espace dédié aux engins, une centrale de distribution des fluides et l’aspiration des émissions de moteurs améliorent les conditions de travail. En revanche, pas de fosse ici, mais deux ponts, l’un à colonnes et l’autre à ciseaux. Ce dernier, lorsqu’il est en position basse, s’escamote dans le sol pour éviter les chutes de plain-pied. Le stock, sur deux niveaux, n’a pas été oublié. En bas, les pièces détachées à forte rotation et en haut les autres. Pour monter les caisses sur la mezzanine, le chariot entre par une porte dédiée qui donne accès à un petit espace séparé du reste de l’atelier, là encore avec une volonté de rationalisation des flux. Et une barrière écluse sécurise la réception des colis à l’étage. « J’attends, pour les petites pièces, la livraison d’une armoire de stockage verticale qui permettra de les récupérer toujours à hauteur d’homme », précise Michel Binet. 

Damien Larroque

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