DOSSIER

© Philippe Castano pour l’INRS

Installée à Saint-Mars-la-Jaille, en Loire-Atlantique, l’entreprise Thiévin fabrique des remorques agricoles et des caissons pour le secteur de l’environnement. Sa démarche de prévention relativement récente s’est enrichie d’un volet risques chimiques, avec l’utilisation de Seirich en 2016. Substitution, diminution des volumes de produits utilisés, formation des salariés… le logiciel a déjà permis plusieurs avancées notables.

Pour arriver à une baisse de 10 à 15 % de volume de peinture utilisée, ce sont les modèles de pistolet qui ont été changés.

Pour arriver à une baisse de 10 à 15 % de volume de peinture utilisée, ce sont les modèles de pistolet qui ont été changés.

Thiévin, entreprise familiale fondée en 1982 en région Pays-de-la-Loire, est en pleine mutation industrielle. En trente ans, le nombre de salariés est passé de huit à 240, dont une soixantaine d’intérimaires. La firme a su se diversifier, ajoutant à son activité historique de fabrication de remorques et d’accessoires de manutention pour les exploitations agricoles, la réalisation de bennes et de caissons pour l’industrie de l’environnement. Aujourd’hui, Thiévin transforme pas moins de 15 000 tonnes d’acier tous les ans.

« Lors de mon recrutement, en 2014, la politique de prévention était naissante dans l’entreprise, explique Fabien Gautron, responsable QSE du site. Au cours de mes deux premières années, ce sont les risques dus au levage ainsi qu’aux manutentions manuelles et mécaniques qui ont été prioritaires. Les actions menées en la matière portant leurs fruits, nous étions prêts à nous pencher sur les risques chimiques. » Le timing est parfait, puisque c’est à cette période que l’UIMM contacte la métal-lerie pour tester Seirich.

« J’ai un peu essuyé les plâtres, se rappelle Angéline Berthelot, coordinatrice HSE. L’étape d’entrée des données dans le logiciel nous a pris du temps et, au début, certains dysfonctionnements ne facilitaient pas les choses. Mais l’efficacité des équipes Seirich a permis de vite corriger le tir. Tous les problèmes que nous avons fait remonter ont été résolus. » Si l’utilisation du logiciel se fait d’abord au niveau 2, l’entreprise décide rapidement de passer au troisième niveau afin de gagner en précision.

Très vite, des améliorations voient le jour. Le mastic qui servait à réaliser les joints pour cacher les soudures des remorques, accessoires et caissons, par exemple, était classé comme dangereux par Seirich. Il a pu être substitué par un produit moins nocif. Un gain en sécurité indéniable quand on sait qu’en outre, les opérateurs avaient tendance à ne pas utiliser de gants pour lisser les joints, estimant perdre en précision s’ils les enfilaient. Et alors que le mastic ne pose plus de problème, une nouvelle référence de gants plus fins et mieux adaptés a conquis les salariés qui s’en équipent dorénavant sans rechigner. Ces gants ont d’ailleurs été adoptés à d’autres postes comme le lavage et le montage ainsi que partiellement en peinture.

Moins de solvants

Seirich a aussi permis de rationaliser l’entrée de nouveaux produits sur le site. « Avant, nos services peinture pouvaient se laisser tenter par le discours des fournisseurs sur leurs nouveautés, assume Fabien Gautron. Maintenant, nous demandons, avant tout achat, les fiches de données de sécurité (FDS) afin d’alimenter Seirich et de vérifier, via la simulation, si l’utilisation de ces produits est une bonne opération du point de vue de la prise en compte du risque chimique. »

QUELQUES DIFFICULTÉS DE DÉPART SURMONTÉES

Entre le serveur informatique de l’entreprise un peu lent et les bugs originels des premières moutures de Seirich, la prise en main du logiciel a demandé des efforts à Thiévin. D’autant qu’à la même période, le règlement CLP venait de changer laissant bon nombre des fiches de données de sécurité (FDS) des fournisseurs obsolètes. « Mais de cette difficulté est ressorti du positif, estime Reynald Brossard, contrôleur
de sécurité à la Carsat Pays-de-la-Loire. Les demandes de FDS émanant des entreprises ont certainement accéléré le mouvement des mises à jour chez les industriels de la chimie. » L’interface conviviale du logiciel a joué un rôle prépondérant dans son appropriation par Angéline Berthelot, coordinatrice HSE. « En découvrant le fonctionnement de Seirich par le biais des tutoriels et des formations, on complète en même temps ses connaissances sur le risque chimique lui-même, ce qui est vraiment appréciable et permet de rendre l’apprentissage moins rébarbatif », note-t-elle.

Autre avancée phare à mettre au crédit du logiciel, la drastique diminution de l’utilisation d’un solvant servant à nettoyer les cabines de peinture. Les rails qui traversent ces dernières et guident les remorques le long de la ligne de production étaient auparavant débarrassés de la peinture qui les encrassait à l’aide de seaux de solvant. Dorénavant, il n’est plus nécessaire de nettoyer les rails puisqu’il suffit de changer les bandes de tôle qui leur servent de protection. Un aménagement qui a permis de passer de 200 litres de solvant consommés par mois à seulement 20. Au final, Thiévin gagne sur tous les tableaux : moins de nettoyage, moins d’exposition et moins de dépense.

L’entreprise a également appris à se passer d’un produit censé empêcher l’apparition d’imperfections lors des opérations de soudage (anti-grattons). En formant les soudeurs à de meilleures pratiques (ampérage, position de la torche…), l’utilisation de ce produit identifié comme dangereux par Seirich est devenue totalement superflue. Si les salariés étaient, au départ, réticents à se passer du produit, ils sont finalement convenus de son inutilité. Dans le même esprit, en adoptant des références de peintures nécessitant moins de durcisseur, la consommation de ce dernier a pu être diminuée. Enfin, pour arriver à une baisse de 10 à 15 % de volume de peinture utilisée, ce sont les modèles de pistolet qui ont été changés.

Toutes ces améliorations ne marquent cependant que le début de la démarche de prévention de Thiévin. Car l’entreprise souhaite inscrire celle-ci dans la continuité. La mise à jour de l’évaluation des risques chimiques, réalisée avec la version 2 de Seirich, a permis de planifier d’autres actions. Dans l’optique de substituer des solvants, Thiévin mène actuellement des recherches pour changer de fournisseurs ou de références. Et dans l’hypothèse où la substitution ne pourrait se faire, des plans B sont d’ores et déjà dans les tuyaux.

Fumées de soudage

 « Nous pourrions diminuer l’utilisation de solvant en mettant à la disposition des opérateurs des bidons humecteurs, estime Angéline Berthelot. Ces dispositifs permettent, lorsque l’on appuie son chiffon ou son pinceau dessus, de l’imbiber de produit sans s’exposer à de grande quantité de vapeur, comme c’est le cas lorsqu’on utilise un pot ouvert. » La zone technique où sont préparées les peintures doit, quant à elle, être équipée d’un système de ventilation adéquat.

Le gros chantier que Thiévin souhaite prochainement mener à bien concerne les fumées de soudage. Si l’entreprise travaille sur le sujet avec la Carsat Pays-de-la-Loire, Seirich n’est pour le moment pas d’une grande aide. « Le logiciel n’est pas assez précis en ce qui concerne ce risque, affirme Fabien Gautron. S’il prend en compte les techniques de soudage dans son évaluation, il ne différencie pas les matériaux utilisés et considère par exemple équivalents le recours à l’acier et celui à l’inox, alors que ce dernier est plus dangereux. Nous avons bien entendu signalé ce défaut aux équipes Seirich pour que les prochaines versions soient encore plus performantes. »

« L’outil informatique de l’INRS a été des plus utiles pour mettre le pied à l’étrier à Thiévin concernant les risques chimiques, alors que l’entreprise partait de zéro en la matière, souligne Reynald Brossard, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays-de-la-Loire. Il reste encore beaucoup à faire, mais maintenant que l’entreprise est entrée dans une démarche de prévention continue, les mises à jour régulières du logiciel accompagneront son cheminement vers toujours plus de sécurité pour ses employés. » 

DE L’IMPORTANCE DE L’INFORMATION

Les fonctionnalités d’édition de Seirich sont mises à contribution pour informer les salariés de Thiévin, leur rappeler les risques inhérents aux différentes tâches et aux produits utilisés. Ainsi, les fiches produits simplifiées sont affichées sur les zones de stockage et les postes de travail. Quant aux produits reconditionnés, ils sont identifiés par des étiquettes imprimées grâce à la fonctionnalité dédiée du logiciel. L’entreprise a également formé douze opérateurs aux risques chimiques, mis en place des quarts d’heure de sécurité qui ont lieu chaque semaine pour parler bonnes pratiques et échanger sur les éventuelles difficultés du moment. « Nous avons par exemple observé une recrudescence de corps étrangers dans les yeux au soudage-meulage pendant une période, raconte Fabien Gautron. Nous avons consacré une partie de nos réunions hebdomadaires à ce sujet pour chercher des solutions afin de redresser la situation. »

 

Damien Larroque

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