DOSSIER

Actemium Maintenance Picardie est spécialisée dans l’ingénierie et la maintenance industrielle. Sa position d’entreprise extérieure l’a conduite à articuler sa démarche de prévention des risques autour de plans de prévention co-construits avec ses clients qui font figure de partenaires.

Avant chaque intervention d’Actemium sur le site de Chemours, des opérations sont réalisées selon le plan de prévention (vidange et rinçage de tuyaux, mise en consignation…) pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité.

Avant chaque intervention d’Actemium sur le site de Chemours, des opérations sont réalisées selon le plan de prévention (vidange et rinçage de tuyaux, mise en consignation…) pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité.

CRÉÉE IL Y A UNE VINGTAINE d’années et installée à Ribécourt-Dreslincourt, dans l’Oise, Actemium Maintenance Picardie, qui fait partie du groupe Vinci Énergies, met au service de ses clients, des industriels de la chimie et de l’agroalimentaire, sept domaines d’expertise en maintenance : électricité, robinetterie, tuyauterie, mécanique, serrurerie, instrumentation et méthodes. Ses 90 salariés interviennent dans une cinquantaine d’usines réparties entre le nord de Paris et la frontière belge. 

Ces professionnels exercent leur savoir-faire sur des installations qu’ils ne connaissent pas toujours bien et qui ne sont pas sous la responsabilité de leur employeur. Ce faisant, ils se confrontent à un fonctionnement et à une culture différents des leurs. « Cela concourt à multiplier les risques qui sont déjà prégnants dans l’industrie, observe Bertrand Grabowski, le directeur de la structure. Pour garantir des conditions de travail sûres à nos effectifs, nous avons placé le plan de prévention (PdP) au centre de notre stratégie. » Ce document qui recense les risques résultant de l’interférence entre les activités, les installations et les matériels permet de définir les mesures de prévention qui doivent être prises par chaque entreprise, tout en garantissant leur cohérence. 

S’appuyer sur le PdP

« Afin d’aborder la sécurité avec nos clients le plus en amont possible, nos responsables d’affaires effectuent une visite des installations avant l’élaboration des devis, ce qui permet d’y faire figurer nos analyses de risques et nos modes opératoires, souligne Camille Personneaux, coordinatrice QSSE (qualité, santé, sécurité, environnement). Puis, des PdP spécifiques aux chantiers sont rédigés sur la base d’une inspection en présence de tous les acteurs. » L’efficacité de cette démarche, validée par la Carsat Hauts-de-France, repose ainsi en bonne partie sur la qualité des relations qui se tissent entre les parties. La confiance et le respect mutuel qui lient Actemium à l’unité de production Chemours, basée à Villers-Saint-Paul, en est un bon exemple.

Sur le site classé Seveso seuil haut que Chemours partage avec d’autres sociétés du secteur de la chimie, tout personnel d’une entreprise extérieure qui se présente au poste de garde pour la première fois suit une session d’information d’environ deux heures sur les règles communes qui s’appliquent ici. Les intervenants qui composent l’équipe d’Actemium ont pour mission d’entretenir un savant enchevêtrement de tuyaux, de vannes, de cuves et de capteurs servant à l’élaboration d’agents extincteurs. « Nous suivons un programme précis de vérifications et de changement de chacune des pièces de la ligne de production afin de garantir son fonctionnement optimal et d’éviter les pannes, explique Olivier Heusse, responsable d’affaires Actemium. En cas d’avaries, il faut changer nos plans et nous pouvons bénéficier du renfort temporaire de collègues. »

ANECDOTE SOUS PRESSION

« Lors d’une mission de maintenance dans une usine chimique n’appartenant pas à la société Chemours, les mesures d’oxygène réalisées dans un réacteur n’étaient pas bonnes, raconte Bertrand Grabowski, directeur d’Actemium Maintenance Picardie. Alors que le responsable de l’installation insistait pour que le travail continue, notre salarié, sachant qu’il bénéficierait du soutien de sa hiérarchie, a refusé d’accéder à cette demande puisque les conditions ne correspondaient pas à celles stipulées dans le plan de prévention. Les premières mesures ayant été confirmées par un autre matériel, le chantier n’a pu reprendre en toute sécurité qu’après une étape d’aération de la cuve. Au final, notre collègue a été félicité par le responsable QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement) de notre client. Cette anecdote montre tout l’intérêt d’avoir un discours clair sur la prévention auprès de ses équipes, qui deviennent ainsi ambassadrices des bonnes pratiques sur le terrain. » 

L’activité est régie par plusieurs niveaux de PdP. La version annuelle donne les règles générales pour travailler sur les installations de Chemours. Ensuite, chaque type d’intervention programmée fait l’objet d’un PdP adapté, donnant les consignes spécifiques à respecter et les dispositifs à utiliser. Ce PdP permet également de vérifier que les intervenants ont bien les autorisations associées comme celle de travailler en hauteur ou sur des appareillages électriques. Ces documents sont revus la veille des chantiers et amendés si des évolutions organisationnelles ou matérielles les ont rendus caducs. 

Suivant la même logique, une intervention imprévue à la suite d’un dysfonctionnement ne sera jamais entreprise sans vérification du PdP concerné. « L’établissement de ces documents, tout comme les corrections qui y sont apportées, est le fruit de la confrontation des risques de chacun, indique Franck Billaud, responsable maintenance chez Chemours. Nous avons donc dû nous mettre d’accord sur un vocabulaire commun afin d’éviter de dangereuses incompréhensions. » 

Une amélioration continue

« Lorsque nous avons fait évoluer notre démarche de prévention il y a dix ans, Actemium a été invitée à participer aux réflexions, se remémore Yohan Leguillon, responsable EHS (environnement, hygiène, sécurité) chez Chemours. Depuis, nous évoluons de concert pour améliorer nos pratiques en la matière. » À la moindre discordance entre le plan préétabli et la réalité d’une intervention, celle-ci est suspendue. L’événement est analysé et chacun a voix au chapitre pour préciser le protocole qui permettra de reprendre la tâche en sécurité.

De bonnes pratiques qui se vérifient sur le terrain. Aujourd’hui, sur la ligne d’émail, le fonctionnement d’une vanne est en cours de vérification. Comme le spécifie le PdP, les équipes de Chemours ont préparé l’intervention de celles d’Actemium en vidant et rinçant les tuyaux ainsi qu’en consignant différents réseaux (électricité, vapeur, produits chimiques…). Les clés qui coupent les circuits sont bien rangées dans une boîte que chacun des opérateurs de maintenance scelle à l’aide de son propre cadenas, empêchant ainsi tout redémarrage tant que tous n’ont pas quitté le chantier. 

Pour se protéger des éventuels produits chimiques restés dans les tuyaux qu’ils démontent, les spécialistes sont équipés de protections respiratoires et de combinaisons adaptées. Celles-ci pouvant se révéler inconfortables, notamment lorsque les températures estivales s’installent, une fois assurés de l’absence de dangers, le PdP stipule que les travailleurs peuvent retirer leurs équipements de protection individuelle (EPI). « Pour certains travaux, il est nécessaire de les conserver. Nous organisons donc des roulements afin que les opérateurs ne subissent pas de coup de chaud », précise Franck Billaud. 

PdP bien ficelés par un travail sur un pied d’égalité, amélioration continue des modes opératoires et de la sécurité des salariés des deux entités, émulation entre les équipes… En mars dernier, les 1 300 jours sans accident sur les installations annoncées par Chemours étaient présentés comme une illustration de l’efficacité du système. 

MAINTENANCE 4.0

Actemium Maintenance Picardie a engagé la transformation digitale de son activité. Maintenance prédictive, technicien connecté, réalité augmentée, smart maintenance… autant de technologies qui permettent d’intervenir plus en amont, moins souvent et de manière moins invasive pour fiabiliser et optimiser la production. Si certains clients de l’entreprise sont déjà passés au 100 % digital, ces solutions sont encore au début de leur déploiement sur le site de Villers-Saint-Paul de Chemours. Des tablettes connectées, compatibles avec les zones Atex, renferment toute la documentation technique des appareillages ainsi que les plans de prévention. Elles permettent de valider chaque étape des interventions pour ne pas en oublier, et servent aux vérifications à la réception du chantier. Bientôt, des essais de détecteurs pour suivre au plus près l’état des équipements autoriseront à repérer les pannes avant qu’elles ne surviennent et ainsi à diminuer les interventions lourdes, souvent synonymes de risques accrus.

Damien Larroque

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