DOSSIER

Prenant appui sur l’analyse des risques et les résultats d’une étude ergonomique, les Transports Guivarc’h ont amélioré la sécurité des livraisons de menuiseries sur les chantiers les plus complexes. Leurs conducteurs ont été associés aux tests et le choix final d’un chariot embarqué radiocommandé met tout le monde d’accord.

Acquis il y a 18 mois, le chariot embarqué radiocommandé, placé sous le châssis du semi-remorque, simplifie grandement la tâche des conducteurs, lors des livraisons de menuiseries.

Acquis il y a 18 mois, le chariot embarqué radiocommandé, placé sous le châssis du semi-remorque, simplifie grandement la tâche des conducteurs, lors des livraisons de menuiseries.

« JE NE POURRAIS PLUS m’en passer. » Sur le site de l’entreprise à Bodilis, dans le Finistère, Laurent Teurnier s’apprête à partir pour sa tournée. Chauffeur pour les Transports Guivarc’h, il ne tarit pas d’éloges sur le chariot embarqué radiocommandé, placé sous le châssis de son semi-remorque. Un investissement réalisé par l’entreprise il y a un an et demi. Le dispositif simplifie grandement la tâche des conducteurs, notamment lors des livraisons de menuiseries chez des particuliers, où les problèmes d’accessibilité peuvent être nombreux : étroitesse du terrain, boue, pente, crevasses, etc. Et devant le plébiscite des équipes, la direction n’a pas hésité, six mois plus tard, à en acheter un deuxième.

Mais la solution n’est pas sortie du chapeau. Elle s’est imposée à l’issue d’une réflexion menée pour répondre aux situations à risques rencontrées par les conducteurs. Et ce travail préalable a été réalisé à la fois en associant les conducteurs et en concertation avec le client, Armen, un fabricant de portes et fenêtres en PVC et aluminium installé à Guiclan, à une quinzaine de kilomètres.

Repartons quelques années en arrière pour mieux comprendre. Le transport de menuiseries n’a jamais été l’activité principale de l’entreprise. C’est un service initié il y a une quinzaine d’années, qui s’est progressivement imposé et a beaucoup évolué. De plus en plus, les produits destinés aux maisons individuelles sortent des formats standard, et sont toujours plus lourds et imposants. « Nous recensions des cas de fatigue chronique, des tendinites, des arrêts de travail liés à ces livraisons », évoque Mickaël Lehan, responsable du site de Bodilis du transporteur. En outre, les conditions d’accès compliquées peuvent générer du stress : à quel endroit se garer ? Comment répondre favorablement à la demande du client ? Celui-ci veut en général que les huisseries soient livrées au pied de la maison où elles doivent être posées.

L’analyse de l’activité

« Le recrutement sur ces postes était difficile, poursuit Élodie Caradec, responsable des ressources humaines. Au départ, nos livreurs travaillaient avec des transpalettes manuels, puis des transpalettes électriques et se retrouvaient seuls face à des contraintes insolubles. Le sujet est remonté à plusieurs reprises en Comité social et économique. » L’entreprise sollicite alors la Carsat Bretagne, qui l’encourage à réaliser une étude ergonomique.


 

INTERVIEW

GILLES MAUGUEN, contrôleur de sécurité a la Carsat Bretagne
« Sans l’engagement de la direction, rien n’est possible. De plus en plus d’entreprises le comprennent, notamment en intégrant des programmes comme TMS Pros. Créer les conditions du dialogue social, en impliquant les salariés, permet ensuite de prendre en compte le travail réel dans la recherche de solutions convenant au plus grand nombre. C’est également nécessaire pour obtenir l’adhésion et que chacun s’approprie les dispositifs mis en place. »

Par son intermédiaire, elle rencontre Émilie Boulin, psychologue du travail et ergonome à l’AFT (Association pour le développement de la formation professionnelle dans les transports et la logistique). « J’ai passé une journée avec un conducteur pour comprendre l’environnement des chantiers, explique celle-ci. J’ai vu la diversité des situations de travail et des produits livrés. Le conducteur est exposé à de nombreux risques, en particulier liés aux chutes de menuiseries. »

Des temps d’échanges avec l’entreprise ont été organisés afin d’examiner les différentes situations de travail et les contraintes rencontrées. « Nous avons procédé à une analyse quantitative des manutentions, évoqué la variabilité des palettes transportées et établi un cahier des charges fonctionnel pour la recherche de solutions », poursuit l’ergonome de l’AFT.

Parmi celles-ci, des transpalettes électriques tout terrain et même des exosquelettes... Mais ces derniers, apportant une solution individuelle qui n’est pas, a priori, profitable au plus grand nombre, sont rapidement mis de côté. En revanche, des transpalettes électriques tout terrain sont testés. Problème : ils ne permettent pas de lever plus de 500 kg. Or il n’est pas rare d’avoir des palettes de poids supérieur. De plus, pour peu que le terrain soit en pente, qu’il y ait des ornières, des trous ou encore des câbles, il devient vite compliqué de travailler.

REPÈRES

Les nouveaux chariots supportent une charge maximale de 2,1 tonnes. L’entreprise les utilise pour les charges jusqu’à 1,5 tonne sans que cela ne présente de difficulté, quel
que soit le terrain. Le fournisseur de l’équipement est intervenu une demi-journée pour former les conducteurs. « J’ai l’habitude des jeux vidéo. C’est très ludique, très stable et facile à prendre en main, commente Laurent Teurnier, l’un d’entre eux. C’est aussi beaucoup moins fatigant. » Dans sa journée de travail, il peut livrer jusqu’à cinq chantiers.

« Nous avons regardé du côté des chariots embarqués, qui sont de deux types, rangés soit derrière la remorque, soit sous le châssis, intervient Guillaume Pelé, cogérant de Guivarc’h. Il était important d’intégrer la volonté du client de conserver le hayon afin de continuer à utiliser le transpalette électrique pour les chantiers accessibles, car cela reste plus rapide. Nous avons consulté des confrères qui utilisaient des dispositifs intégrés sous le châssis et en étaient satisfaits. Lorsque nous avons trouvé le chariot embarqué radiocommandé qui semblait répondre à nos contraintes, nous sommes allés l’essayer sur un terrain accidenté avec un conducteur et en présence du client, qui devait lui aussi trouver une valeur ajoutée au dispositif. »

En moins de 30 minutes, tout le monde tombe d’accord. « Grâce à la télécommande, l’opérateur peut manœuvrer à distance et se met à l’abri des risques d’écrasement ou de coincement en cas de chute de matériel », insiste Gilles Mauguen, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne, qui a participé au financement du dispositif dans le cadre d’un contrat de prévention.

Sécurité et apaisement

« Nous avons un long historique de collaboration avec la Carsat, qui nous a beaucoup soutenus, sur le plan tant technique que financier, reprend Guillaume Pelé. Elle a joué un rôle déterminant en nous encourageant à nous engager dans un parcours de prévention formalisé, notamment dans le cadre du programme TMS Pros. »

« Le chariot dispose d’un système d’éclairage intégré qui me permet d’y voir clair même si j’arrive sur un chantier tôt le matin », ajoute Laurent Teurnier. Vis-à-vis du client, les conducteurs sont plus à l’aise, car ils ne se retrouvent plus dans des situations les contraignant à abandonner les menuiseries à 100 m du chantier. « Le transporteur nous apporte une qualité de service reconnue par nos clients, affirme pour sa part Marc Ouellet, dirigeant de l’entreprise Armen. En conjuguant innovation et amélioration des conditions de travail, cela permet d’apaiser les tensions sur les chantiers les plus difficiles. »

50 ANS D’HISTOIRE

© Patrick Delapierre pour l’INRS/2021Créés en 1969, les Transports Guivarc’h emploient une centaine de collaborateurs, dont 80 sillonnent les routes. L’entreprise consacre 60 % de son activité au transport frigorifique de produits primeurs, principalement vers la région parisienne, l’Est de la France et l’Allemagne. Elle réalise également du transport industriel en plateau et bâché sur l’ensemble du territoire, à la demande d’industriels du Finistère et, depuis 15 ans, le transport de menuiseries, qui représente aujourd’hui 10 % de l’activité. 12 véhicules délivrent les huisseries fournies par le client Armen sur des chantiers qui couvrent une large zone Centre-Ouest. Deux d’entre eux ont été équipés d’un chariot embarqué radiocommandé placé sous le châssis pour sécuriser les livraisons sur les chantiers aux accès les plus difficiles.

Grégory brasseur

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