DOSSIER

Tous les mois, les quelque 60 escaliers mécaniques et trottoirs roulants de la gare de Paris-Montparnasse font l’objet d’opérations de maintenance qui garantissent la fiabilité et la sécurité des installations. À la manœuvre, les techniciens de TK Elevator opèrent dans le cadre de procédures extrêmement cadrées par l’entreprise, en lien avec la SNCF.

Il est préconisé, pour les visites techniques avec démontage de plusieurs marches, d’intervenir systématiquement en binôme. La communication entre les deux techniciens est essentielle. C’est un élément de sécurité important pour éviter l’accident lors des manœuvres.

Il est préconisé, pour les visites techniques avec démontage de plusieurs marches, d’intervenir systématiquement en binôme. La communication entre les deux techniciens est essentielle. C’est un élément de sécurité important pour éviter l’accident lors des manœuvres.

IL EST 10 H ce mercredi matin et le flux de voyageurs à la gare de Paris-Montparnasse est toujours important. Entre les voies 22 et 23, Youssef Nounou et William Wright préparent une opération de maintenance sur l’escalier mécanique central. Dès leur arrivée, les techniciens de TK Elevator (anciennement Thyssenkrupp Elevator) signalent leur présence à la régie de la gare SNCF de Paris Montparnasse qui dispose du planning. Premier réflexe, et ce quelle que soit la durée de l’intervention : signaler le danger par la mise en place de barrières et panneaux interdisant l’accès au chantier en haut et en bas de l’escalator. 

Il y a en gare une soixantaine d’escaliers mécaniques et trottoirs roulants, qui font l’objet d’un programme de maintenance indispensable pour réduire les dysfonctionnements et prévenir les accidents. Les équipes qui interviennent sont confrontées à une grande diversité d’opérations, d’équipements et d’environnements de travail. C’est pourquoi une évaluation des risques au plus près du réel est indispensable. Elle associe entreprise de maintenance et entreprise utilisatrice, et doit prendre en compte les activités de tous les salariés intervenant dans l’environnement ainsi que la présence de tiers, en particulier dans un lieu de passage comme celui-ci. 

« Les travaux sur escaliers mécaniques et trottoirs roulants existants exposent à de nombreux risques. Environ 30 % des accidents rencontrés dans la profession sont d’origine mécanique, 20 % en lien avec la trappe des caissons de l’équipement, 15 % sont des chutes dans le caisson, indique Denis Ader, ingénieur-conseil à la Cramif. Il y a également des risques de chutes de plain-pied, chutes d’objets, chocs, accidents liés à la manutention et au port de charges, des risques électriques, des risques d’agression ou encore d’exposition à des produits chimiques ou à des contaminants d’origine biologique… » La liste est longue. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’une recommandation régionale a été adoptée à l’été 2020 par trois comités techniques régionaux (CTR) de la Cramif. Mise au point avec les professionnels, en associant la Fédération des ascensoristes, elle donne les grandes lignes pour permettre aux utilisateurs et sociétés intervenantes d’établir un plan de prévention le plus précis possible.

Des opérations programmées

« Les escaliers mécaniques de la gare sont maintenus une fois par mois, pour vérifier le fonctionnement des dispositifs de sécurité, décrit Nicolas Szymczak, responsable service client chez TK Elevator. Chaque trimestre, les techniciens démontent quelques marches pour accéder aux sécurités cachées, vérifier l’affais­sement, les tensions de chaîne... Des interventions plus poussées ont lieu tous les six mois et annuellement, avec démontage de plusieurs marches pour accéder à la charpente. » Le fonction­nement d’un escalier mécanique est a priori assez simple : les marches sont tractées par une chaîne, elle-même entraînée par un moteur. Une fois arrivées en haut de l’escalier, elles réintègrent la fosse et redescendent à l’intérieur de la charpente. 

REPÈRES

Les articles R.4543-1 et suivants du Code du travail, rélatifs à la sécurité des ascenseurs, monte-charges et équipements assimilés sur les lieux de travail et à la sécurité des travailleurs intervenant sur ces équipements, prévoient que toute intervention nécessite une étude de sécurité préalable, réalisée par une personne compétente et orientée en priorité sur les risques d’écrasement et de chutes.

Au planning de maintenance annuel, s’ajoutent les interventions pour pannes. « Elles sont peu nombreuses. Nous sommes à 98 % de disponibilité des escaliers mécaniques, précise Sébastien Dautigny, conseiller maintenance SNCF. Notre partenariat avec TK Elevator met l’humain au centre du dispositif. Il vise à fluidifier les interventions qui s’intègrent à la vie de la gare. » L’analyse des risques est partagée dans un plan de prévention.

« La SNCF est l’un de nos plus importants clients. Elle apporte sa compétence sur le risque ferroviaire (proximité des caténaires, interventions sur les voies, présence de public…) et nous sur le métier, reprend Nicolas Szymczak. Nous travaillons sur une programmation annuelle, nous connaissons bien l’état du parc. Il n’y a pas de mauvaise surprise. »  « Point très positif : la SNCF met à disposition des équipes de maintenance un local technique à proximité des installations, ainsi qu’une place de stationnement », souligne Denis Ader. Ce local peut être utilisé pour les pauses ou pour stocker des outils ou des pièces détachées.

Après avoir protégé le périmètre, William Wright commute le contrôleur en mode entretien. Armé de ses gants anti-coupure, il ouvre la trappe d’accès en partie basse de l’escalier avec des crochets de préhension. Une fois les plaques stockées à plat sur le côté, il descend dans le caisson grâce au marche-pied et à la crosse de rétablissement. Il connecte le boîtier d’inspection et teste son fonctionnement. Ce boîtier lui permettra de sécuriser les manœuvres de l’appareil. Youssef Nounou l’aide à retirer une marche, également stockée à proximité.

UNE RECOMMANDATION QUI FORMALISE LES PROCÉDURES

Adoptée en juillet 2020 par trois comités techniques régionaux de la Cramif (CTR1 Métallurgie-chimie, CTR3 Transport-logistique-commerce, CTR5 Services), la recommandation régionale « Travaux sur escaliers mécaniques et trottoirs roulants existants » est un texte qui, depuis, s’applique en Ile-de-France et pourrait devenir national au terme d’une phase d’expérimentation. Une commission animée par la Cramif et associant l’INRS et la Fédération des ascensoristes avec les représentants des salariés et du patronat a travaillé pendant trois ans. Une véritable analyse des risques et des situations a été réalisée avec les professionnels. Un état des lieux des normes existantes (matériel et maintenance) a été fait. L’entrée en application de la recommandation s’accompagne d’un déploiement auprès des entreprises et d’une sensibilisation des entreprises utilisatrices avec le concours de la Cramif. Objectif : améliorer les plans de prévention et mieux traiter les risques des professionnels de maintenance.

« On est face aux principaux points de vigilance : caisson ouvert, trou de marche, manutention de charges, espace de travail exigu… D’autant que pour démonter la marche, le technicien retire une protection, souligne William Naudin, le secrétaire de la CSSCT de TK Elevator. Avec le boîtier d’inspection, l’un commande la montée de l’escalier en se tenant à distance de la zone en mouvement, tandis que l’autre vérifie les contacts d’affaissement de marche à plusieurs niveaux. La communication entre les deux techniciens est essentielle. C’est un élément de sécurité important pour éviter l’accident lors des manœuvres. »

Avant d’aller sur le terrain, tous les techniciens ont suivi un parcours de formation complet. La recommandation préconise, pour les visites techniques avec démontage de plusieurs marches, d’intervenir systématiquement à deux. « Une vraie différence, insiste Youssef Nounou. Une marche, c’est bien une quinzaine de kilos… » « On garde toujours un contact visuel. Si l’escalier mécanique est grand, on utilise le talkie-walkie, complète William Wright. Je suis détaché permanent ici. Les problèmes liés au public sont rares, mais une gare reste un environnement bruyant avec de possibles mouvements de foule. »

Au bout de 45 minutes, les deux hommes informent la régie de la gare de la fin de l’intervention.
La machine est remise en fonctionnement. Le carnet de maintenance est signé et un bon d’intervention transmis à la SNCF. « La sécurité, ça reste un objectif quotidien, conclut Youssef Nounou. Depuis cette année, nous assistons avec nos tablettes aux “safety wake-up call”.
Ces réunions hebdomadaires sont l’occasion d’échanger avec l’équipe sur les situations rencontrées, de diffuser des messages de prévention. Dernièrement, il a beaucoup été question des trappes. Sur certains sites, les installations sont vétustes (plus de 75 000 escaliers mécaniques et trottoirs roulants sont en service dans l’Union européenne, dont plus de 50 % installés le siècle dernier, selon la Fédération des ascensoristes. C’est une façon, ensemble, de rechercher des solutions. » 

DES TECHNICIENS FORMÉS

Les formations dispensées pour les salariés portent sur l’évaluation des risques en lien avec l’étude de sécurité, les méthodes d’intervention et les modes opératoires. Au niveau du siège à Angers, TK Elevator a mis en place un parcours pour les nouveaux embauchés d’une semaine pour les différentes habilitations (électrique, levage, prévention des risques liés à l’activité physique, amiante…). Pour les techniciens intervenant sur escaliers mécaniques, un programme de formation de deux jours dédiés à la maintenance aborde les différentes visites et une formation d’une semaine permet de se familiariser à toutes les typologies d’escaliers mécaniques, les manœuvres, etc. Ces formations comprennent des volets théoriques et pratiques. Enfin, l’épidémie de Covid-19 donnant lieu à de nouvelles organisations de travail, l’entreprise a lancé cette année des réunions sécurité d’équipes hebdomadaires en visioconférence permettant de garder un contact, en dépit du contexte sanitaire. Le partage permet d’appréhender en amont les situations dangereuses afin d’éviter que l’accident ne se produise.

Grégory Brasseur

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