DOSSIER

La quatrième édition du Challenge Acteur Prap organisé par l’académie de Paris rassemblait en avril dernier les élèves de cinq établissements de formation professionnelle autour d’épreuves qui se sont tenues au lycée Hector-Guimard, dans le XIXe arrondissement de la capitale. Un moment ludique de réflexion et de mise en pratique des enseignements dispensés en santé et sécurité au travail.

Transport de charges, coactivité, signalétique… Sur maquette, les élèves sont confrontés aux problématiques d’un parcours logistique.<br/>

Transport de charges, coactivité, signalétique… Sur maquette, les élèves sont confrontés aux problématiques d’un parcours logistique.

C’est un projet pédagogique phare mis en place par l’académie de Paris pour répondre aux préoccupations de santé et sécurité au travail (S&ST). Organisé pour la quatrième année sur l’initiative de Muriel Giraudie, inspectrice de l’Éducation nationale, en partenariat avec la Cramif et l’INRS, le Challenge Acteur Prap – pour prévention des risques liés à l’activité physique – s’est tenu en avril dernier au lycée professionnel Hector-Guimard, dans le XIXe arrondissement de Paris.

« Depuis plusieurs années, nous formons parmi les enseignants des formateurs Prap dans les domaines industrie, bâtiment et commerce et sanitaire et social. Eux-mêmes forment les élèves à cette démarche de prévention pour qu’ils acquièrent très tôt des connaissances essentielles pour leur avenir professionnel, explique l’inspectrice. Le challenge est une façon de valoriser de façon concrète ces enseignements. La mise en scène de situations amène les élèves à se poser des questions sur les risques auxquels ils peuvent être confrontés au travail. Évidemment, cela reste avant tout un moment agréable. Des lots sont mis en jeu et un trophée est transmis d’année en année à l’établissement vainqueur. » Pour l’édition 2018, huit équipes de quatre élèves s’affrontaient, pour les lycées professionnels Hector-Guimard, Gaston-Bachelard, Edmond-Rostand, Boulle et Nicolas-Louis-Vauquelin. Tous avaient au préalable suivi une formation acteur Prap au sein de leur établissement.

Format ludique pour sujet sérieux

Thierry Bastien, professeur de génie chimique au lycée Vauquelin, est formateur de formateurs Prap pour l’académie de Paris. Il forme en moyenne six enseignants par an. « Le challenge permet de mettre en valeur des classes de CAP où beaucoup d’élèves de langues marternelles étrangères rencontrent des difficultés liées à l’apprentissage de la langue, bien qu’étant souvent très volontaires », explique-t-il. L’académie de Paris s’est également dotée d’un formateur de formateur Prap 2S (secteur sanitaire et social) et souhaite que, dès l’année prochaine, des élèves de ces filières puissent participer au challenge. L’événement est aussi un moyen de sensibiliser les établissements. Et de convaincre d’autres enseignants de s’engager pour promouvoir la santé et la sécurité au travail.

DES PERSPECTIVES DE DEPLOIEMENT

Un centre de ressources Enseigner la santé et la sécurité au travail (ES&ST) a été mis en place à l’académie de Paris. « Composé d’une équipe de formateurs Prap (dont un formateur Prap 2S), le centre s’investit d’année en année pour déployer les formations dans les établissements professionnels et techniques, explique Peggy Lelegard-Diallo, formatrice et coordinatrice du centre. Depuis quatre ans, le challenge représente un temps fort de communication autour de ces actions  Il contribue à valoriser les élèves et les classes de CAP. » D’ailleurs, les académies voisines s’y intéressent. À Créteil comme à Versailles, des réflexions sont en cours – certaines pouvant s’inspirer de l’expérience parisienne – pour trouver des leviers d’incitation à la mobilisation autour des questions de prévention.

D’année en année, les épreuves du challenge évoluent. Ce sont les enseignants formateurs Prap, avec des préventeurs de la Cramif et de l’INRS, ainsi que quelques professionnels du monde de l’entreprise, qui travaillent à leur mise en place et les renouvellent d’année en année. Ensemble, ils forment un jury. La première épreuve est une analyse d’activité, qui se fait en utilisant les installations du lycée d’accueil. Elle permet de travailler sur le repérage des dangers. Puis, une chasse aux risques est organisée. Cette année, elle s’est tenue dans un atelier de taille de pierre. Chaque participant passe ensuite de façon individuelle une épreuve technique de port de charge.

Une épreuve « mystère » a également été imaginée : elle consistait cette année à déplacer une charge lourde d’un point A à un point B, en utilisant les aides techniques à disposition et en évitant les obstacles installés par les professeurs. Ici, c’est la stratégie d’équipe qui est jugée : la capacité à réagir collectivement à une situation. « Pour l’édition 2017, une nouvelle épreuve a permis de travailler sur un parcours logistique, avec des chariots élévateurs téléguidés, installés sur maquette et mis en coactivité, afin d’aborder la thématique des circulations en entreprise et de travailler sur le respect de la signalétique », indique François Verjus, l’un des enseignants organisateurs.

UNE FORMATION QUI SEDUIT LES ENTREPRISES

En accueillant des préventeurs de l’industrie, les organisateurs du challenge ont mis en place des équipes d’évaluateurs mixtes enseignement-professionnel. Ce double regard est particulièrement intéressant, les entreprises étant elles-mêmes en demande de profils ayant reçu une formation à la sécurité et aux règles élémEntaires de prévention au cours de leur formation initiale.

Pour la première fois, les élèves ont également proposé et commenté des affiches de prévention, réalisées dans l’année avec leur classe. « Entre les épreuves, des petits ateliers permettent de faire patienter les élèves. J’utilise des planches de Synergie accueil (NDLR : Ce dispositif pédagogique est amené à changer de dénomination dans les prochaines semaines) sur la maintenance industrielle et sur le BTP afin de faire réagir les élèves. À partir de l’observation des situations de travail, ils s’expriment sur les mesures à mettre en place. Les groupes de quatre permettent de bien interagir. Et travailler à partir de dessins, ça leur parle », explique Christophe Mure, ingénieur-conseil à la Cramif. Celui-ci est convaincu de l’utilité de ce type de projet pédagogique pour développer, très tôt, « un esprit critique par rapport aux situations de travail et, surtout, une sensibilité aux questions de prévention ». En parallèle, un autre atelier est en général construit autour des films Napo.

Pas de perdant

Le challenge a aussi cette particularité de mettre volontairement face aux mêmes situations des élèves issus de filières différentes. « Qu’on soit carreleur ou menuisier, les charges lourdes, ça concerne tout le monde », explique Souleymane, l’un des élèves participants. « Toute une équipe de formateurs Prap est mobilisée. Le challenge est une façon de valider les enseignements des jeunes. Ceux-ci mettent en œuvre leur capacité d’observation à partir de cas pratiques, de situations qu’ils pourront rencontrer dans leur travail. Ils réfléchissent ensemble et montrent qu’ils sont capables d’apporter des solutions », souligne Pierre Bodenant, le délégué académique à la formation initiale et continue du Rectorat de Paris, venu féliciter l’équipe gagnante.

Cette année, les deux classes de CAP du lycée Vauquelin sont arrivées à la première et à la deuxième place, permettant à leur établissement de repartir avec le trophée. « Mais il n’y a pas vraiment de perdant, souligne Thierry Bastien. On ne peut pas bien former les gamins à leur corps de métier si on ne leur apprend pas à travailler en restant en bonne santé. Comme dans le monde de l’entreprise, cette culture ne peut se développer au niveau de l’Éducation nationale que si chacun est partie prenante : les directions d’établissements, les professeurs… Nous avons une valeur d’exemplarité à transmettre. Aujourd’hui, les formateurs Prap intègrent de plus en plus les questions de santé et sécurité au travail à leurs enseignements. C’est dans les ateliers de nos lycées que les élèves vont acquérir certains automatismes. Et prendre la mesure, non pas du bon geste, mais du geste adapté. ». 

LA CRAMIF PARTENAIRE

« Nous avons une convention de partenariat signée en 2016 avec les académies de Paris, Créteil et Versailles, explique Christophe Mure, ingénieur-conseil à la Cramif. Nous accompagnons le déploiement de projets pédagogiques tels que celui-ci. En parallèle, je suis intervenu pour former les enseignants sur l’appropriation des outils Synergie. Depuis avril 2016, 300 enseignants ont été formés dans les trois académies. La dynamique se poursuit, d’autant que les premiers retours sur l’utilisation de ces outils pédagogiques dans les cours sont très positifs. »

Grégoire Brasseur

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