DOSSIER

Sur son site alsacien, le groupe suisse Jungbunzlauer produit des ingrédients pour l’industrie par fermentation. L’entreprise utilise de nombreux produits chimiques dans ses process et s’est tournée vers Seirich pour en évaluer les risques. Il a fallu dans un premier temps paramétrer le logiciel en fonction des différents postes de travail. Une étape essentielle pour l’adapter aux spécificités de l’usine.

Entre les produits supprimés et le changement d’appareils, le laboratoire a déjà bénéficié d’améliorations grâce à Seirich. En revanche, les suggestions formulées par  le logiciel ne sont pas toujours adaptées à l’entreprise.

Entre les produits supprimés et le changement d’appareils, le laboratoire a déjà bénéficié d’améliorations grâce à Seirich. En revanche, les suggestions formulées par le logiciel ne sont pas toujours adaptées à l’entreprise.

Nous avons enregistré 302 produits chimiques dans Seirich, y compris le liquide vaisselle qui lui aussi présente une VLEP ! », affirme, sourire aux lèvres, Luc Sablong, responsable sécurité, environnement et affaires réglementaires chez Jungbunzlauer. Une petite phrase qui résume bien la volonté d’exhaustivité en matière d’évaluation des risques chimiques de ce fabricant d’ingrédients pour les industries agroalimentaire, pharmaceutique, cosmétique et chimique.

Le groupe Jungbunzlauer possède quatre sites de production dans le monde. Son usine française, installée dans le Bas-Rhin à Marckolsheim, emploie 130 personnes et produit de l’acide lactique, des gluconates et de l’érythritol, le tout par fermentation à base de sirop de glucose issu de maïs cultivé localement. Si une partie de la soude, de la potasse, de l’ammoniaque, des acides sulfurique et chlorhydrique nécessaires à l’alimentation des quatre lignes de production de l’entreprise arrive dans des citernes par la route, le Rhin tout proche permet également d’acheminer par voie fluviale ces matières premières.

Des réglages nécessaires

Le process complètement automatisé de l’établissement fait circuler les tonnes de soude, d’acide sulfurique et autres matières premières de cuves en cuves par le biais d’un réseau de canalisations qui, en fonctionnement normal, laisse les salariés à l’abri de toute exposition directe. Cependant, lors des premiers essais d’évaluation des risques avec Seirich, le logiciel a placé ces produits, pourtant confinés, à un niveau de risque très élevé. Dans le même temps, il a évalué comme faibles les risques dans les laboratoires d’analyses, qui demandent pourtant de manipuler directement ces mêmes produits chimiques.

Certes les volumes sont réduits, mais l’exposition apparaît bien plus importante pour le personnel. C’est pourquoi, outre la saisie des données contenues dans les fiches de données de sécurité, les premiers pas avec le logiciel ont consisté à comprendre sa logique et à le paramétrer pour qu’il réponde au mieux à la réalité de l’activité de l’entreprise. « J’ai passé beaucoup de temps sur les réglages de Seirich, concède Jérémy Ach, étudiant en master 2 sûreté des procédés industriels, environnement et qualité à l’Ensic de Nancy, qui s’est vu confier le pilotage de l’outil dans l’entreprise. Au final, j’ai créé une unité “laboratoire” qui permet, pour des produits identiques, un calcul du risque distinct de celui effectué pour nos lignes de production. Suivant le même raisonnement, les opérations de maintenance qui exposent également les salariés directement aux produits chimiques bénéficient aussi de paramétrages particuliers. Cette fonctionnalité qui permet de diviser nos procédés en postes et en tâches, disponible seulement si l’on travaille avec les niveaux 2 ou 3 du logiciel, est indispensable pour une évaluation précise des risques chimiques. »

Des produits supprimés

Résultat des courses : 736 actions de prévention proposées par Seirich, de la création des fiches de postes à la substitution de produits, en passant par la mise à jour des fiches de données de sécurité, la formation des salariés et l’organisation d’une campagne de mesures. « Les propositions d’actions que nous soumet Seirich ne sont pas forcément réalisables ou trop abstraites, affirme Jérémy Ach. Nous avons donc mis au point des logigrammes pour les valider, ou non. Cela nous permet par exemple de vérifier si la suppression d’un produit est possible et à quelles conditions. »

FICHES DE POSTES SIMPLIFIÉES

Les fiches de postes simplifiées que propose le logiciel n’étaient pas assez opérationnelles pour l’équipe HSE de l’entreprise. « Nous souhaitions que les salariés aient accès facilement aux informations pertinentes sur la dangerosité intrinsèque des produits et sachent comment s’en protéger », indique Jérémy Ach, en charge du pilotage de Seirich au sein de l’entreprise. Les documents ont ainsi été enrichis d’informations complémentaires comme leurs différents usages dans l’entreprise et leurs températures d’utilisation, les incompatibilités, les pictogrammes indiquant les EPI obligatoires et ceux, le cas échéant, précisant l’interdiction de travailler pour les femmes enceintes ou les personnes mineures. Une campagne de formation à l’emploi de ces fiches est en cours. « Dorénavant, chaque nouveau produit qui entre sur le site est intégré à notre évaluation en alimentant Seirich avec sa FDS complète et sa FDS simplifiée, affirme Jérémy Ach. Ce qui permet, entre autres, d’informer immédiatement les opérateurs sur les bonnes pratiques à observer pour manipuler les produits en sécurité. »

À ce jeu-là, quinze produits ont d’ores et déjà été supprimés et un biocide substitué par un autre, moins nocif. Ainsi, dans les laboratoires, on n’utilise plus par exemple d’acide orthophosphorique ou de furfurol, un CMR. « Pour réaliser de la chromatographie en phase liquide, nous disposons d’un appareillage qui fonctionne avec de l’eau plutôt que de l’hexane, comme c’était auparavant le cas, note Benoît Ramu, technicien. Il y a d’autres produits à supprimer. Reste à définir selon quelles modalités cela est réalisable. Soit avec de nouvelles machines, soit en mettant en place de nouvelles méthodes d’analyse. »

Autre changement, l’année dernière, un bain d’huile à ébullition a été remplacé par un banc chauffant sec. « La température de l’huile montait à 200 °C, le risque d’éclaboussures était incontestable, se remémore Marie Vigneron, technicienne. Le nouveau matériel est de ce point de vue beaucoup plus sûr, même si l’on peut toujours se brûler par contact. »

Seirich ayant alerté sur 319 situations de travail qui nécessitent la vérification du respect des VLEP, Jungbunzlauer a élaboré, en collaboration avec un bureau d’études indépendant, un protocole de mesures pour celles mettant en jeu des produits n’ayant pu être supprimés. La campagne en elle-même, qui s’est déroulée cet été, entraînera, en fonction de ses résultats, le lancement d’actions correctives.

« Nous avons un slogan pour l’interne : “safety first”, souligne Michel Laval, directeur général du site. Chaque année, nous remettons à jour notre politique QSE et définissons des objectifs précis avec une volonté d’amélioration continue. C’est fort de cette philosophie que nous nous sommes emparés de Seirich qui est maintenant totalement incorporé à notre démarche de prévention des risques professionnels.

INTERVIEW

Luc Sablong, responsable sécurité, environnement et affaires réglementaires chez Jungbunzlauer

« C’est à partir de 2012 que nous avons souhaité faire évoluer notre manière d’aborder l’évaluation des risques chimiques. Précédemment, nous nous contentions de collecter les fiches de données de sécurité. Cette démarche, trop incomplète, ne permettait certainement pas d’identifier tous les risques existant dans notre activité. Nous avons cependant attendu la sortie de Seirich pour aller plus loin, car nous préférions bénéficier d’un outil approuvé par l’ensemble des institutions de la prévention. L’UIC nous a mis au courant de son développement par l’INRS et nous nous sommes inscrits comme bêta-testeurs dès sa sortie en 2015. Entre-temps, l’inventaire et le recueil des FDS n’ont pas été de tout repos. À l’époque, les documents que nous envoyaient les fournisseurs n’étaient pas forcément à jour sur les évolutions de la législation CLP, notamment. Il a parfois fallu batailler pour obtenir des documents conformes aux nouveaux pictogrammes et même simplement en français ! »

Damien Larroque

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