DOSSIER

Dans le secteur agricole, les entreprises se servent également de l’outil Seirich pour appréhender le risque chimique dans leur activité et hiérarchiser les actions. Illustration avec Hié Paysage, une entreprise de travaux paysagers basée dans l’Oise.

L’emploi de produits phytosanitaires dans les espaces verts publics est interdit depuis le 1er janvier 2017. Substitution ou méthodes alternatives sont les premières solutions pour traiter un risque chimique.<br/> <br/>

L’emploi de produits phytosanitaires dans les espaces verts publics est interdit depuis le 1er janvier 2017. Substitution ou méthodes alternatives sont les premières solutions pour traiter un risque chimique.

C’est au début de l’année 2017 que les dirigeants de Hié Paysage ont découvert l’outil informatique Seirich. « La discussion a démarré fin janvier avec la MSA, explique Virginie Pilipczuk, responsable des ressources humaines dans l’entreprise. Son service prévention nous a sollicités pour approfondir l’étude du risque chimique dans notre activité. Si notre document unique était à jour, cet outil informatique nous permettait d’appréhender le risque chimique sous un autre angle. N’étant pas spécialiste du sujet, j’ai très rapidement adhéré à la proposition. » L’entreprise s’est alors lancée dans l’utilisation de Seirich, niveau 1.

Basée à Jaux, dans l’Oise, Hié Paysage est spécialisé dans l’aménagement de travaux paysagers. Relevant du régime agricole, il conçoit, aménage et entretient des espaces verts dans l’Oise et le Nord de la région parisienne. Ses principaux clients sont des collectivités locales, des bailleurs sociaux, des industries, des entreprises de BTP pour la réalisation d’espaces verts, et des particuliers. Les risques chimiques présents dans l’activité proviennent principalement des combustibles émis par les outillages, tels que vapeurs d’essence ou d’huile. « Souvent, on pense en premier aux produits phytosanitaires, mais ce n’est pas le risque chimique majeur de l’activité », souligne Alain Paumier, médecin du travail à la MSA. D’autant que l’utilisation des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics est interdite depuis le 1er janvier 2017.

C’est Virginie Pilipczuk, en tant que responsable des ressources humaines et en charge des questions de santé et sécurité au travail, qui a pris l’outil en main. Afin de la familiariser avec, la MSA lui a fourni un accompagnement personnalisé : outre une formation à l’utilisation du logiciel, un livret d’accompagnement a été rédigé pour faciliter sa prise en main dans la durée (lire l’encadré page suivante). « Le temps pour se l’approprier peut être long, estime-t-elle. Si on ne s’en sert pas régulièrement, ce qui est mon cas, il est parfois difficile de s’y replonger. Le document remis par la MSA a été très utile et facilitateur. »

L’entreprise n’en est pourtant pas à ses débuts en matière de gestion du risque chimique. Des aménagements avaient déjà été réalisés ces dernières années à l’atelier de maintenance, avec l’acquisition d’une fontaine de dégraissage biologique et l’installation d’un réseau de ventilation pour limiter l’exposition aux fumées de moteurs. Et d’autres investissements, qui pourraient faire l’objet d’un contrat de prévention avec la MSA, sont en projet, comme l’installation de bacs de rétention au niveau du local de produits chimiques.

Une aide à la réflexion et à la discussion

La maîtrise du risque chimique passe en premier lieu par des substitutions ou des méthodes alternatives : matériel électrique pour remplacer les machines à moteur thermique – une solution à moyen terme, car les batteries manquent encore d’autonomie –, remplacement des produits phytosanitaires encore utilisés… Seirich propose de telles méthodes. « L’outil apporte un complément sur le risque chimique par rapport au document unique, insiste le Dr Alain Paumier : il permet d’avoir une vue générale et effectue un travail de synthèse. Il est bien plus concret. Par ailleurs, il tient sur un fichier unique, peut être sauvegardé n’importe où, est consultable facilement. » Et aide à sortir la tête du guidon.

DES RISQUES MULTIPLES

Créé en 1989 par le père de l’actuel dirigeant, Hié Paysage emploie 45 personnes. Les interventions se font par équipes, de 2 à 7 personnes selon la nature des travaux. Le parc matériel nécessite une organisation rigoureuse. Un chef du parc distribue en début de journée le matériel aux équipes et le récupère le soir. Des fiches de dysfonctionnements signalent les problèmes rencontrés. « Le matériel est attribué individuellement, ce qui contribue à une responsabilisation de chacun, un meilleur suivi, moins de pannes et un meilleur confort de travail », souligne Mathieu Hié, président. Outre le risque chimique, les principaux risques professionnels rencontrés dans l’activité sont le risque routier (une charte a été signée avec la préfecture de l’Oise en mars 2017), les risques liés aux outils (taille-haie, tronçonneuse, broyeur…) et les chutes de hauteur.

« Pour quelqu’un qui n’est pas spécialiste des risques professionnels, Seirich est un vrai complément, confirme la responsable RH. Il permet d’évaluer les actions de prévention et émet des propositions auxquelles on n’aurait pas pensé. Il va plus loin que le document unique en hiérarchisant les risques et en indiquant des priorités. Il nous a ainsi permis une hiérarchisation des risques par unité de travail. Et il contribue aux échanges avec les partenaires, ainsi qu’avec les salariés à travers des groupes de travail internes. »

Autre atout, « il propose une traçabilité et offre une bonne évaluation pour les risques non immédiats, poursuit le Dr Alain Paumier. Et il présente un autre grand avantage : il conserve l’historique. Même lorsqu’un produit n’est plus utilisé, il continue à figurer dans l’archivage de l’entreprise. En résumé, Seirich permet une synthèse des risques et propose des solutions, dans l’esprit d’un vrai plan de prévention ».

Parmi les contraintes de cet outil, il est nécessaire d’entrer les produits, les fiches de données de sécurité (FDS) associées, les informations issues du DU. Selon le nombre de produits utilisés, cette opération peut s’avérer très chronophage pour une entreprise. Et ensuite, une telle base de données doit être tenue à jour, nécessitant une alerte sur les FDS à actualiser. « La remarque qui nous est revenue le plus souvent de la part des entreprises est que la mise à jour des fiches de données de sécurité n’est pas aisée, témoigne Valentin Garot, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA Picardie. De telles informations peuvent être longues à rechercher et à intégrer dans l’outil. C’est pourquoi il y a un risque de ralentir l’appropriation de l’outil et on ne peut exclure à terme une obsolescence de l’évaluation de l’entreprise. » Dans sa démarche, Hié Paysage est aujourd’hui en train de passer au niveau 2 de l’outil. « La qualité de l’évaluation consiste à avoir une démarche reproductible dans le temps, résume Valentin Garot. Seirich assure cette fonction. »

INTERVIEW

Alain Paumier, médecin du travail à la MSA
« La prise en main de Seirich était une découverte pour toutes les entreprises sollicitées. Dans le cadre de l’accompagnement de la MSA, il nous paraissait important de laisser aux entreprises un outil après la formation, afin qu’elles puissent y revenir régulièrement et que cela facilite leur appréciation. Après réflexion en interne, il a été décidé de s’orienter vers un livret qui fasse office de guide d’utilisateur. Deux étudiantes en 1 re année de master ont participé à son élaboration. Il est conçu de façon logique, en suivant l’introduction des données dans Seirich. Le document est en cours de distribution auprès des entreprises de la région. »

Céline Ravallec

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