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Infirmière depuis 2007, Sandra Guillot a rejoint le service de santé au travail interentreprise AST Grand Lyon, début 2018 comme infirmière de santé au travail. Elle travaille sur deux sites différents, avec deux médecins, essentiellement dans le secteur tertiaire. Elle a été amenée à se pencher sur les risques professionnels liés à l’activité « escalade indoor ».

© Gaël Kerbaol/INRS

© Gaël Kerbaol/INRS

Travail & Sécurité. Pourquoi vous êtes-vous intéressée au travail dans des centres d’escalade ?
Sandra Guillot. Dans le cadre d’une visite d’information et de prévention, je reçois une personne qui travaille dans la restauration. En discutant avec elle, je me rends compte qu’elle évolue dans un grand espace ouvert, intégrant un centre d’escalade avec une partie restauration. Je lui demande si elle est exposée à des nuisances – je pensais alors plutôt aux nuisances sonores – et la discussion arrive sur la magnésie (NDLR : la magnésie est la poudre utilisée dans les centres d’escalade notamment pour faciliter les prises). Et c’est là qu’elle m’évoque ses problèmes de toux chroniques et d’asthme.

Quels sont les symptômes qu’elle vous décrit ?
S. G. Elle me parle de nez qui coule, d’irritation de muqueuses en général, d’yeux qui grattent. J’avoue que j’étais un peu surprise, car elle ne grimpe pas. Mais je me renseigne sur cette fameuse « poudre blanche » – pour reprendre les termes qu’elle emploie – qu’est la magnésie.

Qu’est-ce que la magnésie ?
S. G. C’est une poudre extraite de pierre. Il s’avère très compliqué d’avoir une traçabilité précise de sa constitution, de savoir si elle peut contenir de la silice et de connaître précisément la taille des particules.

Dans la pratique, qui est exposé ?
S. G. J’ai visité les locaux de cette entreprise et me suis aperçue que la vingtaine de personnes qui y travaillent sont susceptibles d’être exposées à la magnésie du fait de l’absence de cloisonnement des espaces. J’ai également rencontré le directeur technique de cette entreprise qui a plusieurs sites en France. Il m’a affirmé qu’ils avaient conscience de l’exposition et qu’ils cherchaient à diminuer la quantité de poussières dans leurs structures. Par ailleurs, j’ai réussi à récupérer auprès du fabricant, non sans difficulté, la fiche de données de sécurité de la magnésie en poudre.

Quelles sont les mesures de prévention qui peuvent être prises ?
S. G. Déjà, contrôler la provenance de la magnésie de façon à s’assurer qu’elle ne contient pas de silice cristalline. C’est ce que fait ce site d’escalade, en achetant lui-même la magnésie et en la mettant à disposition des grimpeurs. Dans l’idéal, il faudrait séparer les espaces, même si ça semble assez compliqué sur ce site. De plus, une aération doit être mise en place et des contrôles de l’atmosphère réalisés régulièrement par l’entreprise. Enfin, il faut privilégier l’utilisation de magnésie liquide, mais cela dépend aussi des techniques d’escalade.

AVIS D’EXPERT

Laureline Coates, conseiller médical en santé au travail à l’INRS
« La magnésie (pulvérulente ou liquide) est généralement composée d’oxydes de magnésium qui peuvent en effet provoquer des irritations des muqueuses oculaires et respiratoires. Si la magnésie liquide peut être une alternative intéressante à sa forme en poudre pour limiter l’exposition par voie respiratoire, celle-ci peut aussi contenir d’autres substances comme de la colophane, de l’éthanol, des épaississants, des parfums, des conservateurs dont la toxicité est également à prendre en compte dans l’évaluation du risque chimique notamment pour ne pas passer à côté d’une problématique allergologique. »

Pour en savoir plus : Retrouvez la question/réponse « Quels sont les risques de la magnésie et quelle démarche de prévention mettre en place ? »  dans Références en santé au travail de septembre 2019 (n° 159).

Propos recueillis par D. V.

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