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D’après la Cnam, les statistiques 2017 relatives aux accidents du travail et maladies professionnelles témoignent d’une sinistralité au plus bas. Néanmoins, les chiffres de l’intérim ou des services à la personne restent préoccupants, tout comme la progression de pathologies telles que les affections psychiques.

© Gaël Kerbaol /INRS

© Gaël Kerbaol /INRS

Travail & Sécurité. Pourquoi un tel rapport ?
Christine Kieffer,
chargée d’études chez Eurogip  (https://www.eurogip.fr/fr/) n Ce rapport est le fruit du travail d’un groupe qui existe depuis 2000 au sein du Forum européen des organismes accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP). Je coordonne plus spécifiquement les études sur les maladies professionnelles, et il nous a semblé intéressant, car il n’existait pas grand-chose, de se pencher sur les dispositifs de repérages de cas de cancers professionnels. Les neuf pays qui ont participé à ce rapport (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Italie, Suède et Suisse) sont les plus actifs au sein de ce Forum.

Comment s’articule le rapport ?
C. K.
Il comprend deux parties : une première partie statistiques (données de 2016) et une deuxième partie sur le repérage des cancers professionnels, que ce soit par des programmes de suivi post-exposition des travailleurs exposés ou des dispositifs de repérage à proprement parler.

Dans la première partie, quelles sont les grandes tendances qui se dégagent ?
C. K.
Dans la majorité des pays, à savoir la Belgique, le Danemark, la France, l’Italie et la Suède, on observe une stabilité des reconnaissances des cancers professionnels. En Finlande, mais c’est le seul pays et il faut être prudent car les données ne sont pas nombreuses, les cas reconnus semblent décroître. Enfin, en Autriche, Suisse et Allemagne, on observe une augmentation des cas de cancers professionnels reconnus.

Avec, pour l’Allemagne, une très nette augmentation ces dernières années…
C. K.
En 2015, l’Allemagne a intégré à sa liste de maladies professionnelles le cancer de la peau dû aux UV. Avec cette initiative, l’Allemagne se retrouve ainsi à la première place des neuf pays en termes de ratio des cancers professionnels reconnus, avec un ratio de 15,1 pour 100 000 assurés (contre, par exemple, 11,4 pour la France ou 6,3 pour l’Italie). Alors que, jusqu’à présent, l’Allemagne se trouvait plutôt dans la moyenne. Si d’autres pays faisaient la même démarche, on y observerait de façon identique une forte hausse du nombre de cas de cancers reconnus. 

Justement, quels sont les cancers les plus reconnus ?
C. K. Très majoritairement, ceux liés à l’amiante. Et ce dans tous les pays. On peut cependant se dire que, l’usage de l’amiante y étant interdit depuis plusieurs dizaines d’années, la part relative de ces cancers devrait diminuer à terme.

Dans la deuxième partie de votre rapport, vous vous penchez sur les dispositifs de détection des cas de cancers à un stade précoce. Quels sont-ils ?
C. K.
Il en existe peu, ce que l’on ne peut que déplorer. Je peux cependant souligner que le dispositif danois qui consiste à croiser les déclarations de MP avec le registre des cancers pour les mésothéliomes et les cancers des fosses nasales semble performant. On peut citer aussi l’expérimentation réalisée au nord de l’Italie qui semble particulièrement efficace, mais très limitée : il s’agit de la recherche d’une éventuelle origine professionnelle des cancers du poumon diagnostiqués en milieu hospitalier. Enfin, le dispositif français concernant le cancer de la vessie est également intéressant : il s’agit du ciblage et de l’accompagnement des victimes potentielles d’un cancer de la vessie par l’assurance AT-MP. Mais il faut reconnaître que cela est assez compliqué et chronophage. Le meilleur moyen pour aider au repérage des cancers d’origine professionnelle reste encore la détection par les médecins généralistes et hospitaliers. Mais encore faut-il qu’ils aient une bonne sensibilisation et une formation à la question.

Diriez-vous que le repérage est insuffisant et que les chiffres présentés sous-estiment la réalité ?
C. K.
  Effectivement, si de tels dispositifs ont été mis en place, c’est bien parce que les différents pays ont conscience que de nombreux cas de cancers échappent à une déclaration au titre des risques professionnels. Et ceci est vrai pour les cancers dont on connaît bien l’association siège de la tumeur/agent causal (sinus/poussières de bois, sang/benzène…) et pour ceux plus « confidentiels » qui théoriquement devraient pouvoir être reconnus au titre des systèmes hors liste.

Propos recueillis par D.V.

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