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La construction de l’Ehpad Maurice-Peigné, à Quévert, dans les Côtes-d’Armor, a mobilisé de nombreuses entreprises. Beaucoup de risques inhérents à ce type de chantier ont pu être anticipés dès la phase de programmation.

Un chantier de 27 mois, 17 millions d’euros de travaux, 38 entreprises et plusieurs centaines de travailleurs impliqués depuis le terrassement jusqu’aux finitions. C’est ce qui aura été nécessaire afin que l’établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Maurice-Peigné voie le jour. Situé entre les prés et la zone d’activités de la ville de Quévert, dans les Côtes-d’Armor, le bâtiment est composé de quatre ailes sur deux étages. Il ouvrira ses portes en septembre 2017 et pourra accueillir près de 150 pensionnaires, tous en chambre individuelle.

En termes de gestion des risques professionnels, les entreprises qui sont intervenues sur le chantier de construction ont dû faire face à un défi : mener ce projet en protégeant efficacement et collectivement les salariés de chacune d’entre elles. « Chutes de hauteur, chutes de plain-pied, risques associés aux manutentions manuelles et aux sollicitations physiques : le triptyque classique des risques sur les chantiers qui, ensemble, représentent les deux tiers des accidents et 90 % des troubles musculosquelettiques (TMS) dans le BTP », commente Franck Bourien, le contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne qui suit ce projet depuis sa conception. Tous ces thèmes peuvent être pris en compte dès l’organisation générale du chantier.

« Un des objectifs, par exemple, était de faire un chantier sans échelle », avance le contrôleur de sécurité. Et ce, grâce à l’installation d’escaliers provisoires en complément de la pose au fur et à mesure des escaliers définitifs à l’avancement ainsi qu’à différents moyens de travail en hauteur sécurisés : plates-formes individuelles roulantes légères (Pirl), échafaudages de pied ou roulant, plates-formes élévatrices mobiles de personnes (PEMP), plates-formes sur mât… Selon les métiers et les situations, la prévention des chutes peut prendre plusieurs formes. Les achats de ces différents outils par les entreprises ont d’ailleurs pu faire l’objet d’aides financières simplifiées par la Carsat Bretagne.

Avant même le démarrage des travaux, le maître d’œuvre, le responsable QSE de la société SC Budet, responsable du gros œuvre, et le coordonnateur SPS ont suivi ensemble une journée d’information dispensée par la Carsat et destinée aux donneurs d’ordres, afin qu’ils intègrent la santé et la sécurité dans leurs projets de construction. En début de chantier, ils ont présenté aux entreprises les mesures de prévention communes arrêtées lors d’un comité interentreprise de santé et de sécurité au travail (CISSCT). « Cela a permis de donner une direction commune et claire dès le départ. Et la présence de la Carsat a contribué à convaincre les entreprises de suivre ce cap », apprécie Guillaume Daubercies, responsable QSE pour la société SC Budet.

Dans son contrat de mission, la maîtrise d’ouvrage a donné au coordonnateur SPS le pouvoir d’arrêter les travaux qui présenteraient des situations dangereuses. « C’est assez rare, seul le maître d’ouvrage a en général ce droit, en plus de l’inspection du travail », souligne Franck Bourien. « Le dernier chantier que nous avons mené, celui de l’hôpital des Prés Bosgers à Cancale, nous a permis d’anticiper pas mal de problématiques, explique Yves Cornée, représentant du maître d’ouvrage de l’opération et chef de projet pour la communauté hospitalière du territoire Rance-Émeraude. C’est le cas par exemple de certains moyens de levage, que nous avons installés plus tôt pour ce nouveau chantier. »
 

Des équipements de travail mutualisés

Première installation apparue sur le chantier, destinée à tous les salariés : une base vie de plus de 300 m2. En période de pointe, le chantier aura accueilli jusqu’à une centaine de salariés, quand treize entreprises travaillaient en même temps. Des vestiaires, des sanitaires, des douches et, surtout, une salle de pause équipée afin que les travailleurs puissent prendre leur déjeuner et le réchauffer au besoin. D’autre part, le risque lié à la circulation est à l’origine de près d’un tiers des accidents sur les chantiers. Aussi, dès le départ, le plan de circulation a prévu une séparation des flux des voitures et des poids lourds avec des passages empierrés pour les piétons, afin de sécuriser le trajet entre la base vie et le futur bâtiment.

Pour le déplacement de charges lourdes pendant les premières phases d’approvisionnement en matériaux, SC Budet a mis à la disposition des autres entreprises deux grues à tour. Une fois le bâtiment sorti de terre, la même problématique s’est présentée pour la fourniture en matériel et l’évacuation des déchets des étages et du toit. Une nouvelle préoccupation en santé au travail a alors émergé : limiter le port de charge par les salariés dans les escaliers, source de TMS et pouvant présenter un risque de chutes. Afin de ne pas multiplier les engins de levage parfois inadaptés, de réduire les risques de chute dans les escaliers et auprès des ouvertures, ainsi que les efforts liés aux manutentions manuelles, des moyens de levage spécifiques ont été mutualisés, suivant les préconisations du réseau Assurance maladie-risques professionnels.

Juste avant le démontage des grues à tour, un monte-matériaux géré par la société SC Budet et prévu dès le cahier des charges a pris le relais. « L’important est d’assurer la continuité des moyens mécanisés d’approvisionnement en hauteur. Outre l’intérêt en prévention, il y a aussi un enjeu de performance pour les entreprises, même sur un chantier de seulement deux étages où la main-d’œuvre représente environ la moitié du coût de la construction, souligne Franck Bourien. Le choix du modèle doit répondre aux besoins des entreprises et être en adéquation avec la taille et le poids des matériaux, notamment les chariots de vitrage et les plaques de plâtre. »
 

Prévenir le risque de chute en toiture

Les salariés formés à son utilisation ont apprécié l’équipement. « C’est la première fois que je travaille sur un chantier avec un monte-matériaux. En temps normal, au mieux, on a accès à l’ascenseur du bâtiment, vers la fin du chantier », témoigne Jérémie, plaquiste depuis neuf ans. Une première également pour Gilles, électricien depuis trente ans : « Et pourtant, on s’en sert tous les jours ici. Cela nous évite de porter dans les escaliers des bobines de câbles électriques qui pèsent dans les 60 kilos chacune. Et si le monte-matériaux, qui sert aussi d’ascenseur de chantier, est déjà utilisé, les compagnons peuvent accéder aux étages et au toit par deux tours-escaliers provisoires, ou par l’escalier définitif du bâtiment. »

Afin de prévenir les chutes de hauteur, des protections collectives ont été installées, en privilégiant le caractère définitif dès que ce choix était pertinent pour la structure finale. En toiture, la maîtrise d’ouvrage a décidé dès la conception de construire des acrotères en béton et de les garder dans le bâtiment final. Pour les garde-corps, la continuité entre protections provisoires et protections définitives a été assurée. Les premières ont notamment servi aux salariés en charge de l’étanchéité de la toiture du bâtiment, cette opération étant un prérequis à la pose de garde-corps définitifs.

« La plupart des risques qui se présenteront lors des interventions ultérieures sur ouvrage sont déjà présents sur le chantier, autant les prendre en compte le plus en amont possible », rappelle Franck Bourien. « De plus, dès la conception du bâtiment, nous avons réduit le plus possible les futures maintenances techniques en toiture : seuls s’y trouveront les équipements de désenfumage », complète Yves Cornée. Pour ces rares interventions, l’accès se fera par les escaliers de secours qui montent jusqu’à la toiture-terrasse. Ils seront installés en fin de chantier. Les systèmes de ventilation, nécessitant un entretien plus régulier, ont été installés dans des placards techniques du bâtiment.
 

Robinets de puisage

En sous-sol, dans les futures galeries techniques, dès l’achèvement du gros œuvre, un éclairage définitif a été installé pour les salariés du chantier et il restera en place pour les interventions ultérieures. Pour éviter les chutes de plain-pied, un système provisoire sans rallonge au sol a été mis en place. Le projet a prévu également des accès provisoires à l’eau et l’électricité, nécessaires à l’intervention des entreprises de second œuvre avant l’installation de la plomberie et de l’électricité définitives par les corps d’état techniques. De nombreux coffrets électriques ont été installés, à raison d’un tous les 25 mètres à chaque étage, afin de limiter l’usage de rallonges trop longues et ainsi éviter les chutes.

Un peu plus tard, ce sont des robinets de puisage temporaires qui ont fait leur apparition : un par étage et par aile, afin que les salariés, les peintres en particulier, n’aient pas à traverser tout le chantier pour s’approvisionner. « La sécurité pendant les travaux a été mise en avant dès la conception du projet, et c’est la raison principale de son bon déroulement, estime Yvon Le Cunff, coordonnateur SPS du chantier, de la société Cobati. Pour cela, l’impulsion du maître d’ouvrage est indispensable. Ce chantier est une bonne référence pour de futurs projets de construction dans la région. »

LES CHUTES, TOUT UN PROGRAMME

Les chutes font l’objet d’un programme national de la CnamTS : le programme prioritaire de prévention contre les chutes dans la construction (P3C3). Il vise entre autres à accompagner certaines opérations et à former les donneurs d’ordres du bâtiment. L’objectif est de faire intégrer à ces derniers la prévention des risques de chutes, dès la phase de programmation de leurs projets. Il s’agit notamment de les inciter à contractualiser les mesures communes de sécurité dans les pièces écrites des dossiers de consultation des entreprises et les marchés de travaux. D’autre part, en Bretagne, le P3C3 comprend le suivi conjoint, par la Carsat et l’OPPBTP, de 251 entreprises de clos et couvert, afin qu’elles progressent en prévention sur ces risques. « Pour le chantier de l’Ehpad de Quévert, la maîtrise d’ouvrage a choisi son entreprise de clos et couvert en se basant notamment sur des critères de santé et de sécurité au travail », apprécie Franck Bourien, le contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne.

Katia Delaval

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