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L'Établissement français du sang a installé un nouveau siège social régional à Décines, à côté de Lyon. Outre les équipes administratives, il accueille des activités de production et d’analyses. Les locaux ont été conçus en intégrant des principes de prévention en vue d’offrir aux salariés de bonnes conditions de travail.

L’Établissement français du sang (EFS), est né avec le XXI e siècle. Créé le 1er janvier 2000, cet établissement public d'intérêt collectif a pour mission de garantir l'autosuffisance nationale en produits sanguins (globules rouges, plasma et plaquettes) ainsi que leur qualité sanitaire. Mais l'EFS, c'est aussi le premier laboratoire d'analyses médicales de l'Hexagone, un acteur clé de la recherche et du système de santé, qui gère des banques de tissus et de cornées ainsi que des unités de thérapie cellulaire. Des activités impliquant 10 000 collaborateurs sur tout le territoire.

En Auvergne-Rhône-Alpes, l'EFS représente 1 180 professionnels répartis sur 27 sites. Depuis 2017, la commune de Décines, près de Lyon, accueille le siège régional de 11 000 m 2. Le projet, lancé en 2014, a été l’occasion de réunir une partie des services des implantations de Beynost et Gerland (aujourd’hui fermés), ainsi que de Saint-Ismier. « Plusieurs options s’offraient à nous pour installer nos locaux, se remémore le Dr Dominique Legrand, la directrice régionale. Pour faire notre choix, nous avons pris en compte les lieux de résidence de nos salariés afin d’identifier l’emplacement qui aurait le moins d’impact sur la durée des trajets. »

C’est donc tout naturellement que les principes de prévention ont eu droit de cité lors de la conception des locaux. Le projet a notamment pu s’appuyer sur un diagnostic des situations de travail et sur les études de postes issues du programme national TMS Pros (TMS Pros est le programme conçu et piloté par l’Assurance maladie-risques professionnels afin d’aider les entreprises dans l’évaluation des risques de TMS et la mise en place de mesures de prévention adéquates). « Le soutien des experts en conception des lieux et situations de travail (CLST) de la Carsat a été précieux, affirme Éric Thomas, responsable du service technique de l’EFS régional. N’étant pas propriétaires des murs, nous avons pu nous baser sur leurs recommandations pour négocier avec le promoteur des aménagements nécessaires à la mise en place d’actions de prévention. »

Une circulation fluide

Si les discussions ont parfois été âpres, l’EFS obtient des modifications, notamment sur le bâtiment de production qui abrite le magasin et les différents laboratoires. Ainsi, des garde-corps ont été ajoutés en toiture-terrasse, et un vide sanitaire assez haut sous plafond pour pouvoir s’y déplacer debout et modifier plus aisément, en cas de besoin, les circuits existants. Autre exemple : le renforcement et l’adaptation de la charpente afin de créer des combles facilement accessibles.

Pour ce qui est de l’alimentation en produits sanguins, en plus des arrivées en provenance des autres sites de prélèvements de la région, chaque jour, des collectes mobiles sont organisées à partir du site de Décines pour solliciter la générosité des donneurs. Pour charger les véhicules – unités mobiles de prélèvement ou camions – avec le matériel indispensable à une campagne de prélèvement (lits, poches, seringues, gants…), un local dédié qui contient tout le nécessaire est accessible directement depuis la zone de départ des collectes.

Pour le picking, les chauffeurs utilisent des chariots qui sont ensuite directement chargés dans les des camions équipés de hayons électriques. Résultat : moins de manutentions, moins de distances parcourues et moins de ports de charge. De plus, la porte du local est automatique, comme une cinquantaine d’autres dans tout le bâtiment, pour faciliter le passage des salariés réalisant les manutentions.

Le magasin qui approvisionne cette réserve, ainsi que tous les services de l’établissement, a une position centrale. « L’idée était de rationaliser les flux, d’éviter les croisements qui sont source de risques, explique Éric Billiard, ingénieur-conseil à la Carsat Rhône-Alpes. Chaque service, que ce soit la préparation de collecte, le laboratoire d’analyses, le service de traitement du sang, ou encore le service administratif, est approvisionné par un accès qui lui est propre. » Comme tout le bâtiment de production, le magasin est de plain-pied afin d’éviter les efforts pour passer d’un étage à l’autre, ainsi que les risques de chutes inhérents aux escaliers. « C’est le jour et la nuit avec les installations précédentes, confirme Xavier Seris, un technicien logistique. Avant, je travaillais sur trois niveaux. Je suis vraiment moins fatigué en fin de journée. »

Le quai de déchargement n’a pas été oublié. Il représente à lui seul un véritable catalogue de bonnes pratiques. « Une aire de retournement, des guide-roues, des butoirs pour créer une zone de sauvegarde derrière les camions et ainsi éviter les écrasements, des niveleurs de quais pour s’adapter aux différentes tailles de remorques et faciliter le passage des tire-palettes… Toutes nos recommandations en la matière ont été suivies », se félicite Éric Billiard.

L’ambiance thermique de l’entrepôt est contrôlée grâce à une ventilation dont les tuyaux micro perforés évitent les courants d’air désagréables et limitent le bruit de l’installation. L’acoustique a d’ailleurs été une préoccupation importante du projet. La cafétéria en est un bon exemple. Au plafond et aux murs, des dalles acoustiques limitent la réverbération des ondes sonores. Des paravents mobiles, eux aussi en matière absorbante, viennent compléter l’installation. « Ces solutions sont très efficaces. Nous les déployons donc petit à petit sur tout le site, souligne Éric Thomas. Même dans les parties dédiées à la production. » « Je n’avais encore jamais vu de laboratoire avec des absorbants acoustiques », confirme Éric Billiard.

La gravité fait le job

Dans les laboratoires, la diminution des manutentions était aussi un objectif. Ainsi, les poches de sang en provenance des collectes sont déposées sur un convoyeur par le biais d’un guichet équipé d’un rideau automatique. Le tapis dirige les caisses vers des gares tampons qui les libèrent ensuite en fonction des besoins et par ordre de prélèvement, car il est primordial de traiter le sang dans les 24 heures. Pas besoin pour les opérateurs de se baisser et de manipuler les caisses pour les classer dans le bon ordre, donc.

Au bout du convoyeur, un opérateur récupère les poches, les enregistre dans la base informatique, puis les suspend à une potence. Par gravité, le sang s’écoule à travers un tube avant d’être recueilli dans une nouvelle poche. Ce faisant, il passe par un piège à globules blancs, car ceux-ci doivent être éliminés pour éviter les réactions chez les receveurs. La potence est réglable en hauteur pour que les opérateurs n’aient pas à lever les bras au-dessus des épaules et ce, quelle que soit leur taille.

Les poches nouvellement remplies sont ensuite pliées avant d’être centrifugées pour séparer le liquide en trois phases. En bas, les globules rouges qui sont les plus lourds. En haut, le plasma. Et au centre une fine couche de plaquettes. Pour dissocier complètement les produits sanguins, les contenants sont insérés dans des presses qui les répartissent dans des poches différentes. Les tables qui supportent ces appareillages sont réglables en hauteur afin, là aussi, de s’adapter à la taille de tout un chacun.

Dans la foulée, les produits sanguins sont mis en quarantaine dans une chambre froide jusqu’au retour des analyses. En effet, lors du prélèvement, une petite quantité de chaque don est prélevée afin de vérifier que le sang peut être transfusé à des patients sans risque pour ces derniers. En cas de non-conformité, les poches sont éliminées par la filière des déchets d'activités de soins à risques infectieux (Dasri). Dans le cas contraire, ils sont stockés.

Un entretien facilité

Les globules rouges rejoignent la chambre froide dite « cathédrale », qui doit son surnom à sa hauteur sous plafond de six mètres. Mais ici, nul besoin pour les salariés d’entrer et sortir plusieurs fois par jour en zone réfrigérée au gré des rangements et des récupérations de poches. En effet, tout passe par le guichet d’un stockeur vertical muni d’une porte à crémaillère d’une capacité supérieure à 15 000 produits. Quand le technicien scanne une poche, un emplacement vide lui est attribué et le rack concerné descend jusqu’au guichet. Inversement, quand on a besoin d’un type de globules rouges, il suffit de le commander par le biais de l’écran de contrôle. Plus besoin de chercher et de déplacer des boîtes dans la chambre froide comme c’est le cas sur d’autres sites.

Le stockage du plasma passe par une étape de surgélation à l’azote liquide à - 200 °C avant d’être conservé à - 30 °C. Les machines qui réalisent cette opération sont isolées dans un local équipé d’un détecteur d’anoxie. Une alarme sonore retentit en cas de présence trop élevée d’azote dans l’atmosphère. En complément, les opérateurs qui pénètrent dans la pièce s’équipent d’un second détecteur portatif. Les chariots sont simplement poussés à l’intérieur des surgélateurs. Une fois la porte fermée, des vaporisateurs d’azote liquide se déclenchent. Ce système interdit tout contact avec le dangereux réfrigérant.

« Certains laboratoires sont en légère surpression alors que d’autres sont en sous-pression, explique Éric Thomas. Il était important de pouvoir découpler leurs circuits pour s’adapter aux activités. Cela a nécessité l’installation de 25 centrales de traitement d’air. » Les locaux techniques qui les hébergent sont situés au-dessus de la zone de production. Ils possèdent des plates-formes de circulation sur lesquelles on peut se tenir debout et qui permettent d’accéder aux différents appareillages. « Toute la zone technique est praticable, même en dehors de plates-formes, note Christine Guichard, ingénieur-conseil à la Carsat Rhône-Alpes. C’est important car nous avons répertorié des accidents graves d’opérateurs qui ont traversé un faux plafond alors qu’ils étaient en intervention. »

Autre aspect bien pensé, l’escalier d’accès est droit et donc plus sûr que s’il était hélicoïdal ou s’il s’agissait d’une échelle à crinoline. Une barrière écluse permet d'apporter le matériel conséquent sur les plates-formes sans que le personnel qui le réceptionne risque la chute. Enfin, ce local technique est climatisé, ce qui est loin d’être la norme. « Les prestataires de maintenance apprécient la conception du lieu puisqu’il leur est arrivé de faire venir leurs supérieurs pour leur montrer ce qu’il est possible de faire en matière d’amélioration des conditions de travail, s’amuse Éric Thomas. Et les retours des collègues sur les nouveaux locaux étant également très positifs, nous envisageons de faire évoluer nos autres sites en nous inspirant des actions mises en œuvre ici. » 

Damien Larroque

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