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Parole d'expert

Jean-Pierre Arz : « Pour chaque exposition au bruit, il existe un protecteur adapté »

Plus de trois millions de salariés français sont exposés sur leur lieu de travail à des niveaux de bruit potentiellement nocifs. La suppression du risque à la source et la mise en place de mesures de protection collectives sont les premières actions à entreprendre pour préserver la santé auditive des travailleurs. Mais lorsque ces solutions ne réduisent pas suffisamment le risque, le port de protecteurs individuels contre le bruit (PICB) devient indispensable. Explications de Jean-Pierre Arz, responsable d’études au laboratoire d’acoustique au travail de l’INRS.

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Lucien Fauvernier - 27/11/2023
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Portrait de Jean-Pierre Arz, responsable d'études au laboratoire d'acoustique au travail de l'INRS.

Travail & Sécurité. Quels sont les différents types de protecteurs individuels contre le bruit (PICB) ?

Jean-Pierre Arz. Il existe deux grandes familles de PICB : les bouchons d’oreilles et les casques anti-bruit. Mais on peut aussi les classer suivant leur mode de fonctionnement : les protecteurs passifs, de loin les plus répandus, et les protecteurs avec électronique qui offrent des fonctionnalités supplémentaires. Pour les bouchons passifs, il existe trois grandes classes : les bouchons à former – en général en mousse et à usage unique – qui demandent à être formés avant de les mettre en place dans le conduit auditif. Ensuite, il y a les bouchons préformés – en silicone ou caoutchouc et réutilisables un nombre limité de fois – qui doivent être simplement poussés dans le conduit auditif en les faisant tourner légèrement. Et enfin, les bouchons moulés individuels – en silicone ou en acrylique et qui peuvent être portés pendant plusieurs années – qui nécessitent préalablement de réaliser des empreintes des conduits auditifs de la personne. Comme il s’agit de protecteurs réalisés sur mesure, généralement les travailleurs se les approprient plus facilement. Concernant les casques anti-bruit passifs, il en existe trois types également : le plus répandu est le « serre-tête » avec deux coquilles reliées par un arceau situé au-dessus du crâne. Mais celui-ci peut poser des problèmes de compatibilité avec d’autres EPI (casques de protection, masques respiratoires…). C’est pourquoi il existe un autre type, dit « serre-nuque », qui fait passer l’arceau derrière le cou. Et enfin, ce que l’on voit beaucoup dans le BTP, les « coquilles montées sur casque » : les coquilles sont solidaires du casque de protection de la tête grâce à un mécanisme qui permet de facilement les relever ou les abaisser sur les oreilles.

Quelles sont les limites des PICB passifs ?

J-P. A. : L’utilisation de protecteurs passifs présente trois limites générales. Tout d’abord, étant donné que l’atténuation qu’ils apportent ne varie pas en fonction des niveaux de bruit, ils peuvent surprotéger lorsque les niveaux sonores deviennent faibles si bien qu’ils doivent être enlevés pour pouvoir communiquer ou percevoir correctement son environnement sonore. La deuxième limite est que la plupart des PICB passifs atténuent moins les basses fréquences que les hautes fréquences, si bien qu’ils risquent de ne pas protéger suffisamment dans le cas de bruits dans lesquels les basses fréquences sont dominantes (par exemple le bruit d’engins de terrassement ou de groupes électrogènes). Enfin, la troisième limite est qu’ils ne permettent pas de communiquer lorsque les niveaux sonores sont très élevés.

Quels sont les types et les avantages des PICB avec électronique ?

J-P. A. : Les PICB avec électronique apportent des fonctionnalités supplémentaires pour repousser les limites des protecteurs passifs. Il en existe trois grands types. Tout d’abord, les protecteurs dits « à atténuation dépendante du niveau » – appelés commercialement « à restitution sonore » –  qui permettent d’éviter le phénomène de surprotection lorsque les niveaux de bruit sont faibles. Ils sont équipés de microphones extérieurs qui analysent le niveau sonore en permanence. Quand le niveau sonore extérieur est faible – par exemple lors d'une conversation sans bruit entre deux personnes – de petits haut-parleurs intégrés sous les protecteurs vont restituer le son dans l’oreille du travailleur. En revanche, quand le niveau sonore extérieur devient élevé, la restitution est interrompue. Cette solution est particulièrement adaptée dans les situations de travail où les niveaux sonores fluctuent beaucoup car elle permet de garder les protecteurs en permanence. Ensuite, dans les situations où les bruits dominent en basses fréquences, il y a les protecteurs à contrôle actif. Grâce à de petits microphones et haut-parleurs situés sous le protecteur, ils permettent de générer un contre-bruit – une onde en opposition de phase – afin de mieux atténuer les basses fréquences. Cette technologie n’est efficace que pour les basses fréquences – au mieux jusqu’à 1000 Hz. Enfin, lorsqu’il est nécessaire de pouvoir entendre des consignes, des alarmes ou de communiquer dans des environnements très bruyants, il y a les protecteurs dits « communicants » qui émettent le signal audio directement sous le protecteur. Ils existent majoritairement sous forme de casques mais commencent à apparaître en bouchons. On distingue ceux destinés uniquement à la réception (une seule voie de communication pour l’écoute) et ceux permettant l’émission et la réception (deux voies de communication) grâce à un microphone et qui permet à plusieurs porteurs de communiquer entre eux.

Illustration de présentation des différents types de PICB.

Comment choisir son protecteur en fonction de son activité ?

J-P. A. : Tout d’abord, il convient d’adapter l’atténuation à l’exposition sonore des salariés. Le but est d’être suffisamment protégé pour ne pas être exposé à des niveaux sonores susceptibles d’entraîner des pertes auditives, tout en évitant la surprotection. Pour donner des repères, en termes d’exposition sonore quotidienne résiduelle – qui représente la moyenne des niveaux sonores sous le protecteur sur une journée de huit heures – la plage acceptable va de 65 à 80 dB(A). De plus, il ne faut pas oublier que les protecteurs passifs standards modifient la perception sonore et peuvent nuire à la compréhension de la parole ou perturber la détection de signaux d’alarme. Ensuite, il y a des critères fonctionnels : il faut impérativement laisser le choix au salarié entre des bouchons ou un casque, veiller à ce que la taille du protecteur soit adaptée à la morphologie du porteur et s’assurer du confort pour l’utilisateur, car un protecteur inconfortable risque de ne pas être porté. Concernant l’adaptation du protecteur aux situations de travail, voici le type de questions qu’il faut se poser : est-ce que le protecteur doit être porté toute la journée ou seulement pendant quelques phases bruyantes ? Faut-il l’enlever et le remettre fréquemment au cours de la journée ? Le salarié porte-t-il des gants ? Quid de la compatibilité avec les autres équipements de protection individuelle (lunettes, masques…) ? Les réponses à ces différentes questions permettent d’orienter le choix.

Quels sont les acteurs impliqués dans le choix des PICB ?

J-P. A. : Dans la pratique, le choix revient au chef d’entreprise qui doit prendre en compte l’avis des travailleurs – notamment leur préférence pour les bouchons ou les casques – et de la médecine du travail. En cas de doutes sur les caractéristiques ou les fonctionnalités des PICB, il est possible d’interroger les fabricants pour identifier et comparer les différentes solutions possibles. Par ailleurs, l’INRS a édité une brochure qui présente des critères de choix objectifs, valables quels que soient les types ou les marques de protecteurs, en complément du guide de choix acoustique.

Quelles autres recommandations sont importantes pour garantir la meilleure efficacité possible des PICB ?

J-P. A. : L’obtention de performances optimales des PICB passe par plusieurs étapes. Tout d’abord, à la réception des protecteurs dans l’entreprise, il faut procéder à un contrôle d’efficacité, plusieurs méthodes sont disponibles en fonction des fabricants. Ensuite, il faut informer et former les salariés sur l’importance d'utiliser une protection auditive afin d’éviter des pertes auditives irréversibles ; la façon de les mettre en place, car ce n’est pas évident, en particulier pour les bouchons à former ; le bon usage, par exemple de mettre son PICB avant d’entrer dans la zone bruyante ; et enfin leur entretien. Les bouchons préformés et moulés individuels doivent être nettoyés strictement selon les préconisations du fabricant. Pour les casques, il faut vérifier l’usure des coussinets ainsi que la force de serrage de l’arceau. Spécifiquement pour les protecteurs avec électronique, il faut bien gérer les batteries : leur recharge, leur durée de vie. Enfin, dans le cas où des dérives d’usage seraient constatées, il ne faut pas hésiter à faire une formation de rappel afin de re-sensibiliser l’ensemble des salariés aux bonnes pratiques.

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