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Parole d'expert

Benoît Sallé : « Les batteries lithium-ion posent de nombreuses questions en termes de risques professionnels »

Vélos, trottinettes mais aussi ordinateurs ou téléphones… Les batteries lithium-ion sont omniprésentes dans notre quotidien. Mais quels sont les risques liés à ces batteries ? Les explications de Benoît Sallé, expert d'assistance conseil à l'INRS.

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Lucien Fauvernier - 23/11/2023
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Benoît Sallé, expert d'assistance conseil à l'INRS

[Article publié le 03/07/2023]

Travail & Sécurité. Quels sont les risques liés aux batteries lithium-ion ?

Benoît Sallé. Cette problématique des batteries lithium-ion est de plus en plus présente, tout simplement car la mobilité électrique - trotinettes, vélos, voitures... -  , a augmenté drastiquement ces dernières années. Cette plus large utilisation des batteries pose question d'un point de vue sécurité de la batterie en elle-même et sécurité vis-à-vis des phénomènes que celle-ci peut générer dans le domaine des risques professionnels. Il y a notamment trois grands phénomènes à prendre en compte qui peuvent avoir une incidence sur le salarié : tout d'abord il y a le dégagement de fumées - donc un risque chimique. Ce phénomène n'apparaît qu'en cas de disfonctionnement de la batterie. Il peut y avoir ensuite un emballement thermique quand une majorité de la batterie disfonctionne. Ensuite, troisième risque, qui n'est lui pas lié à un défaut de la batterie, c'est le risque électrique. En effet, une batterie possède une tension continue, donc si quelqu'un touche les deux bornes, il reste collé. Contrairement au courant alternatif qui, a un moment, va lâcher la personne. Bien entendu, les normes de conception se sont focalisées sur le risque électrique ce qui implique que, généralement, sur des batteries neuves ce risque est minime, voire nul, puisqu'il est impossible de toucher les deux bornes en même temps.

Comment gérer cette problématique de l'emballement thermique ?

B.S. L'emballement thermique est une réaction incontrôlée au sein de la batterie qui entraîne sa combustion. Cette problématique demande de s'intéresser à l'ensemble de la ligne process car on sait très bien qu'aujourd'hui, en cas de disfonctionnement, il est impossible d'arrêter ce phénomène d'emballement thermique sauf à plonger la batterie dans l'eau. Cela demande de gros moyens matériels et humain, notamment en termes de surveillance. Car une fois qu'une batterie est partie en emballement thermique et qu'elle a été immergée, personne ne peut dire quand l'emballement va s'arrêter. D'où le besoin d'une surveillance constante, à l'aide, par exemple, d'une caméra thermique. Il est possible de mettre une batterie défaillante dans de la vermiculite, ou dans du sable, deux matières qui vont favoriser l'étouffement de l'emballement mais qui posent problème quant à la surveillance... car il n'est plus possible d'avoir de visuel sur la batterie, la caméra thermique peut être rendue défaillante par la présence de cette matière... Cette solution, vermiculite ou sable, vient plutôt dans un second temps, car une batterie défaillante qui a passé un séjour dans de l'eau doit être envoyée à une société spécialisée. Or il y a des règles concernant le transport de marchandises dangereuses - les batteries parties en emballement thermique en font partie. Pour assurer leur transport en sécurité, la règle c'est de prendre un fût métallique, de mettre une sache plastique dans ce fût puis d'y déposer la batterie et finalement de la recouvrir de vermiculite. 

Comment, plus généralement, réduire les risques liés aux batteries ?

B.S. Le nombre d'événements liés aux batteries, qui ne sont pas toujours des accidents puisqu'il n'y a pas forcément de blessés, est conséquent. Les chiffres, dont je dispose, qui ne concernent que la filière des déchets courants (papier, bois, carton, ordures ménagères...) font état d'au moins un départ de feu par jour et jusqu'à quatre en période estivale. Cela s'explique par le fait que nombre de batteries ne se retrouvent pas sur la bonne filière... D'une part car les particuliers ne sont pas toujours très sérieux dans le tri des déchets, avec des batteries jetées dans les ordures ménagères, voire même des patinettes dans les bennes à ordures. À Paris, il y a eu récemment une explosion d'une patinette jetée dans une benne avec des ordures dessus. Les ripeurs ont benné le tout dans le camion poubelle et lorsque la machoire de ce dernier s'est refermée sur la patinette, la batterie a explosé, détruisant le verrin du camion poubelle - ce qui laisse présager de la force de l'explosion - et les ripeurs ont été blessés. Je parle ici de la responsabilité des particuliers mais il faudrait que les industriels fassent également un effort. Prenons l'exemple d'une brosse à dents électrique, si je veux pouvoir la recycler et retirer la batterie pour la mettre dans le bon conteneur, c'est impossible. Cela peut paraître anecdotique comme ça, mais cela peut entraîner en bout de chaîne un départ d'incendie. Même lorsque les déchets sont pris au grappin pour être déposés sur les bandes transporteuses, le grappin peut abimer la batterie et provoquer un départ de feu. L'INRS travaille avec la filière déchets pour l'aider à mieux prendre en compte ce risque. Malheureusement, il est très difficile de le prévenir donc les acteurs de ce secteur pâtissent de cette situation et sont obligés de mettre en place des équipements conséquents et honnéreux pour, dès qu'un événement se produit, être en mesure de le gérer le plus rapidement possible. 

Comment stocker les batteries en tout sécurité ?

B.S. Il faut séparer les risques. Donc stocker des batteries sur le lieu de fabrication ou sur la chaîne industrielle par exemple, c'est déjà une erreur. Car s'il y a le moindre événement, cela va impacter la ligne de production. L'idée est de dédier des espaces pour le stockage des batteries en séparant systématiquement batteries neuves et batteries usagées ou abimées, qui doivent être considérées comme potentiellement dangereuses. Lorsque l'on parle de séparation, il s'agit de séparation coupe-feu pour éviter toute propagation d'incendie afin que l'événement soit confiné à une seule partie de l'entreprise. Même pour des batteries neuves, une vérification de l'état de la batterie est nécessaire, conformément au cahier des charges du client. Si des batteries doivent arriver à 80% de charge, que le client teste ces batteries et s'aperçoit qu'elles ne sont chargées qu'à la moitié ou à 20%, cela peut être une indication de batteries défectueuses. Donc on ne rentre pas ces batteries, on les laisse à l'extérieur, à l'abri des intempéries. Elles ne doivent pas rentrer sur le site, ni être mélangées avec d'autres batteries. Ce raisonnement doit s'appliquer aux différentes étapes de chaîne de montage. Le mieux est d'avoir un ou deux postes où l'on met les batteries, des postes vraiment dédiés.  

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