Bien que son utilisation soit interdite en France depuis 1997, l’amiante reste présent dans de nombreux bâtiments et équipements. Or ce matériau peut être à l’origine de cancers, de maladies des poumons et de la plèvre. Tout au long de l’année, des mesures d’empoussièrement sont effectuées en France par des laboratoires accrédités, lors d’opérations susceptibles d’exposer les salariés à ces fibres. Cela concerne les activités de désamiantage, dites de sous-section 3, mais aussi les interventions de sous-section 4, c’est-à-dire les opérations de maintenance, de réparation, d’entretien sur des matériaux, équipements, ou matériels pouvant provoquer l’émission de fibres d’amiante. « Par exemple, un électricien qui doit percer un mur revêtu de peinture amiantée pour faire passer des câbles ou un poseur de carrelage qui doit changer quelques carreaux de faïence fixés avec de la colle amiantée », illustre Aurore Aglioni, experte d’assistance-conseil à l’INRS.
Comme chaque année, depuis 2012, l’INRS publie sur son site les résultats de ces mesurages dans le rapport d’activité Meta - pour Microscopie électronique à transmission analytique. La dernière mise à jour prend en compte l’année 2024. Des centaines de milliers de mesurages par prélèvements individuels y sont répertoriés, ce qui correspond à 3 158 processus exposant aux fibres d’amiante identifiés. « La grande majorité des mesurages recensés concernent des chantiers de désamiantage et de démolition, car la réglementation impose à la sous-section 3 des contrôles périodiques, ce qui n’est pas le cas pour la sous-section 4, souligne Aurore Aglioni. L’INRS encourage néanmoins ces entreprises à en réaliser, afin qu’elles sachent où elles en sont de leurs expositions et qu’elles puissent adapter leurs moyens de prévention. »
Estimer pour mieux protéger
Toutes ces données, issues du terrain, viennent également enrichir chaque année l’application Scol@miante, disponible en accès libre sur ordinateur, tablette ou smartphone. De quoi s’agit-il ? En quelques clics, elle permet aux entreprises qui mettent en oeuvre pour la première fois un processus impliquant des matériaux amiantés d’obtenir une estimation a priori de la concentration en fibres d’amiante que celui-ci va émettre. Concrètement, l’utilisateur doit renseigner l’activité concernée (sous-section 3 ou 4), le matériau amianté (enduit de lissage, peinture, faux plafond…), la technique employée (découpage pneumatique, rabotage, décapage, perçage…), le type de travail à l’humide et le type de captage à la source. L’application affiche alors une estimation de la concentration en nombre de fibres par litre d’air (qui couvre 95 % des situations mesurées), assortie de son indice de confiance.
Pour faire cette estimation, l’application s’appuie sur les mesurages de terrain : à ce jour, 226 933 données sont intégrées dans Scol@miante. « Plus un processus dispose de résultats de mesures, plus l’indice de confiance est élevé et l’estimation robuste, précise Aurore Aglioni. Cela permet à l’entreprise de définir des moyens de prévention adaptés, en priorité des mesures de protection collective, complétées par des mesures individuelles (appareil de protection respiratoire, combinaison…). » Toutefois, cette estimation ne dispense pas l’employeur de faire réaliser l’évaluation du niveau d’empoussièrement par un organisme accrédité.
