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ANSES

Des agents de nettoyage exposés à une combinaison de risques variés

Dans un rapport publié le 13 novembre dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) analyse les conditions de travail des agents de nettoyage, leurs impacts sur la santé, et livre des pistes d’actions. Le point avec Stéphane Leconte, coordinateur scientifique de cette expertise.

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Corinne Soulay - 12/01/2026
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Illustration d'un agent de nettoyage en situation de travail.

Travail & Sécurité. Le groupe de travail de l’Anses, que vous coordonnez, s’est intéressé aux activités de nettoyage non spécifiques : entretien de bureaux et de halls d’immeubles, en incluant le nettoyage des sanitaires. Qu’a-t-il observé ?

Stéphane Leconte. Il s’agit d’un secteur à très forte sinistralité : le nombre d’accidents du travail (AT) et de maladies professionnelles (MP) reconnus est proportionnellement plus élevé et leur gravité plus importante que dans tous les autres secteurs. Les MP, principalement des troubles musculosquelettiques (TMS), ainsi que le nombre de licenciements pour inaptitude y sont également près de deux fois supérieurs. Les travailleurs, ou plutôt les travailleuses – à 73 % ce sont des femmes – ont en moyenne 45 ans et sont souvent immigrés ou d’origine étrangère, avec de faibles revenus.

Comment expliquez-vous cette sinistralité ?

S. L. Ces agents sont exposés à des risques directement liés à l’activité de nettoyage, comme les risques physiques associés au port de charges lourdes –  devoir porter des seaux d’eau par exemple –, les chutes de hauteur et de plain-pied, etc., mais aussi les risques chimiques, qui découlent de l’usage de produits de nettoyage, ou les risques d’exposition à des agents biologiques (bactéries, champignons, virus) lors du nettoyage des sanitaires. Ce personnel est aussi soumis à un certain nombre de risques liés à l’organisation du travail. La plupart travaillent en horaires décalés – tôt le matin, tard le soir –, ce qui, outre les effets sur la santé, peut avoir des conséquences sur la vie sociale et familiale. Ce sont souvent des travailleurs isolés, dont le travail est invisibilisé : il leur est demandé d’oeuvrer en l’absence des bénéficiaires, ils n’ont donc pas d’échanges avec les clients, ni de retours. Cela peut avoir un impact psychologique sur la perception de la qualité de leur travail, voire en altérer le sens. C’est la combinaison de tous ces risques – physiques, chimiques, biologiques, organisationnels, mais aussi socio-économiques – qui accentue les effets délétères de cette activité professionnelle sur la santé.

Vous pointez notamment une dégradation des conditions de travail liée à l’externalisation croissante. De quoi s’agit-il ?

S. L. Dans le secteur privé, la part des salariés externalisés a presque triplé en près de 40 ans, passant de 23 % en 1982 à 65 % en 2020. Cela induit une organisation du travail avec trois acteurs : une entreprise utilisatrice, une entreprise extérieure et un salarié. L’une des conséquences est la diminution du temps consacré aux tâches de nettoyage : on est passé de 33 à 25 heures hebdomadaires. Résultat : les cadences de travail s’intensifient et les revenus mensuels diminuent, imposant à beaucoup d’agents de cumuler les emplois.

Quelles sont les principales recommandations du rapport ?

S. L. Le premier levier d’action consisterait à favoriser le travail en journée afin de limiter l’isolement des salariés, leur invisibilisation et les horaires décalés. Il serait aussi utile de mettre en place des campagnes nationales de prévention centrées sur les TMS dans ce secteur, et de favoriser l’accès de ces travailleurs aux dispositifs de prévention. Par exemple, en adaptant les supports d’information. Aujourd’hui, ces documents, souvent écrits, sont difficilement appropriables par des agents qui parfois maîtrisent mal la langue française. Il faudrait que les entreprises réfléchissent à des supports plus visuels et plus directs.

Vous faites aussi des recommandations spécifiques dans le cas de la sous-traitance…

S. L. Il faut d’abord rappeler l’obligation de vigilance des entreprises utilisatrices de services, en matière de respect de la législation du travail. En outre, le rapport suggère de renforcer les responsabilités de ces entreprises utilisatrices. L’une des pistes serait de s’inspirer de ce qui se fait dans le cadre du travail temporaire : l’entreprise utilisatrice est responsable de la santé et de la sécurité au travail du salarié, pendant toute la durée de la mission. Dans le même esprit, il serait intéressant d’envisager une évolution des modalités de calcul des cotisations AT-MP (Cotisation d’accidents du travail et maladies professionnelles versée chaque mois par l’employeur, couvrant les risques de maladies professionnelles et d’accidents du travail.), pour mieux répartir le coût entre les entreprises utilisatrices et les entreprises extérieures. Actuellement seules ces dernières supportent ces coûts.

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