En marge des projections du festival international du court métrage à Clermont-Ferrand, une vingtaine d’acteurs du secteur – venus de République tchèque, de Grèce, de Suède, de Belgique ou encore de Croatie – ont participé à un atelier consacré à l’évaluation des risques et à la promotion de la santé et de la sécurité au travail sur les tournages.
Les échanges ont mis en lumière des situations contrastées en Europe. « Chez nous, la plupart des producteurs semblent ignorer ce que sont les risques professionnels, regrette Miroslav Vlček, représentant d’une plate-forme tchèque pour la production audiovisuelle durable. Le seul moment où ces questions sont abordées sérieusement, c’est lors de coproductions avec des équipes françaises, qui ont intégré l’obligation de prévenir les risques sur un tournage. »
L'organisation française de la prévention : un modèle
En Grèce, la fragilisation du secteur depuis la crise de 2008 continue de peser sur les conditions de travail. « La loi impose la présence d’un responsable sécurité sur les tournages, explique Dimitra Zigkaris, scénographe et membre du syndicat grec des techniciens de l’audiovisuel. Mais il n’existe ni formation spécifique ni certification. Il arrive ainsi qu’un responsable sécurité, issu du BTP, intervienne sur un plateau, sans connaissance des risques propres à nos métiers. »
Face à ces constats, l’organisation française de la prévention dans l’audiovisuel apparaît comme un modèle. Le secteur dispose en effet de deux commissions paritaires dédiées : le CCHSCT Cinéma et le CCHSCT Audiovisuel, réunissant représentants des employeurs et des salariés. « La prévention des risques fait l’objet d’un consensus, ce qui a permis des avancées notables ces dernières années », souligne Yoann Goujon, acteur et représentant CGT du syndicat français des artistes interprètes.
Les travaux ont notamment porté sur les violences sexuelles et sexistes (VSS), avec l’élaboration d’un guide de prévention et la définition du rôle de coordinateur d’intimité. Depuis 2025, toute personne travaillant sur un long métrage doit suivre une formation de sensibilisation aux VSS.
La protection des mineurs a également été renforcée : limitation accrue du temps de travail des enfants acteurs et obligation de recourir à un responsable enfant spécifiquement formé. Autre spécificité française présentée lors de l’atelier : le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), pierre angulaire de la démarche de prévention. « Structurer la prévention à travers un outil comme le DUERP nous permettrait d’avancer, réagit Miroslav Vlček. Les demandes des équipes, notamment relatives aux coordinateurs d’intimité, poussent déjà les producteurs à faire évoluer leurs pratiques. »
L’atelier a également été l’occasion de présenter OiRA (Online interactive Risk Assessment), un outil numérique créé par l’INRS, en lien avec les CCHSCT du secteur, pour accompagner les entreprises dans l’évaluation de leurs risques professionnels et l’élaboration d’un plan d’action. Il est disponible en libre-service directement en ligne.
OiRA, un levier français puis européen
« Il existe un OiRA européen en anglais, que l’on retrouve sur le site de l’EU-Osha, dédié aux productions audiovisuelles et actuellement en cours de mise à jour pour mieux intégrer certains risques, comme les VSS », indique Daphné Tepper, directrice politique de la branche médias, divertissements et arts à la fédération syndicale UNI Europa. Plusieurs pays l’ont décliné au niveau national afin de l’adapter à leur cadre réglementaire.
La France s’est engagée dans cette voie. « Nous avons limité le nombre de modules à sept, afin de proposer une démarche simplifiée, précise Olivier Le Berre, responsable du programme TPE à l’INRS. Nous avons également choisi de ne pas multiplier les rappels réglementaires pour recentrer l’utilisateur sur l’identification des risques et la construction d’un plan d’action. »
Testé en séance par les participants, l’outil a suscité un vif intérêt. Plusieurs représentants nationaux se sont interrogés sur les modalités de déploiement d’une version adaptée à leur pays. Preuve que, dans un secteur marqué par la mobilité des équipes et la diversité des statuts, la structuration de la prévention constitue désormais un enjeu partagé à l’échelle européenne.
