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Troubles musculosquelettiques

Chez Danone : des ergonomes au chevet des contraintes articulaires

En 2021, la cellule ergonomie de Danone a lancé le projet Dan’Ergo. Un travail de longue haleine qui consiste à cartographier les risques de troubles musculosquelettiques (TMS) dans toutes les usines du groupe agroalimentaire. Le point avec Aurélien Taillandier, responsable du service.

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Corinne Soulay - 01/11/2023
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Aurélien Taillandier, ergonome chez Danone en situation de travail.

Travail & Sécurité. Comment est né le projet Dan’Ergo ?

Aurélien Taillandier. Tout a commencé pendant le premier confinement de mars 2020. Comme beaucoup, nous nous sommes retrouvés privés de déplacements. Nous en avons profité pour faire un audit auprès de représentants des différents sites du groupe Danone pour savoir ce qu’ils pensaient de nos actions. Jusqu’alors, lorsque nous nous déplacions dans les usines, c’était pour mener des projets spécifiques – réaménagement de poste… – en fonction des besoins. Globalement, les responsables étaient satisfaits de nos actions, mais ils regrettaient que notre analyse se réduise à une seule situation de travail. Au final, nous leur apportions peu de connaissances sur l’ensemble de leur site en termes d’ergonomie et les améliorations sur la santé et la sécurité étaient limitées. D’où ce projet de mener une action plus globale et plus pérenne.

En quoi consiste-t-il?

AT. Il y a deux volets. D’une part, un volet formation qui consiste à former localement, dans les usines, des renforts en ergonomie qui deviendront des relais sur le terrain et participeront à insuffler une culture de la prévention, d’autre part la cartographie des risques. Notre équipe, constituée de trois ergonomes, a pour objectif d’évaluer, dans treize usines et sept bases logistiques, les contraintes articulaires sur l’ensemble des situations de travail. Ce qui équivaut à 40 à 50 situations par site. Parmi les méthodes de cartographie existantes, certaines s’appuient sur des observations au papier-crayon. Mais, elles dépendent beaucoup du regard de l’évaluateur, de sa formation, et cela demande des temps d’observation et de traitement très longs pour obtenir des données représentatives du poste observé. Nous cherchions à avoir des données plus objectives, rapides à saisir et à traiter pour que le projet puisse être faisable et utilisé par le plus grand nombre. Nous avons donc opté pour des capteurs de mouvement, une technologie innovante développée par l’entreprise TEA Ergo, pour effacer toute différence d’observation entre ergonomes et collecter des données au plus proche du réel de l’activité. Nous avons beaucoup travaillé avec eux pour arriver à mettre en place un protocole efficace et pour maîtriser ces outils très techniques. Les capteurs peuvent notamment s’altérer dans un environnement métallique. TEA Ergo nous a donc formés à la maintenance de premier niveau afin que nous puissions réagir efficacement sur le terrain. 

Concrètement, comment se déroule une campagne de mesure sur un site ?

AT. Avant de se rendre dans une usine, notre équipe présente son projet au Comité de Direction, au responsable RH, au responsable sécurité, puis au CSE – ou CSSCT –, qui valide la liste des situations de travail observées. Les campagnes de mesure d’enregistrements durent de deux à trois semaines, chaque mesure de poste durant 2 à 3 heures. Nous équipons l’opérateur volontaire de sangles, sur lesquelles sont fixés neuf capteurs de mouvement. Puis, ordinateur portable à la main, nous le suivons dans son activité. Sur notre écran, un avatar reproduit en direct les mouvements de l’opérateur. Lorsque la contrainte articulaire est acceptable, l’articulation apparaît en vert ; si le risque est modéré, elle passe à l’orange ; et au rouge s’il est élevé. Nous nous basons sur les valeurs seuils de l’INRS concernant les amplitudes et sur les travaux en biomécanique humaine et des échanges avec Bronislaw Kapitaniak pour exprimer une durée d’exposition. Ensuite, les données sont analysées et les résultats sont présentés, de manière vulgarisée afin d’être compris par des personnes non expertes, sous forme de tableaux pointant les contraintes articulaires pour chaque poste.

Quel est l’objectif de cette cartographie ?

AT. In fine, cette cartographie a deux ambitions pour le groupe: prioriser les postes sur lesquels des modifications doivent être réalisées pour améliorer les conditions de travail, et identifier les postes associés à de moindres contraintes, permettant le reclassement de salariés, suivant leurs restrictions. En se basant sur nos résultats, un collectif composé de la direction du site, du responsable sécurité, du médecin du travail, des partenaires sociaux… décide d’une feuille de route d’améliorations en se focalisant sur les postes repérés comme étant les plus pourvoyeurs de risques. Notre étude donne un diagnostic, cela permet d’objectiver le risque, mais des analyses complémentaires sont nécessaires pour en comprendre les causes et agir. Les ergonomes réalisent alors une évaluation des risques et des études complètes des postes priorisés, avec l’engagement de la Direction pour faire évoluer les environnements ciblés. Nous venons de terminer notre septième cartographie.

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