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Une journée avec

Une équipe d’ergonomes chez Danone

Dans le cadre du projet Dan’Ergo, le service ergonomie de Danone sillonne la France pour cartographier les contraintes articulaires dans toutes les usines du groupe agroalimentaire. Aujourd’hui, rendez-vous à Ferrières-en-Bray (Seine-Maritime), un site de quelque 300 salariés, où sont fabriquées 140 000 tonnes de yaourts par an.

6 minutes de lecture
Corinne Soulay - 11/12/2023
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Deux ergonomes du service ergonomie de Danone en situation de travail.
  • 8 h 30

    Évaluer les contraintes articulaires

    À l’usine de yaourts Danone de Ferrières-en-Bray (Seine-Maritime), le bureau du médecin du travail sert de « camp de base » temporaire aux membres du service ergonomie du groupe constitué d’Alexandre Fouquet-Lapar, d'Alexis Overne et d'Aurélien Taillandier, le responsable. Dans le cadre du projet Dan’Ergo, qu’ils ont lancé en 2021, le trio parcourt la France pour cartographier les contraintes articulaires des salariés sur les sites de production. C’est le septième qu’ils visitent en deux ans. « L’objectif est d’évaluer les contraintes articulaires sur l’ensemble des situations de travail, détaille Aurélien Taillandier. D’une part pour travailler sur le maintien dans l’emploi, en mettant en lumière les postes les moins contraignants et, d’autre part, repérer ceux les plus à risque, afin de prioriser les actions à mener pour améliorer les conditions de travail. » Ici, le premier volet intéresse particulièrement la direction : « Sur 300 salariés, plusieurs présentent des restrictions médicales. De plus, les départs à la retraite étant de plus en plus tardifs, il faut trouver des postes adaptés », pointe Lise Caron-Lefort, infirmière et relais privilégié des trois ergonomes sur le terrain. Avant leur arrivée, elle a identifié tous les postes de l’usine – fabrication, conditionnement, laboratoire, maintenance… – et établi un planning d’interventions. En tout, 40 situations de travail seront observées en deux semaines, chaque ergonome suivant deux salariés par jour, un le matin et un l’après-midi.

  • 9 h

    Différentes méthodes de cartographie

    C’est l’heure d’accueillir les trois premiers opérateurs de la journée. « Il existe différentes méthodes de cartographie, notamment au papier-crayon, mais elles dépendent beaucoup du regard de l’évaluateur et demandent un temps de traitement très long pour obtenir des données représentatives du poste observé. Nous cherchions à avoir des données chiffrées, donc nous avons opté pour un dispositif de capteurs qui permet d’enregistrer en direct les mouvements », explique Alexis Overne. Main, bras, torse, tête… Les ergonomes équipent les opérateurs de sangles, auxquelles sont fixés neuf capteurs. Un moment propice à la plaisanterie. « C’est important d’instaurer un climat de confiance car le dispositif peut être impressionnant et nous allons les suivre pendant 3 heures. Il faut qu’ils se sentent à l’aise avec nous », confie Alexandre Fouquet-Lapar.

    Une fois l’attirail installé, les ergonomes vérifient que les capteurs fonctionnent. « Lève le bras, bouge les poignets… Parfait ! » Sur leur ordinateur, un avatar représentant le haut du corps de l’opérateur s’anime à chaque mouvement. Lorsque la contrainte articulaire est acceptable, l’articulation apparaît en vert, si le risque est modéré, elle passe à l’orange, et au rouge s’il est élevé. « Nous nous basons sur les valeurs seuils de l’INRS », précise-t-il.

  • 9 h 30

    Enregistrer l'activité de l'opérateur

    Chaque ergonome accompagne un opérateur à son poste, au secteur conditionnement, où douze lignes sont en fonctionnement. Une fois sur place, ordinateur portable à la main, il lance l’enregistrement. « À partir de là, on se fait discret, pour ne pas entraver l’activité », glisse Aurélien Taillandier. Abdoudraman Fofana est en charge de la ligne D060, des yaourts aux fruits destinés au marché britannique. Fabrication des pots, remplissage, fixation de l’opercule, emballage… Il va et vient le long de la ligne, pour vérifier que toutes les étapes se déroulent bien. Régulièrement, il récupère un lot de yaourts pour des contrôles qualité : il palpe le pot, vérifie que le décor est centré, inspecte la soudure de l’opercule, puis goûte… Sur l’écran, toutes ses postures sont consignées.

    Un ergonome enregistre les mouvements d'un opérateur.
  • 9 h 46

    Consigner les événements notables

    « Bourrage décor » : le conducteur arrête la machine et s’introduit entre les pistons pour récupérer les morceaux de papier coincés. Chaque événement notable est consigné par l’ergonome sur son logiciel : « Cela me permet de savoir à quelle activité correspondent les postures observées et de mieux comprendre les résultats obtenus avec les capteurs. »

  • 10 h 09

    Un capteur déconnecté

    Cette fois, c’est l’avatar qui ne bouge plus. Le capteur de tête s’est déconnecté. Aurélien Taillandier stoppe l’enregistrement pour le repositionner… Deux lignes de production plus loin, Alexis Overne suit comme son ombre Laurent Fleurbaey, un conducteur de ligne. « On capte jusqu’à 15 m, mais c’est important de visualiser l’activité pour s’assurer que l’enregistrement fonctionne bien. » Dès qu’il peut, Alexis pose son ordinateur sur un support : « À force de le porter, cela peut devenir inconfortable. Pas question que les ergonomes aient des TMS ! »

  • 12 h

    Renforcer l'équipe d'ergonomes

    Retour au camp de base pour déséquiper les opérateurs, recharger les batteries et désinfecter les sangles, avant la session de l’après-midi. Après le déjeuner, trois nouveaux opérateurs sont équipés. Pendant la préparation, l’un d’eux les interpelle : « C’est dommage que vos capteurs ne prennent pas en compte le port de charges. » Aurélien Taillandier justifie : « Cela aurait demandé un dispositif plus contraignant, avec d’autres types de capteurs qui nécessitent de raser les opérateurs… Mais, pour compléter nos résultats, nous sommes en train de former des renforts en ergonomie dans les usines, qui seront capables de mesurer objectivement les risques liés au bruit, à l’éclairement et au port de charges unitaire, pour chaque poste évalué. »

    Vue d'un écran de monitoring d'un ergonome.
  • 15 h

    Dans la zone de tri picking

    Changement d’ambiance : dans la zone de tri picking où Florent Gricourt, cariste, prépare les palettes destinées aux sept entrepôts logistiques du groupe. La température est de 4 °C. Sous les yeux d’Aurélien Taillandier, l’opérateur alterne conduite du chariot élévateur et confection de palettes. Vert, vert, rouge, orange… Sur l’écran, l’avatar clignote en continu : « J’ai l’impression de tourner dans un film de James Cameron ! », plaisante le cariste.

    Au conditionnement, où Alexandre et Alexis passent l’après-midi, l’enregistrement se révèle plus ardu. « Les capteurs ont tendance à se démagnétiser dans un environnement électromagnétique, pointe le premier. On a dû plusieurs fois les recalibrer ou les changer. » Autre imprévu, la ligne DO340 a subi un écrasement de pots. « Si elle s’arrête trop longtemps ou trop souvent, nous serons obligés de refaire l’enregistrement : notre cartographie est une image de la réalité du travail. Donc si la ligne ne tourne pas comme d’habitude, nos données seront faussées », justifie Alexis.

    Deux ergonomes en situation de travail au sein d'une unité de production.
  • 17 h

    Analyser les données

    La journée se termine. À la fin de la semaine, l’équipe devrait avoir enregistré l’ensemble des postes de travail. Viendra alors le temps de l’analyse des données. « Ces enregistrements ne sont pas exhaustifs, ils donnent une photo d’un poste sur une durée limitée, concède Aurélien Taillandier. Mais c'est une base pour améliorer les conditions de travail. »

    REPÈRES

    • Les objectifs de la cartographie
      • Identifier de manière objective les situations de travail contraignantes et insuffler la culture ergonomie
      • Prioriser les postes sur lesquels des études d’ergonomie puis des modifications doivent être réalisées.
      • Identifier les postes permettant le reclassement de salariés, suivant leurs restrictions.
    • Les outils
      • Des capteurs de mouvements, pour effacer toute différence d’observation entre ergonomes et collecter des données au plus proche du réel de l’activité.
      • Des résultats de cartographie vulgarisés pour qu’ils soient utilisés par des non-experts de l'ergonomie.
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