« Ah, vous sentez l’odeur de l’ail ! », lance Pierre-Loïc Sabetay-Sabin, contrôleur de sécurité à la Carsat Auvergne, alors que nous approchons de l’entreprise Rochias. « Ça signifie qu’ils sont en production. » Cette entreprise auvergnate est en effet spécialisée dans la transformation de l’ail, des oignons et échalotes – autrement dit des alliacées – en produits déshydratés ou purées. Une activité qui ne cesse de se développer, à l’instar de la démarche de prévention des risques professionnels de l’établissement.
L’entreprise a été créée en 1872, à Billom, une ville réputée pour son ail rose. Dans les années 1950, l’un des repreneurs lui donne son nom – Rochias –, et lance une nouvelle activité, la déshydratation en continu. Au gré des rachats, elle déménage à Issoire, toujours dans le Puy-de-Dôme, et se diversifie dans les purées d’ail. « En 2019, nous la reprenons, Thierry Scalapari et moi-même, avec la volonté de développer la production d’ail, d’oignons et d’échalotes français, gage de qualité », relate Éric Villain, co-dirigeant de l’entreprise. Un défi lorsque l’on sait que 99 % de l’ail déshydraté consommé en France vient de Chine et que l’essentiel de l’échalote provient d’Inde.
Aujourd’hui, l’entreprise s’approvisionne à 80 % localement, et est passée de 40 tonnes d’ail en 2022 à 300 tonnes en 2025… ce qui nécessite de réajuster sans cesse les moyens de production. « Nous sommes 40 équivalents temps plein dans l’entreprise. Au quotidien, j’assure la fonction de directeur de production, et je me charge de la sécurité… pour l’instant ! », lance le codirigeant.
Un vaste plan de modernisation
Dans le hangar, des big bags de 2 m de haut sont remplis d’environ 1 tonne d’oignons ou d’échalotes. « Leur remplissage n’est pas toujours bien fait, nous alertons fréquemment les producteurs pour qu’ils le fassent correctement afin qu’ils ne s’éventrent pas ou qu’ils ne risquent pas de se renverser », remarque le dirigeant devant l’un d’eux, légèrement déchiré. Quant à l’ail, il est livré en palox de 300 kg, des caisses en plastique facilement déplaçables. Les alliacées sont ensuite triées, nettoyées, pesées, émincées, puis passeront au four pour finir déshydratées, puis broyées sous forme de semoule ou de poudre. La purée d’ail suit un autre process, dans une salle blanche.
Depuis quelques années, l’entreprise s’est lancée dans un vaste plan de modernisation 1 pour accompagner sa croissance. « Elle s’est aussi attelée à la prévention des risques professionnels, remarque le contrôleur de sécurité. Pas à pas, elle progresse. » Pendant un an, une personne en charge de la QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement) est intervenue tous les mois, afin de travailler sur le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), la formation/sensibilisation aux TMS, à la sécurité, etc.
« Son intervention a aussi débouché sur des identifications de situations à risque rapportées pas des opérateurs », explique Éric Villain. Pas moins de 150 fiches sont remontées et un outil de suivi a été mis en place, afin d’identifier leur fréquence et leur gravité, mais aussi le service qui va les prendre en charge, et la date limite d’intervention. Le comité de sécurité se réunit tous les deux mois.
Plusieurs incidents concernaient les têtes de coupe, ces grandes lames circulaires pour émincer : « Nous avons demandé des gants particuliers, anti-coupure, pour les changer. Ils nous ont été accordés. Nous avons aussi réfléchi pour améliorer le stockage de ces lames : cela a été réalisé et est nettement plus pratique », explique Valentin Gidon, un chef d’équipe, qui poursuit : « Lorsque l’on entrait dans la pièce où ces lames sont stockées, on pouvait les heurter. On a ajouté une vitre, c’est vraiment bien. » Toujours dans le secteur de la coupe, les changements de lames sont très fréquents (environ un toutes les huit heures). Une passerelle a été installée en 2023 pour faciliter l’accès aux machines.
Chaque matin, à 7 heures, Éric Villain fait un tour en production. Ce matin-là, sur le tableau est mentionné « Tête de coupe échalote ne fonctionne pas ». L’incident, retranscrit en GMAO (gestion de maintenance assistée par ordinateur), déclenche une demande d’intervention du service maintenance. Tous les mercredis, une réunion avec la maintenance, la production et la qualité permet d’attribuer des tâches à chacun. Une fois par mois, une réunion porte sur des sujets plus structurants. La Carsat a également accompagné l’entreprise, en 2023, avec un contrat de prévention pour dépoussiérer les têtes d’ail. « Il y avait beaucoup de poussière, les opérateurs devaient porter des masques. Nous avons mis en place une aspiration, l’environnement est désormais sain », souligne Éric Villain.
Bruit, poussières, manutentions…
En 2024, l’entreprise s’est focalisée sur le bruit. « Les ambiances sonores sont très variables, d’un atelier à un autre », remarque Pierre-Loïc Sabetay-Sabin qui a animé un atelier sur ce sujet. En complément, le service de prévention et de santé au travail a entièrement cartographié l’usine et équipé les opérateurs de capteurs pour connaître leur niveau d’exposition au bruit. « Dans certains ateliers, le niveau sonore peut, par moments, dépasser les 100 dB(A), même si ce sont des lieux où personne ne travaille en continu. Mais les opérateurs qui les traversent sont exposés… », reconnaît Éric Villain. Si chacun était déjà équipé de bouchons d’oreilles, ceux-ci n’étaient pas toujours portés, « et je n’avais pas conscience que le fait d’être surprotégé, ce qui était le cas de certains, était un problème car dans ce genre de situation, la personne n’entend pas les consignes et conversations ».
Deux personnes testent depuis quelques mois des bouchons d’oreilles commmunicants, qui permettent aussi de répondre au téléphone. Si le responsable de la maintenance, qui participe au test, se dit satisfait de la technologie, Éric Villain estime qu’on a du mal à l’entendre au téléphone. Des bouchons moulés et des casques devraient être proposés sous peu à l’ensemble des opérateurs, afin qu’ils choisissent ce qui leur convient le mieux.
Les manutentions sont également nombreuses. Un risque diffus, sur lequel, là encore, l’entreprise s’est engagée avec notamment, une filmeuse automatique, le changement de tous les chariots et gerbeurs, et leur passage à l’électricité. « L’entreprise continue de travailler sur la prévention, constate le contrôleur de sécurité, avec ce rail qui va être prolongé pour faciliter l’usage de la ventouse pour déplacer les cartons… » Elle travaille également sur un projet conséquent, avec la Carsat, pour faciliter le nettoyage du four et soulager les opérateurs. Consciente du chemin restant à parcourir, l’entreprise fait de la prévention des risques professionnels une préoccupation quotidienne, intégrée dans son développement et sa stratégie (entreprise à mission, entreprise apprenante, RSE...).
IDENTITÉ
Nom : Rochias
Lieu : Issoire (Puy-de-Dôme)
Activité : transformation d’ail (60 %), échalotes (20 %) et oignons (20 %) en produits déshydratés ou purées
Effectif : 40 ETP
Clients : l’industrie agroalimentaire (alimentation pour enfants, produits de la mer, charcuterie, plats préparés…)
Chiffre d’affaires (2024) : 6,6 millions d’euros
