Santé mentale
Les cadres plombés par l’injonction au dépassement
S’appuyant sur un questionnaire en ligne soumis à 2 000 cadres, ainsi que sur des entretiens avec deux groupes de professionnels et dix experts dans le champ du travail, l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) a publié en octobre dernier sa première étude approfondie sur la santé psychologique des cadres et managers. Et le constat est inquiétant puisque les cadres interrogés sont 63 % à exprimer un sentiment d’agacement et d’irritabilité qui se produit souvent ou occasionnellement, 55 % à être soumis à un stress intense et 53 % à ressentir un épuisement professionnel. Des symptômes provenant notamment des nombreuses interruptions de tâches en cours pour 72 % des répondants, du fait d’être amenés à penser à trop de choses à la fois (63 %) et de travailler sous pression (41 %). Les chiffres recueillis par l’Apec révèlent que si les entreprises sont une majorité à être à l’écoute de leur management, elles ont souvent du mal à apporter des solutions concrètes pour améliorer les conditions de travail.
Seuls 26 % des cadres, managers ou non, interrogés estiment que « leur employeur a pris la santé mentale très au sérieux, prévient les difficultés et agit en conséquence ». En outre, l’injonction à se dépasser, très majoritairement partagée chez les cadres managers (89 %), entraîne chez 57 % d’entre eux des réticences pour exprimer leurs difficultés psychologiques, craignant pour leur évolution professionnelle et leur légitimité. Pour améliorer ce tableau, l’Apec distille aux entreprises un certain nombre de conseils parmi lesquels la nécessité de réguler la pression, de mieux anticiper la surcharge de travail et d’accompagner plus efficacement les managers sur les questions de santé mentale au sein de leurs équipes. Autre préconisation : battre en brèche la fable du cadre invulnérable afin de les inciter à parler de leurs difficultés, préambule nécessaire pour améliorer leur santé mentale.
Restauration collective
Un outil en ligne pour évaluer les risques
Manutention de charges lourdes, chutes sur sols glissants ou humides, coupures ou brûlures, risques routiers lors des livraisons... Les salariés de la restauration collective sont exposés à de nombreux risques professionnels. Le secteur comprend les restaurants d’entreprise, scolaires, universitaires, militaires, pénitentiaires ou hospitaliers, mais aussi les cuisines centrales qui approvisionnent des sites satellites. Afin d’aider les employeurs à évaluer les risques dans leur entreprise et à mettre en place les mesures de prévention adaptées, l’INRS, avec le Syndicat national de la restauration collective, propose un nouvel outil OiRA : l’« outil d’évaluation des risques professionnels – Restauration collective » (outil 155). Cet outil en ligne est en accès libre sur www.inrs.fr : pour chaque risque identifié, une liste de mesures de prévention est proposée. Il est également possible d’ajouter des risques ou des mesures en fonction de la situation de chaque entreprise.
Podcast
Le retour des pros du risque
L’Assurance maladie-risques professionnels lance la deuxième saison de sa série de podcasts intitulée « Les pros du risque », avec six épisodes inédits, destinés à sensibiliser le grand public, les salariés et les employeurs à la prévention des risques professionnels. Chaque épisode, d’une dizaine de minutes environ, débute par un récit de salarié et est suivi du décryptage d’un expert du réseau prévention (Carsat/Cramif/CGSS…), qui éclaire sur les mesures et l’accompagnement possibles. Parmi les histoires à découvrir, celle de Sarah qui, après avoir été auxiliaire de puériculture en crèche pendant dix ans, se reconvertit comme prothésiste ongulaire et voit apparaître les premiers symptômes d’une allergie professionnelle ; ou encore celle de Yoann, opérateur de production dans un abattoir en Normandie, atteint de surdité partielle due à une exposition répétée au bruit. Les autres épisodes sont consacrés aux troubles musculosquelettiques, aux accidents de mission, aux risques chimiques liés à l’émission de poussières de bois et aux risques associés à l’utilisation de machines.
Les pros du risque
BTP
Sensibiliser aux tempêtes
Fortes pluies, vents violents, tempêtes… Les intempéries font partie des aléas sur les chantiers du BTP : elles peuvent survenir rapidement et mettre en danger les équipes et les ouvrages. L’OPPBTP met à la disposition des chefs d’équipe, encadrants et préventeurs un kit rassemblant plusieurs outils prêts à l’emploi : un support pédagogique pour animer une session de sensibilisation, une vidéo, un mini-quiz, une affiche « Risque tempête sur les chantiers : 5 consignes » et une autre présentant un QR code renvoyant vers la vidéo et le quiz, afin que les compagnons puissent facilement y accéder depuis leur mobile.
Services aux entreprises
Nouvelles fonctionnalités du compte entreprise
Depuis quelques années, l’Assurance maladie-risques professionnels a regroupé ses services en ligne au sein du « compte entreprise ». Cette interface, accessible depuis le site net-entreprises.fr, se veut la porte d’entrée unique pour tout établissement du régime général souhaitant effectuer des démarches concernant l’Assurance maladie et la gestion des risques professionnels. Il est ainsi possible d’y déclarer les accidents de travail et de trajet, de joindre des attestations de salaires et de suivre l’avancée des dossiers constitués. D’autre part, le « compte entreprise » permet de consulter son taux de cotisation et son calcul détaillé. Enfin, il est possible de demander des subventions (pour des équipements améliorant la sécurité au travail, la formation et la sensibilisation des salariés sur des sujets en lien avec la prévention). En octobre dernier, trois nouvelles fonctionnalités sont venues compléter cette offre, parmi lesquelles l’accès direct aux décisions de taux de cotisation pour les tiers-déclarant.
« Ainsi, les tiers-déclarant à l’entreprise ayant besoin de ces informations, principalement les experts-comptables, peuvent dorénavant télécharger l’essentiel des décisions de taux de leurs clients en un seul fichier », explique Anthony Landreau, chargé de communication au sein de la mission communication entreprises de la Cnam. Autre nouveauté, la possibilité de déposer les demandes de taux « fonctions supports de nature administrative » pour les salariés qui ne sont pas exposés aux risques du métier principal de l’établissement, par exemple un agent administratif d’une entreprisede BTP. « Cette option n’est pas toujours bien connue, précise Anthony Landreau. L’idée est de la mettre davantage en lumière avec ce dispositif. » Enfin, un simulateur va permettre aux entreprises de connaître le taux qui leur aurait été appliqué si leur sinistralité avait été plus ou moins importante. « L’idée derrière ce simulateur est de faire de la sensibilisation à la prévention, en actionnant le levier économique, souligne Anthony Landreau. Si un dirigeant se rend compte qu’avec des accidents en moins, il économise de l’argent, il sera plus enclin à enclencher une réflexion sur l’amélioration des conditions de travail dans son entreprise. »
Organisation du travail
Les horaires atypiques concernent près de la moitié des Français
Dans l'ouvrage « France, portrait social », de l’Insee, édition 2025, deux parties sont consacrées aux conditions de travail des Français. On y apprend notamment que 48 % des salariés, soit 11 millions de personnes, sont concernés en 2019, par au moins une forme d’horaires atypiques (horaires décalés le matin, le soir, fractionnés ou longs, le travail de nuit ou le week-end). Ces rythmes de travail concernent un peu plus souvent les femmes que les hommes. Les horaires atypiques les plus fréquents sont ceux décalés tôt le matin : 12 % des salariés sont dans cette situation. À l’inverse, le travail de nuit est la forme la moins répandue : seuls 3 % sont concernés. Enfin, annuellement, 29 % des salariés travaillent au moins onze samedis et 15 % au moins onze dimanches. Certains métiers étant davantage féminins ou, au contraire, masculins, les femmes et les hommes ne sont pas exposés aux mêmes types d’horaires atypiques. Les femmes sont ainsi proportionnellement plus nombreuses à travailler régulièrement le week-end et en horaires fractionnés, définis comme l’organisation temporelle la plus contraignante. En outre, elles sont plus nombreuses que les hommes à cumuler horaires décalés ou fractionnés et travail régulier le week-end. Autre constat de l’Insee, les personnes peu diplômées ou nées à l’étranger ont une probabilité plus élevée de travailler en horaires atypiques. Enfin, plus la catégorie socioprofessionnelle est favorisée, moins elle y est exposée.
Statistiques
Plus de morts au travail en 2024
L’Assurance maladie-risques professionnels a publié, mi-novembre, son rapport annuel : le nombre d’accidents du travail mortels en 2024 s’élève à 764, un chiffre en légère hausse par rapport à 2023 (759). D’autre part, 318 personnes sont décédées à la suite d’accidents de trajet, entre leur domicile et leur lieu de travail notamment, et 215 d’une maladie professionnelle. Les secteurs les plus touchés sont ceux regroupant les activités de services (travail temporaire, santé, action sociale, nettoyage), le BTP, et les métiers des transports, de l’eau, du gaz, de l’électricité, du livre et de la communication. Autre enseignement de ce rapport : plus de la moitié des décès (59 %) sont la conséquence de malaises (accidents mortels sans cause identifiée), et 24 % ont une origine professionnelle identifiée (chutes, manutentions…). Plus de 20 % des décès sont survenus dans l’année qui suit la prise de poste. Cette proportion est encore plus importante chez les salariés de moins de 25 ans, pour lesquels plus de la moitié des décès sont survenus moins d’un an après la prise de poste.