C’est un quartier de Bordeaux en totale mutation. La Zac Armagnac, à quelques encablures de la gare Saint-Jean, qui a longtemps été une zone d’activité ferroviaire avant de devenir une friche industrielle, est en plein réaménagement. Parmi les nombreux édifices en construction, un ensemble baptisé îlot 8.19 est composé de quatre bâtiments : deux comportant 11 étages (nommés A et B) qui font face à un immeuble de 7 étages (C) et à un composé de 4 étages (D). Les trois premiers compteront 118 logements sociaux et le quatrième 50 logements pour jeunes actifs. Il suffit de parcourir les étages du bâtiment A pour se rendre compte des différentes étapes d’avancement, notamment au niveau des étages inférieurs. Une parfaite illustration de l’organisation adoptée sur ce programme immobilier.
Dans cette zone urbaine dense, les contraintes d’espace ont conduit à bien définir les flux, depuis l’arrivée des camions jusqu’à l’acheminement des matériaux à pied d’œuvre. C’est pourquoi une attention particulière a été portée à la logistique. En tant qu’entreprise générale mandataire et intervenant en conception-réalisation, Bouygues Batiment Centre Sud-Ouest (BBCSO) organise l’approvisionnement à pied d’œuvre pour toutes les entreprises sous-traitantes. Cela a nécessité plusieurs mois de réflexion pour définir l’organisation la plus adaptée en phase travaux.
BBCSO a ainsi pris à sa charge la mise à disposition de moyens mutualisés – grue et ascenseur de chantier ainsi qu’ascenseur définitif mis en service anticipée à partir de la mi-octobre –, des moyens de manutentions mécanisés (chariots électriques en adéquation avec les charges à transporter et les dimensions et capacité des ascenseurs, diables) pour chaque étage de chaque bâtiment. Et ce, après avoir négocié les prix lors de la phase préparatoire avec les entreprises sous-traitantes. « Nous leur avons demandé d’estimer le temps qu’elles gagneraient avec cette organisation et de le déduire de leurs tarifs », commente Johan Andruette, responsable d’opérations pour Bouygues Bâtiment.
Un étage, une entreprise, une semaine
Depuis septembre, un poste de logisticien, occupé par Reda Bouhamida, alimente chaque entreprise en fonction de ses besoins. Ceci n’est possible que par une planification rigoureuse des interventions. C’est pourquoi il a fallu organiser le phasage des interventions des différents corps d’état. « Nous sommes partis sur un rythme d’une entreprise par semaine et par étage, décrit Julien Caillau, conducteur de travaux en charge de la logistique. Cela implique pour chaque entreprise d’anticiper les approvisionnements pour que tout soit prêt le jour venu. » Les livraisons doivent se faire la semaine précédente. Un logiciel est à disposition pour que chaque sous-traitant réserve un créneau.
Pour ce faire, deux zones de livraisons ont été installées, avec deux quais (un pour le gros œuvre et un pour les corps d’état secondaires). Des zones de stockage contiguës sont aménagées, avec un espace dédié à chaque sous-traitant, reprises sur un plan d'installation de chantier dynamique. Sur ces zones, chaque entreprise doit préparer la veille ce dont elle aura besoin le lendemain dans les étages. Le matériel et les matériaux sont conditionnés sur les chariots et ceux-ci sont placés dans la zone tampon en attendant d’être transférés par le logisticien.
L’entreprise de plomberie/CVC du chantier est allée jusqu’à anticiper cette étape en demandant à ses fournisseurs un conditionnement adapté lors des commandes de matériel. « L’entreprise générale a repris les grands principes que l’on demande en matière d’organisation logistique et les a intégrés au lot 00 dans les pièces du marché, remarque avec satisfaction Marc Kimel, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. Une telle organisation réduit de nombreux risques professionnels : la coactivité, les collisions engins-piétons, les TMS liés aux manutentions manuelles, les chutes de plain-pied… »
Suppression des manutentions
« Le fait qu’un logisticien se consacre à l’approvisionnement des outils et matériaux à pied d’œuvre permet à chaque corps d’état secondaire de se consacrer pleinement à son cœur de métier », résume Johan Andruette. Quelle en est la perception de ces acteurs ? « On en est encore au début, mais cette organisation se présente comme une initiative géniale. On fait ici ce qui devrait être fait partout, c’est une évidence quand on la pratique, commente Léo Cavillac, chargé d’affaires chez Braud Energy, entreprise de plomberie/CVC. Toutes nos livraisons sur le chantier ont été calées jusqu’en mars 2026. » Ce que confirme Yassine Adjel, chef d’équipe dans la même société : « C’est la première fois qu’on voit une telle organisation, on travaille plus efficacement. »
Même satisfaction exprimée de la part de Mohamed Hassi, peintre de l’entreprise Baylet-Bernard. « On fixe les créneaux avec Julien, puis Reda nous monte les pots de peinture quand on en a besoin. C’est avantageux, on ne perd plus de temps dans les manutentions, ça se passe vraiment bien. » Julien Caillau organise l’activité au jour le jour. Reda Bouhamida l’applique ensuite, en approvisionnant les matériels et en évacuant les déchets depuis les étages vers le rez-de-chaussée, en les triant si nécessaire. « L’avantage aussi, avec les approvisionnements à la semaine, calibrés en fonction de l’activité, c’est que le risque de vols sur le chantier est réduit », appuie Adèle Gaté, conductrice de travaux chez BBCSO.
Et du point de vue du maître d’ouvrage ? « Chaque contribution à l’amélioration de la sécurité sur un chantier est une avancée, commente Aurélia Peyroux, responsable de projets chez CDC Habitat. En tant que maître d’ouvrage, on se doit de montrer l’exemple. Cette démarche représente une véritable valeur ajoutée pour notre organisation. » La mise en place de la démarche logistique a demandé la mobilisation d’un budget d’environ 1 % du montant total du projet, financé par les différents acteurs, qui bénéficie à la sécurité des compagnons. « En précisant que tout ceci fonctionne car l’encadrement est très présent pour rappeler les règles auprès des sous-traitants, en appui du logisticien, ce n’est pas qu’une organisation en amont », conclut Marc Kimel.
IDENTITE
Opération : construction de 168 logements
Lieu : Bordeaux (Gironde)
Maître d’ouvrage : CDC Habitat
Entreprise générale mandataire et en conception/réalisation : Bouygues bâtiment centre sud-ouest
Durée de l’opération : de mars 2024 à juin 2026
