Nathalie Sea est conseillère en prévention des risques professionnels au C2RMF, le Centre de recherche et de restauration des musées de France. Basée pour partie dans les locaux du Louvre et pour partie à Versailles, sa mission consiste à organiser la politique de prévention de la structure et à accompagner les équipes dans l’acquisition de bonnes pratiques.
Après l’arrivée au bureau et quelques échanges informels avec des collègues, Nathalie Sea débute sa visite des ateliers de restauration et des laboratoires de recherche du C2RMF. Ici, on expertise, on documente, on restaure des oeuvres, on mène des programmes de recherche scientifique afin d’enrichir et de conserver les biens culturels patrimoniaux nationaux. « Une fois par semaine, je fais un tour pour voir les pratiques, vérifier que les produits chimiques sont correctement stockés dans les armoires et ne traînent pas sous des sorbonnes, et échanger avec les équipes », commente Nathalie Sea. Les locaux du C2RMF sont installés depuis 1998 dans un ancien bloc de parking jamais attribué, entièrement rénové lors des travaux du Grand Louvre. Une partie se situe en sous-sol.
La tournée du jour débute par les laboratoires. Cela fait trois ans que Nathalie occupe le poste de conseillère en prévention des risques professionnels, entre le site du Louvre et celui de Versailles, où elle passe une journée par semaine. « Je fais de la prévention des risques dans un cadre où je me retrouve face à des oeuvres majeures ! », s’enthousiasme-t-elle. Elle commence sa visite par la salle de commande de l’accélérateur de particules Aglae+ (accélérateur du Grand Louvre d’analyse élémentaire). L’équipe est en visio dans un bureau. Des post-it disposés sur un tableau matérialisent un arbre des causes réalisé à la suite d’un accident du travail survenu il y a quelques semaines. Nathalie passe ensuite au laboratoire de pétrographie, dédié à l'étude de la composition chimique et minéralogique des roches et des minéreaux, inoccupé lors de sa venue. « Même s’il n’y a personne, je vérifie que les armoires de stockage sont en ordre », poursuit-elle.
Vient ensuite le laboratoire de chimie organique, où elle échange avec une ingénieure d’études sur la capacité d’extraction de certaines hottes et les travaux à prévoir pour installer de futures sorbonnes. « Il faut que j’appelle le bureau de contrôles pour qu’ils viennent faire des mesures », note-t-elle. Salle de préparation et d’étude pétrographique des roches et céramiques, studio photo des peintures, salle de radiographie… Les activités au sein du département recherche sont extrêmement variées, les instruments utilisés tout aussi multiples. « Nous rencontrons quasiment l’ensemble des risques professionnels dans nos activités, hormis les espaces confinés, décrit-elle : risque chimique, chutes (de plain-pied et de hauteur), risques psychosociaux, risque biologique, travail isolé, rayonnements ionisants, risque machine… Deux-tiers des effectifs sont en surveillance médicale renforcée en raisondes risques auxquels ils sont exposés. »
La tournée se poursuit dans l’aile Flore, où se trouvent les espaces de restauration des œuvres. À l’étage Peinture et bois polychromes se côtoient un atelier d’ébénisterie, une salle laser, un atelier dorures, entre autres. Toutes les plus imposantes machines de l’atelier Ébénisterie sont équipées d’une aspiration à la source. Des unités mobiles de filtration sont également à disposition des chefs de travaux d’art pour les plus petites pièces prises en charge. Au 3e étage, nous voici dans les ateliers de restauration de tableaux. « En peinture, beaucoup de restaurateurs sont indépendants, souligne-t-elle.Nous avons moins la maîtrise de leurs pratiques, mais je leur rappelle aussi les règles à suivre. Et on constate que les nouvelles générations sont plus sensibilisées à ces sujets, qui sont abordés dès leur formation initiale. » La question des produits chimiques CMR, est une préoccupation récurrente ici. Un groupe de travail interne « produits verts » est à la recherche de substituts efficaces aux produits les plus toxiques. C’est un travail de longue haleine qui s’initie au sein de ce groupe. À l’atelier sculpture, plusieurs oeuvres sont en cours de restauration. Microsablage, laser, nettoyage à l'aide de solvants. Ici aussi, les techniques de traitement sont diverses. Les manutentions peuvent être lourdes. « On porte et on manipule le moins possible, explique Hélène, chef de travaux d’art principal, tant pour les oeuvres que pour nous. On a à notre disposition des supports roulants, des tables élévatrices. » Nathalie assure aussi avec l’aide du service technique la vérification annuelle de tous ces équipements.
Après une rapide pause déjeuner, Nathalie Sea passe une petite heure à son bureau : rédaction de plans de prévention ; contacts avec les prestataires pour les contrats de maintenance des machines, la gestion des déchets ainsi que les vérifications périodiques des instruments ; mise à jour du document unique d’évaluation des risques ; veille sur les équipements de protection collective et individuelle… Elle anime également un réseau d’assistants de prévention interne de neuf membres qui l’assistent dans ses missions, chacun étant spécialisé sur un thème : RPS, risque chimique, hygiène, ergonomie. Le site compte une personne compétente en sécurité laser et trois PCR - personnel compétent en radioprotection -, l’un pour Aglae+, l’un pour les équipements mobiles et le dernier pour les sources et les dosimètres.
Espace de discussion sur le travail. Il s’agit de la première réunion que Nathalie Sea organise sous cette forme. Les cinq chefs de groupe du département Recherche (objets, peinture, datation/organique, imagerie, Aglae+) ainsi qu’un adjoint y participent. « On va parler ici du travail, l’Anact a initié ces espaces de discussion dans le cadre de la semaine de la QVT, introduit-elle. L’objectif est d’améliorer vos conditions de travail. Je suis là en tant que facilitatrice, ce n’est pas moi l’experte, c’est vous qui savez ce qui peut améliorer vos conditions de travail, et pouvez trouver les solutions. » S’ensuit deux heures d’échanges riches et concrets, qui vont aboutir à des constats partagés et des propositions d’améliorations.
La réunion se termine. Retour au bureau pour commencer à restituer les échanges. Nathalie fera un compte-rendu de cette réunion au directeur du C2RMF la semaine prochaine.