En 1974, en conséquence de l’interminable grève des postes de 45 jours, l’entreprise nordiste de vente par correspondance Les 3 Suisses crée son propre service de livraison de colis. C’est ce dernier qui, en s’émancipant de sa maison mère un peu plus de 20 ans plus tard, donne naissance à la marque Mondial Relay en 1997. L’entrée de l’entreprise dans le giron du groupe polonais InPost en 2021 lui permet d’enrichir de casiers automatisés son réseau de livraison hors domicile, jusque là constitué de boutiques partenaires appelées Points Relais. Et par là même d’augmenter son trafic.
Ces lockers, en permettant récupération et dépose de colis en autonomie, répondent à l’augmentation du commerce en ligne et à l’explosion de la vente entre particuliers engendrée par l’essor de la seconde main. « La tendance actuelle est favorable aux lockers dont le nombre, plus de 10 000, a aujourd’hui dépassé celui de nos Points Relais qui s’élève à 7 000, explique Bruno Cren, responsable santé sécurité du groupe InPost. Pour compléter ce maillage, Mondial Relay dispose de 54 implantations réparties entre la France, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas, par lesquels transitent les colis afin d’être orientés vers leur destination finale. »
Avec ses 22 500 m2 de surface, le site de Harnes, à la périphérie de Lens, est le plus grand entrepôt de l’enseigne. Véritable temple dédié au tri de colis – plusieurs dizaines de millions y transitent annuellement –, il est doté de 89 quais pris d’assaut six jours sur sept et quasiment 24h/24 par un ballet de camions appartenant à des entreprises spécialisées dans le transport ou aux e-commerçants. À l’intérieur, du côté de la réception, les colis sont chargés sur des tapis roulants qui les conduisent jusqu’à un convoyeur principal installé à quatre mètres au-dessus du sol. Celui-ci les entraîne à cadence élevée de l’autre côté du bâtiment où ils dévalent le long de toboggans débouchant sur les quais d’expédition, chacun dédié à une zone géographique.
Analyses ergonomiques
« L’alimentation du circuit impliquait une grande part de manutentions qui se retrouvaient dans les chiffres de sinistralité de l’entreprise, explique Benoît Brochot, contrôleur de sécurité à la Carsat Hauts-de-France. C’est pourquoi nous l’avons sollicitée pour intégrer le programme TMS Pros, dont l’objectif est d’accompagner les entreprises dans leur démarche de prévention en fournissant une méthode, des formations et des aides financières. »
Les résultats des analyses ergonomiques menées alors désignent l’opération de retour de tournée – qui consiste à prendre en charge 700 à 800 sacs de plus de 10 kg, remplis chacun de colis récupérés auprès des Points Relais et des lockers –, comme devant être améliorée en priorité. Elle génère en effet son lot de port de charges (multiples reprises des sacs), de postures contraignantes (dos penché, bras tendus au-dessus du niveau du cœur…) et de gestes répétitifs (coupe des plombs scellant les sacs, alimentation du convoyeur…).
Mais tout a changé en octobre 2024. « Après avoir étudié différentes solutions et mené des tests avec les équipes, nous avons opté pour un convoyeur aérien, raconte Benjamin Felizardo, responsable d’exploitation. Dorénavant, fini les reprises puisque les sacs sont directement suspendus aux crochets du dispositif, dont les rails sont implémentés au niveau du quai afin de ne pas avoir à lever les bras trop haut. » Les sacs s’élèvent jusqu’à une zone tampon avant de se positionner les uns à côté les autres au-dessus d’un établi.
« L’opérateur n’a plus qu’à ouvrir la fermeture éclair pour faire tomber les colis qu’il place ensuite sur le convoyeur, indique Sarah Amiri, cheffe d’équipe qui s’est, par le passé, blessée au dos en tenant un sac à bout de bras pour en vider le contenu. Ce poste, autrefois redouté, est aujourd’hui très demandé. Pour qu’il bénéficie à tous, nous organisons des rotations. » Face à son efficacité et sa capacité à fidéliser les intérimaires, ce convoyeur aérien a été déployé sur dix autres sites Mondial Relay.
Prise de conscience et actions concrètes
Autre poste repéré pour faire l’objet d’évolution, celui des colis XXL, trop grands ou trop lourds pour le tri mécanisé. « Tout a été fait pour limiter au maximum le port de charges, se félicite JeanMarc Paulez, coordinateur tri manuel. Le nouveau chariot élévateur électrique haute levée nous permet de rapprocher les colis jusqu’à la pesée. Avant, c’était à la force des bras. » Quant aux palettes d’expéditions, elles sont réhaussées et leur répartition est organisée de manière à rationaliser les déplacements et ainsi diminuer les distances parcourues, même si aujourd’hui des chariots ont remplacé l’huile de coude.
« Le programme TMS Pros a permis une prise de conscience, affirme Raïssa Mlanao, responsable S&ST de Mondial Relay, dont la fonction a été créée dans la foulée de la participation de l’entreprise au programme. Notre démarche d’amélioration des conditions de travail est structurée pour aboutir à des actions concrètes et efficaces. »
Une assertion corroborée par de nombreuses évolutions sur le site de Harnes qui ont participé à la baisse du nombre d’accidents avec arrêt, passés de 23 en 2024 à 10 en 2025 : un retourneur pour les énormes caisses utilisées par certains e-commerçants supprime les dos courbés pour atteindre le fonds des contenants ; les convoyeurs au bas des toboggans ont été équipés de rives qui empêchent les colis de chuter et évitent aux salariés de les ramasser continuellement ; des convoyeurs télescopiques s’avancent dans les remorques des camions pour aider au chargement comme au déchargement…
FICHE D'IDENTITÉ
Nom : site logistique Mondial Relay de Harnes
Lieu : Harnes (Pas-de-Calais)
Surface : 22 500 m2
Effectif : 225 salariés (80 % CDI et 20 % intérimaires)
Production : 70 millions de colis traités en 2025