Le quartier Noveos au Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine, est en pleine mutation. Après avoir accueilli des activités tertiaires – qui elles-mêmes succédaient à des activités industrielles –, il va être transformé en zone résidentielle avec près de 5 000 nouveaux logements. Parmi les différents programmes immobiliers, le Carré Haussmann va proposer 650 nouveaux logements. Ce projet a débuté par la démolition de l’ancien siège social de Renault, construit en 2003, qui occupait le site. La phase de gros œuvre de la tranche 1 se termine et l’intervention des corps d’état secondaires débute. Poseurs de pierres, couvreurs, plaquistes travaillent dans les étages. Le bâtiment – un R+5 auquel s’ajoutent des combles et des toitures-terrasses ainsi que deux niveaux en sous-sol –, de forme courbe, présente une façade irrégulière avec de nombreux décrochements.
Dans un tel programme, la prévention des risques doit être prise en compte très en amont, pour l’ensemble des intervenants, tout au long des différentes phases de travaux, et jusqu’aux interventions ultérieures sur ouvrage. C’est ce qui s’est passé ici. Des échanges ont eu lieu très tôt entre le maître d’ouvrage, Icade Promotion, le maître d’œuvre d’exécution, Eixa, la coordination SPS (sécurité et de protection de la santé) ainsi que la Cramif sur les mesures de prévention à mettre en œuvre. « La partie SPS a été intégrée dès l’avant-projet et il y a eu une bonne prise en compte des sujets de sécurité par chacun des acteurs. Tout le monde a été réactif, impliqué et a travaillé dans une bonne cohésion », témoigne Frédéric Blanchard, directeur général adjoint de la coordination SPS chez Alpha Contrôle.
Prévention des chutes,
gestion des approvisionnements
La prévention des chutes de hauteur a été l'un des premiers sujets traités, avec la mise en place d’un échafaudage commun à tous les corps d’état (gros œuvre, façadier, couvreur-charpentier, électricien, menuiseries extérieures…), et répondant aux besoins de chacun. « La conception de l’échafaudage a été définie à partir de l’expression des besoins des différentes équipes, relate Maxence Régnier, directeur de programmes chez Icade Promotion. Chaque corps d’état a été consulté, et l’échafaudeur nous a ensuite fait une offre. »
À l’aide d’un logiciel dédié, le monteur d’échafaudage a conçu une maquette en 3D de la structure. Celle-ci intègre des recettes à matériaux, des sapines d’escaliers, des lifts et ascenseurs de chantier. « Lors de la conception, il est nécessaire de prendre en compte une multitude de critères : configuration de la façade, position des treuils pour la sapine de levage, points d’ouverture, charges admissibles, tâches de chaque corps d’état, etc. Rien n’est laissé au hasard, commente Tony de Oliveira, directeur technique chez J4R, la société en charge de l’échafaudage. Et cela permet de répondre à l’obligation de l’échafaudeur définie dans la R408 de réaliser un examen d’adéquation vis-à-vis des besoins, et d’avoir des plans d’exécution à jour. »
Dans les étages, un plaquiste emprunte l’ascenseur de chantier pour évacuer des plaques de placo. « Tout le personnel a été formé à l’utilisation de l’ascenseur de chantier, et des rappels réguliers sont utiles sur le terrain », observe Arthur Gros, pilote de travaux chez Eixa. À un étage inférieur, les tailleurs de pierre qui sont à l’œuvre peuvent travailler au plus près du mur, sans contrainte posturale. La présence d’escaliers facilite leurs déplacements et les manutentions de petit matériel. De l’aveu de l’échafaudeur, cela reste complexe de satisfaire tout le monde. « Si l’écart vis-à-vis des façades est relativement bien géré, une des complexités est l’altimétrie des planchers », précise-t-il.
Il reconnaît aussi que la maîtrise du logiciel 3D demande du temps, en formation, en mises à jour des compétences, et représente un gros travail. « Mais cela assure la sécurité des compagnons et permet de tenir les plannings. » Comme le résume Jean-Philippe Bernard, contrôleur de sécurité à la Cramif, « la conception de l’échafaudage a été l’occasion de faire travailler ensemble toutes les équipes pour bien définir les besoins, et d’aboutir à un résultat optimisé. Ici, la majeure partie des problèmes ont été identifiés avec l’ensemble des entreprises. Un tel examen d’adéquation se rencontre rarement lors des préparations de chantiers ».
Jusqu’aux interventions ultérieures sur ouvrage
La gestion des approvisionnements et des manutentions est une autre grande préoccupation en matière de sécurité. Outre les installations sur l’échafaudage, il a été décidé que la grue resterait sur site deux mois après la fin du gros œuvre, afin de faciliter toutes les manutentions des entreprises du second œuvre. Les ascenseurs extérieurs de chantier – un par bâtiment – sont prévus pour servir durant quatre mois, soit la période entre le début des travaux et la mise en service anticipée des ascenseurs définitifs intérieurs. Car l'utilisation des ascenseurs définitifs comme ascenseurs de chantier du seconde œuvre est une règle chez le maître d’ouvrage.
Un logisticien est également présent depuis début février, pour coordonner les livraisons et les flux sur le site. Les interventions ultérieures sur ouvrage ont aussi été prises en compte, avec l’aménagement d’accès sécurisés aux zones techniques en toiture, sous forme d’édicules pour les escaliers d’accès. « Si on ne faisait pas ce travail, tant du point de vue de l’organisation que du coût, ça ne fonctionnerait pas, conclut Laurent Leroy, directeur opérationnel chez Icade Promotion. Cela aurait entraîné des surcoûts, des dépassements de délais, une moins bonne organisation. Pour les futures opérations, même plus classiques, mettre les gens autour de la table en début de projet restera dans nos pratiques. » « À travers cette expérience, nous sommes devenus plus sensibles à ces sujets, abonde Delphine Jallu, maître d’œuvre d’exécution chez Eixa. Et à l’avenir, nous serons moteurs pour reproduire une approche similaire, programmer des rencontres en amont avec les entreprises, et sensibiliser les différents acteurs. »
FICHE D'IDENTITÉ
Projet : Carré Haussmann, construction de 650 logements (dont 63 sociaux) en trois tranches
Lieu : Le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine)
Effectif : près de 200 personnes prévues sur site lors du pic d’activité
Maître d’ouvrage : Icade Promotion
Maître d’œuvre d’exécution : Eixa
Livraison de la 1re tranche : novembre 2026
