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Carrosserie

Des projets rutilants plein la tête

La Carrosserie Luciani est presque cachée sous un immeuble d’habitations, à Ajaccio. Son gérant n'a pas hésité à se lancer dans de gros investissements, avec l’aide de la Carsat Sud-Est, pour améliorer les conditions de travail de ses salariés.

6 minutes de lecture
Delphine Vaudoux - 10/04/2026
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La cabine de peinture, équipée d'une ventilation asservie à l'entrée  de l'opérateur en son sein, a été en partie financée par le contrat de prévention conclu avec la Carsat.

L’adresse intrigue, au milieu d’un quartier résidentiel. Pas banal pour ce type d’entreprise. Mais c’est bien là, sous une résidence de plusieurs étages, qu’est installée la Carrosserie Luciani, à Ajaccio, en Corse-du-Sud. Le gérant, Anthony Pelliccia, s’amuse de la réaction de ses visiteurs du jour : « Si vous aviez vu mes précédents locaux ! J’ai commencé dans des box pas loin d’ici, pas du tout adaptés. » Depuis, les choses ont bien changé.

D’abord apprenti en CAP, puis en Bac Pro, et enfin salarié, Anthony Pelliccia reprend l’affaire de son patron lorsque celui-ci part à la retraite, en 2011. « L’entreprise se dénommait déjà la Carrosserie Luciani, je n’ai pas changé de nom. Elle comptait alors six salariés et un apprenti. On travaillait dans des box pas du tout conçus pour notre activité. Je me suis à cette époque rapproché de la Carsat Sud-Est car je souhaitais acquérir des aides à la manutention, de type pont de levage. »

En 2018, il rachète les locaux qu’il occupe aujourd’hui : 830 m2 en trois parties. Ils nécessiteront un an et demi de travaux. Les plus de 400 véhicules réparés chaque année peuvent entrer et sortir par les deux extrémités. Le garage, qui emploie désormais six salariés et autant d’apprentis, intervient pour des opérations de carrosserie, peinture, réparation automobile, climatisation, géométrie, mécanique légère. « Mais nous sommes spécialisés en réparation de jantes », précise le gérant.

Pour démonter les pneus, les opérateurs disposent d'un équipement avec lequel ils ont juste à basculer la roue, pour ensuite faire fonctionner le démonte-pneu doté d’un bras.

Un ciblage constructif

En 2023, le service de prévention et de santé au travail, en lien avec la Carsat Sud-Est, réalise un travail conséquent sur les risques chimiques. « Dans le cadre de cette action, la Carrosserie Luciani a intégré le programme Risques chimiques Pros, explique Sébastien Nardi, le contrôleur de sécurité de la Carsat Sud-Est qui succède à Lucas Vidal, qui avait accompagné l’entreprise les premiers temps. Je suis intervenu après ce ciblage, alors que le dirigeant avait des projets d’investissements. » Avec le dirigeant, le contrôleur de sécurité procède à un diagnostic des risques présents puis, une fois le plan d’actions arrêté, il propose un contrat de prévention pour accompagner les investissements prévus, ainsi qu’une formation.

Première action et non des moindres : l’achat d’une mélangeuse à peinture. Elle occupe un mur complet d’un local à part. « Vous sentez quelque chose ? » s’enquiert le dirigeant. « Pas grand-chose », répond le contrôleur de sécurité. Anthony Pelliccia se lance dans une explication du fonctionnement de la mélangeuse : soit il a le code couleur de la peinture à réaliser, soit il prend une photo de la peinture existante et l’envoie dans un logiciel de l’ordinateur. Puis, l’ordinateur appelle le ou les pots de peinture, parmi les 121 nuances qu’il possède, pour réaliser la teinte désirée, avec une précision de 0,05 g près. « Chaque constructeur a ses propres coloris, c’est très compliqué d’avoir exactement le même, mais cette machine est d’une grande précision », souligne le dirigeant.

Parmi le matériel ayant fait l’objet d’un contrat de prévention, la sableuse pour dépolir les jantes, fermée et ventilée, et qui dispose d’un support pour faire tourner la jante. Résultat : plus de contrainte posturale, plus de port de charges et plus d'exposition au sable.

Aucun pot n’est à l’air libre, tous sont dans une immense armoire vitrée fermée, dotée d’une ventilation à l’arrière. Pour l’installer dans la pièce, un mur a d’ailleurs dû être abattu… « Moins de manutention de pots de peinture, moins d’émanations de produits chimiques, moins de perte : cette mélangeuse montre bien que la santé au travail peut aller de pair avec l’innovation », commente Sébastien Nardi. La prise en main a été rapide. Quatre personnes de l’atelier ont été formées à son utilisation. Petit plus, elle fait faire des économies, car elle permet de préparer la quantité de peinture strictement nécessaire.

400 à 450 véhicules sont réparés chaque année.

Les poches préparées sont ensuite fixées directement sur le pistolet à peinture… utilisé dans la cabine de peinture dont le débit d’air est asservi à l’entrée du peintre dans la cabine. Mais surtout, elle est équipée de radiants infrarouges positionnés sur son pourtour. « Cela permet de ne chauffer et de ne ventiler que la partie du véhicule que l’on vient de peindre, explique Raphaël Beill, le peintre. Cela évite de chauffer toute la cabine. Ça apporte un confort incroyable. Il m’est arrivé, par le passé, de travailler dans des locaux pouvant dépasser les 44° C, ce n’est pas du tout le cas ici. »

Une machine à ultrasons

Parmi le matériel ayant fait l’objet d’un contrat de prévention, citons la sableuse, le démonte-pneu et le bain à ultrasons. Pour dépolir les jantes, l’opérateur les passe justement dans la sableuse. Précédemment, cette opération était réalisée sans jet d’eau, avec une sableuse particulièrement bruyante et pas de système de rabattage de poussières… La nouvelle sableuse, de type boîte à gants, dispose d’un support qui permet de faire tourner la jante sans contrainte posturale et sans port de charge. L’exposition au sable est ainsi réduite à néant. « Et l’eau envoyée est chauffée, cela peut paraître un détail mais c’est beaucoup plus agréable », complète l’opérateur. L’eau circule en circuit fermé, elle est recyclée et le sable récupéré.

La mélangeuse à peinture réalise mécaniquement toutes les teintes voulues avec une grande précision sans manutention  de pots de peinture,  et sans émanations  de produits chimiques. Tout se passe dans une immense armoire vitrée fermée, dotée d’une ventilation à l’arrière.

Pour démonter les pneus, Amin fait juste basculer la roue, puis il se sert du démonte-pneu doté d’un bras. « Ça n’est pas compliqué, ça coule même de source et on s’en sert au quotidien car l’ensemble roue-pneu atteint 15 kg, et à la longue, c’est lourd », commente-t-il. En revanche, la machine à ultrasons censée servir à nettoyer des jantes est dans un coin, un peu à l’abandon. « On a accumulé les problèmes avec cette machine, elle ne correspond pas à nos besoins, regrette le gérant. On doit changer de modèle, mais ça prend du temps, et notre insularité n’aide pas. »

Mais cela n’arrête pas le gérant. Il a encore plein de projets : il a commandé une fontaine lessivielle pour nettoyer les pistolets de peinture, qui sera moins bruyante et sans rejet extérieur. Il a également prévu de suivre des formations pour monter en compétences et se lancer dans le recensement des produits chimiques… « Mais là, c’est le temps qui me manque », reconnaît-il. 

FICHE D'IDENTITÉ

Nom : Carrosserie Luciani

Lieu : Ajaccio (Corse-du-Sud)

Activité : réparation de jantes, carrosserie, peinture, réparation automobile, climatisation, géométrie, mécanique légère

Effectif : six salariés et six apprentis

Chiffre d’affaires : 1 million d’euros

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