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Matériaux isolants biosourcés

Isolation écologique : naturel ne signifie pas sans risque

L’emploi de nouveaux types d’isolants dans le bâtiment comme alternative aux laines minérales et aux isolants pétrochimiques ne fait que croître ces dernières années. Si, de prime abord, ces matériaux sont perçus comme plus sains, ils peuvent présenter des risques chimiques et biologiques qui demeurent pour l’heure insuffisamment documentés. Ils nécessitent par conséquent de faire l’objet d’une analyse des risques préalable et de mesures de prévention.

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Céline Ravallec - 28/04/2026
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Vue de l'isolation d'une maison individuelle.

Paille, lin, chanvre, ouate de cellulose, bois, liège… De plus en plus de matériaux biosourcés sont utilisés comme isolant pour la construction ou la rénovation de bâtiments. Issus de matières végétales, ils ont le vent en poupe et connaissent une croissance constante, car ils présentent de nombreux avantages. En termes d’efficacité, ils offrent des propriétés isolantes reconnues et adaptées à une rénovation de bâtis anciens ou à la construction. Ils permettent aussi de répondre aux enjeux de décarbonation en faisant appel à des matières naturelles, suivant des circuits courts issus de productions locales.

Si l’emploi de certains d’entre eux (laine de mouton, plumes de canard, laine de coton, canne à sucre, roseaux) reste anecdotique, le panel est large, que ce soit dans l’isolation thermique par l’intérieur (ITI) ou l’isolation thermique par l’extérieur (ITE). La part de marché des matières biosourcées ne cessent de croître dans tous les secteurs, particulièrement dans le bâtiment qui représente près de 30 % des volumes de produits biosourcés utilisés selon les derniers chiffres de l'Ademe. Et avec une part de marché de 11 % selon l’Association des industriels de la construction biosourcée (AICB), les isolants biosourcés sont en forte croissance et leur part de marché devrait doubler d’ici 2030. Néanmoins, face à ces atouts techniques et énergétiques, qu’en est-il des risques professionnels lors de la mise en œuvre de ces matériaux ? « Ce n’est pas parce que c’est naturel que cela est sans risque », met en garde Aurore Aglioni, experte d’assistance-conseil à l’INRS.

Différents matériaux d’isolation naturels, différents risques

En premier lieu parce que ces matériaux contiennent des adjuvants qui servent de liants pour obtenir une bonne tenue de la matière. « Les additifs chimiques peuvent représenter jusqu’à 30 % de la composition d’un isolant afin d’obtenir une cohésion de la matière », complète-t-elle. « D’autres familles d’adjuvants peuvent être intégrées pour renforcer certaines propriétés, comme la résistance au feu, le caractère antifongique en vue d’éviter le développement de moisissures ou encore de protéger de la détérioration par des nuisibles », poursuit-elle.

Illustration matériaux isolants biosourcés.

Parmi les substances employées, on peut citer par exemple certains sels de cuivre ou d’ammonium, qui présentent des effets sur la santé. La nature organique des matériaux employés peut également offrir un terrain propice au développement d’agents biologiques tels que moisissures, bactéries…

L’emploi de ces matériaux biosourcés restant relativement récent, les connaissances sur les possibles expositions professionnelles demeurent insuffisantes car « il y a encore un décalage entre les pratiques sur le terrain et la littérature sur le sujet », observe Laureline Coates, experte d’assistance médicale à l’INRS. Toutefois, compte tenu des données disponibles sur ces matériaux notamment dans d’autres secteurs d’activité, les mesures de prévention à prendre face au risque chimique sont globalement les mêmes qu’en présence de laines minérales. L’organisation d’un chantier d’ITI ou d’ITE doit ainsi faire l’objet d’une analyse des risques et de la définition d’une démarche de prévention, avec la mise en œuvre de mesures adaptées pour travailler en sécurité, qu’elles soient techniques, organisationnelles, et si nécessaire individuelles.

Bonnes pratiques pour limiter les dangers liés à une isolation plus écologique

Tout comme les laines minérales, les isolants biosourcés se présentent sous formes rigide (panneaux), semi-rigide (rouleaux), souple ou en vrac. Avec des matériaux rigides ou semi-rigides, les phases d’exposition les plus fréquentes se rencontrent au moment de la pose : découpes, chevillages, perçages, manipulations diverses... Les poussières mises en suspension peuvent alors provoquer des effets sur la santé des salariés exposés. Ceux-ci varient selon le matériau employé : irritations, allergies, atteintes respiratoires. Afin de réduire les expositions, il est important de privilégier les outils manuels, ou électroportatifs équipés d’une aspiration à la source et à vitesse lente et de travailler dans des zones bien ventilées. En complément, les salariés pourront porter des équipements de protection individuelle, et notamment des appareils de protection respiratoire de type P2 minimum, afin de limiter l’inhalation des poussières.

Lorsqu’ils sont conditionnés en vrac (sous forme de flocons ou de granulats, comme la ouate de cellulose, les fibres de bois, le chanvre, parfois le coton et la paille), les isolants sont projetés en étant soufflés par une machine, à sec ou à l’humide. Cette méthode nécessite un remplissage de la machine avant soufflage et son nettoyage après l’intervention. Ces phases peuvent aussi exposer les intervenants et doivent par conséquent faire l’objet de mesures adaptées pour réduire l’exposition. Il est également important d’assurer la bonne conservation du matériau durant toute la chaîne d’approvisionnement, depuis la fabrication jusqu’à la pose, en passant par le transport et les éventuelles phases de stockage temporaire sur les chantiers ou en entrepôt, à l’abri de l’humidité. Une mauvaise conservation peut entraîner une dégradation des propriétés de l’isolant et une contamination biologique.

Les phases de retrait de ces isolants font aussi l’objet d’interrogations, le vieillissement de ces matériaux et leur possible dégradation pourraient éventuellement être à l’origine d’émissions de poussières et d’un développement d’agents biologiques. Et, au-delà du risque chimique, les risques de chute de hauteur, de troubles musculosquelettiques pouvant être liés aux manutentions demeurent les principaux autres risques. Selon le poids et la densité des matériaux, pouvant atteindre 110-120 kg/m3 pour la paille par exemple, des moyens de levage adaptés doivent être présents. Le risque incendie devra également être pris en considération du fait de la combustibilité de ces matériaux.

DES MATÉRIAUX PLUS OU MOINS VERTS

Il existe trois grandes familles de matériaux isolants :

  • les laines minérales (laines de verre, de roche et de laitier) : elles sont encore majoritairement utilisées dans l’isolation ;  
  • les produits pétrochimiques (polystyrène, polyuréthane) : ils sont fabriqués à partir de matières plastiques synthétiques issues du pétrole ;
  • les matériaux biosourcés : ils offrent de bonnes propriétés d’isolation et répondent aux enjeux de décarbonation, par l'emploi de matières « naturelles » provenant de cultures locales et suivant des circuits courts.
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