Chaque année en France, environ 750 accidents du travail mortels sont dénombrés dans les entreprises relevant du régime général de la Sécurité sociale. Et, dans la moitié des cas, aucune cause externe (chute, électrocution, incendie…) n’est identifiée. On parle alors de malaises mortels. Qu’est-ce qui conduit à ces malaises ? Dans quel contexte ont-ils lieu ? Quelles sont les professions les plus touchées ? Autant de questions qui constituent un enjeu majeur pour améliorer la prévention de ces décès de travail.
Une étude de l’INRS fondée sur la base Épicea
Des expertes de l’INRS se sont penchées sur les conclusions des enquêtes saisies dans la base nationale Épicea (Étude de prévention par l’informatisation des comptes rendus d’accidents) par les services prévention des Caisses régionales (Carsat/Cramif/CGSS) de l’Assurance maladie-risques professionnels. Une analyse a été publiée en juin 2026 dans la revue Références en santé au travail, et présentée lors du 38e Congrès national de médecine et de santé au travail, qui vient de se tenir à Lyon. « Nous avions déjà fait une analyse qualitative des 143 malaises mortels recensés dans les enquêtes, entre 2012 et 2022, et en avions tiré des premières conclusions, rappelle le docteur Anne Bourdieu, experte d’assistance médicale à l’INRS, et co-autrice de l’étude. Pour cette étude, nous avons analysé 324 nouveaux cas identifiés entre 2023 et 2025. »
Des hommes majoritairement concernés
Dans 88 % des cas, ils concernaient des hommes, d’un âge médian de 53 ans. Les conducteurs de poids lourds sont, de loin, la profession la plus représentée (15 %), suivie par les cadres et directeurs (8 %) et, dans une moindre mesure, par les agents d’entretien (3 %) et les métiers qualifiés du bâtiment (3 %). « Dans 83 % des cas, l’activité du travailleur est décrite comme habituelle et 73 % des victimes étaient seules lorsque le malaise est arrivé, sans pour autant être des travailleurs isolés à proprement parler, précise le Dr Anne Bourdieu. Au vu des descriptions, dans trois quarts des cas, les malaises mortels correspondent à des morts subites cardiaques, dont le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde. »
Au regard de ces résultats, les expertes proposent plusieurs pistes pour améliorer la prévention de ces malaises mortels. « La première consiste à agir sur les facteurs de risques cardiovasculaires professionnels, parmi lesquels les manutentions manuelles, l’activité physique, l’exposition aux ambiances thermiques extrèmes, les risques psychosociaux, les horaires atypiques, les postures sédentaires… », détaille le Dr Anne Bourdieu. En somme, il s’agit de mieux évaluer ces risques et de mettre en place des actions de prévention adaptées, sur un plan collectif dans l’entreprise, mais également de sensibiliser davantage le salarié à ces risques spécifiques. « Cela pourrait être fait par les services de prévention et de santé au travail (SPST), notamment à l’occasion de la visite de mi-carrière, organisée autour de 45 ans », ajoute-t-elle.
Former plus de sauveteurs secouristes du travail et améliorer le suivi de santé des salariés
Une autre amélioration concerne l’organisation des secours : pour les expertes, il est nécessaire de former davantage de sauveteurs secouristes du travail en entreprise et, plus globalement, de sensibiliser les salariés aux gestes de premiers secours pour savoir comment réagir (qui alerter, comment effectuer massage cardiaque, savoir utiliser un défibrillateur…). « C’est important, car cela augmente considérablement les chances de survie », insiste le Dr Anne Bourdieu. Enfin, le suivi individuel de l’état de santé des travailleurs est essentiel. « Là encore, la visite de mi-carrière semble un moment stratégique, souligne l’experte de l’INRS. Elle pourrait être mise à profit par les SPST pour évaluer le risque cardiovasculaire du salarié, éventuellement via la réalisation d’un électrocardiogramme, et pour l’informer des symptômes qui doivent l’alerter. Dans de nombreux récits, les victimes ont en effet présenté des signes, dans les heures ou jours précédant le malaise, comme une douleur à la poitrine, mais qu’ils ont malheureusement ignorés. »