Moins de préparation, des temps de soudage raccourcis, un outil polyvalent… Les arguments marketing mis en avant pour promouvoir les équipements laser manuels séduisent de plus en plus les entreprises pour des opérations de soudage, de décapage ou de découpe. Problème : le caractère nomade de leur usage complique la mise en œuvre des mesures de prévention habituelles. À la suite d’études récentes, l’INRS alerte sur les risques multiples liés à ces équipements, notamment en raison de la proximité immédiate entre l’opérateur et la zone d’interaction laser-matière : risques chimiques, risques liés au faisceau laser, mais aussi aux rayonnements parasites. Ceux-ci pouvant toucher à la fois l’opérateur et les personnes à proximité.
Un risque chimique mal maîtrisé
Concernant le risque chimique, l’INRS a conduit une étude pour caractériser les émissions de fumées générées par le décapage de peintures thermolaquées sur acier. Bilan : celles-ci sont principalement constituées de particules fines et ultrafines, avec une proportion importante de nanoparticules, susceptibles d’atteindre la région alvéolaire des poumons. Les fumées analysées contenaient aussi des composés chimiques dangereux : hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), isocyanates, ozone (irritant respiratoire), benzène (toxique cancérogène), monoxyde de carbone…
« Dans des situations réelles de travail telles que de petits ateliers peu ventilés ou des cabines de protection laser, lors d’un décapage continu, les valeurs limites d’exposition professionnelles (VLEP) de certains polluants peuvent être dépassées en quelques minutes seulement », explique Stéphanie Marsteau, responsable de laboratoire à l’INRS. Et même avec un débit de ventilation générale très élevé, certaines expositions, en particulier aux particules fines, restent susceptibles de dépasser très rapidement les valeurs seuils de référence.
Des risques optiques liés au laser
et aux rayonnements parasites
D’autre part, les lasers de forte puissance (classe 4) présentent un danger pour les yeux et la peau, en exposition directe comme réfléchie. Des lésions sévères et irréversibles peuvent survenir en moins d’un quart de seconde. L’employeur doit s’assurer qu’il dispose par lui-même, ou chez ses salariés, de la compétence en matière de sécurité laser. Sans compter les risques d’incendie si le laser rencontre sur sa trajectoire des produits et matières combustibles (dégraissant, papier…).
S’ajoutent à cela les risques liés aux rayonnements optiques parasites comparables à ceux du soudage à l’arc. Bien que leur intensité demeure inférieure à celle du faisceau principal, les niveaux d’exposition peuvent également dépasser les VLEP. Là encore, les premières analyses menées par l’INRS montrent des risques de brûlure au niveau de la rétine et de la peau (main et visage) après seulement quelques minutes d’exposition.
Intégrer la sécurité dès la conception
Pour prévenir les risques, la priorité est d’intégrer la sécurité dès la conception. L’objectif étant de réduire les risques à la source, avant de recourir à des mesures de prévention collectives et organisationnelles, ou à des équipements de protection individuelle. Parmi les mesures possibles : limiter les émissions non intentionnelles, intégrer des fonctions de sécurité (coupure automatique en cas de perte de contact avec la matière à souder, système de double action nécessaire au déclenchement...). Les activités de soudage et décapage doivent, d’autre part, se dérouler dans des locaux dédiés avec un accès contrôlé et une signalisation lumineuse indiquant que le laser est en route.
Le captage des polluants à la source, complété par une ventilation générale efficace, est également indispensable. « Et, lorsque les protections collectives ne suffisent pas ou sont impossibles à mettre en place, une protection respiratoire adaptée doit être envisagée », précise Stéphanie Marsteau. Concernant la prévention des risques optiques, la protection des opérateurs doit prendre en compte l’ensemble du spectre des rayonnements laser et parasites (visible, infrarouge, UV). Elle repose sur l’utilisation de vêtements et d’EPI adaptés, couvrant l’intégralité du corps (gants, veste en cuir…), ainsi que sur le port d’un masque ou d’une visière pour protéger les yeux et le visage. Enfin, toutes ces mesures doivent être complétées par la formation et l’information du personnel sur les risques en présence et les moyens de prévention et de protection mis en place.
