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Risque chimique

Des travailleurs d'imprimeries exposés aux phtalates

Une étude, menée en Suisse par des chercheurs d’Unisanté, s’est intéressée à l’exposition aux phtalates des ouvriers du secteur de l’imprimerie. Le point avec Nancy Hopf, hygiéniste du travail et toxicologue industrielle, qui a piloté la recherche.

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Corinne Soulay - 18/06/2026
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Vue de rouleaux de papiers en imprimerie.

Travail & Sécurité. Pourquoi avoir choisi le secteur de l’imprimerie pour votre étude ?

Nancy Hopf. Les phtalates sont utilisés dans de nombreux domaines, comme solvants ou plastifiants, par exemple dans les cosmétiques pour retenir les fragrances ou l’industrie du plastique pour améliorer la flexibilité des matériaux polymères. Nous nous sommes tournés vers l’imprimerie car, dans ce secteur, les travailleurs sont en contact avec des encres et manipulent certains supports (plastiques, laminés…) susceptibles de contenir ces substances chimiques. Le plus souvent, les employeurs ignorent leur présence. Or, certaines sont connues pour être des perturbateurs endocriniens.

Comment avez-vous procédé et quels résultats avez-vous trouvés ?

N. H. Nous avons suivi 59 travailleurs volontaires durant une semaine complète, dans neuf entreprises suisses de tailles variées et utilisant des techniques d’impression différentes. Comme les phtalates sont éliminés rapidement, nous avons mesuré leurs métabolites par prélèvements d’urine, chaque jour, juste après le travail. Cela nous a permis de capter la variabilité du travail, car d’une journée à l’autre, selon le produit qu’ils doivent imprimer, les salariés n’utilisent pas les mêmes encres et les mêmes supports. Selon nos analyses, ces travailleurs sont quatre à sept fois plus exposés que la population générale. En outre, des phtalates reconnus comme perturbateurs endocriniens en Suisse et dans l’Union européenne ont été détectés dans plus de 90 % des échantillons. Nous avons aussi pu observer des effets directs sur les hormones : les travailleurs présentaient moins de testostérone libre ainsi que des déséquilibres des marqueurs de la spermatogenèse (FSH et l’inhibine B). Si cette exposition est maintenue sur la durée, elle pourrait avoir un impact sur la fertilité. Ces résultats peuvent être transposés dans des entreprises comparables de pays voisins, comme la France.

Quelles sont les suites données à cette étude ?

N. H. Nous sommes en train d’analyser plus finement les résultats afin de pouvoir orienter les entreprises vers les solutions de prévention les plus adaptées. L’objectif est d’identifier la source de l’exposition : celle-ci est-elle davantage cutanée, liée au contact avec les supports contenant des phtalates, ou respiratoire, par inhalation de vapeurs d’encres, d’aérosols, ou de poussières de coupe ? Selon le procédé utilisé, la réponse varie. Dans les grandes structures, les salariés manipulent généralement des encres liquides, qui doivent être versées dans des contenants ouverts. Le moment du remplissage peut être à l’origine d’une exposition cutanée. En outre, durant la procédure d’impression, l’encre circule entre différents rouleaux, elle subit des secousses, des frictions, qui créent de la chaleur et favorisent donc l’évaporation. Une ventilation adéquate est cruciale. D’autres salariés doivent lisser des supports à la main. Dans ce cas, le port de gants sans phtalates pourrait s’avérer nécessaire. Quoi qu’il en soit, une première piste, générale, consiste à encourager les entreprises à interroger leurs fournisseurs sur les substances contenues dans leurs encres et supports pour mieux évaluer les risques professionnels. Enfin, nous plaidons auprès des autorités fédérales pour qu’elles s’emparent de ces données afin de fixer des valeurs limites biologiques spécifiques, permettant de mettre en place un suivi médical adapté.

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