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Chaudronnerie industrielle

La conception des locaux, un levier pour plus de performance

L’entreprise de chaudronnerie industrielle Arinox a fait l’objet d’une démarche de réaménagement et de conception des lieux et situations de travail à l’occasion de l’agrandissement de ses ateliers. Désormais, c’est une nouvelle entreprise qui s’offre à toute l’équipe.

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Céline Ravallec - 03/06/2026
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Les tables de soudage avec bride  et à hauteur variable réduisent la pénibilié physique et facilitent  le soudage à plat.

Il n'est pas courant de pouvoir tenir une conversation sans bouchons d’oreille dans un atelier de chaudronnerie : meuleuses, postes à souder, coups de marteau, cisaille guillotine, transferts de charges au pont roulant génèrent des ambiances sonores dépassant fréquemment les 80 dB(A). Pourtant chez Arinox, entreprise de chaudronnerie basée à Saint-Avé, dans le Morbihan, c’est possible. L’établissement a fait l’objet d’un agrandissement courant 2024 qui a été l’occasion d’un réaménagement reposant sur une démarche de conception des lieux et situations de travail (CLST). « Tout a été désossé, les murs mis à nu et le toit déposé, il ne restait que la charpente », relate Romain Rozier, chargé d’affaires.

L’atelier compte aujourd’hui trois nefs : inox, acier, inox/aluminium. Un revêtement acoustique et une isolation thermique ont été installés, la lumière naturelle directe et indirecte a été privilégiée. En toiture, une verrière de 40 mètres de long offre un éclairage zénithal naturel. En haut de la cloison séparant la nef inox de la nef acier court un bandeau translucide qui laisse passer la lumière naturelle en second jour. « C’est une des meilleures idées du projet, cela apporte énormément de luminosité, on ne reviendrait pas en arrière », poursuit Romain Rozier.

Même enthousiasme de la part de Christophe Besse, également chargé d’affaires, depuis 40 ans dans le métier. « Je n’ai jamais travaillé dans un environnement comme ici. Au niveau du bruit c’est impressionnant : de l’extérieur, il est impossible de savoir qu’il y a une activité de chaudronnerie. Et ça a progressé à tous les niveaux, qu’il s’agisse aussi bien des machines que des manutentions. » Même satisfaction de la part d’Alain Bussy, chaudronnier dans l’entreprise depuis 18 ans : « Tout a changé au niveau de la lumière et des températures dans l’atelier », témoigne-t-il.

Un arrêt du projet mis à profit

C’est sous l’impulsion de Yannick Foucher, directeur depuis 2013, que cette modernisation a vu le jour. Le bâtiment qui abritait l’atelier datait de 1994 et offrait un environnement de travail industriel comme on en rencontre souvent : poussiéreux, bruyant, parfois humide, sombre, mal isolé – froid l’hiver et chaud l’été. « Ma première motivation était d’agrandir l’espace de production et de revoir les flux, explique-t-il. Le projet a démarré en 2021, et à l’image de beaucoup de chefs d’entreprise qui sont impatients, je voulais que ça aille vite. » Mais les suites de la crise de la Covid-19, l’augmentation des coûts de l’acier, la hausse des taux d’intérêt ont mis un coup d’arrêt provisoire au projet. Il a fallu temporiser trois ans avant que cela se concrétise.

L’entreprise a été récompensée par la remise d’un trophée Acanthe par la Caisse régionale pour cette démarche CLST (conception des lieux et des situations de travail).

« Nous avons tiré profit de cette période de mise à l’arrêt du projet pour réfléchir plus en détail, avec l’ensemble des collaborateurs, aux différentes questions d’agencement, en définissant précisément ce que l’on voulait faire de nos ateliers, décrit-il. Si le projet s’était déroulé sans cet arrêt imposé, nous n’aurions réalisé ce travail approfondi. » L’entreprise a ainsi fait appel à un consultant pour associer les salariés aux réflexions, en initiant trois groupes de travail. Ils ont pu exprimer leurs besoins, confronter les contraintes des différentes activités, analyser les flux de matière, limiter les déplacements des personnes, optimiser l’implantation des machines.

UNE FORMATION POUR LES MAÎTRES D’OUVRAGE

Le directeur de l’entreprise Yannick Foucher a suivi une formation de la Carsat Bretagne destinée aux maîtres d’ouvrage occasionnels. « En tant que chef d’entreprise, on n’a pas la science infuse, et cette journée de formation m’a sensibilisé à mes responsabilités en tant que maître d’ouvrage. La formation m’a par exemple alerté sur les risques liés à la coactivité, parfois dans des espaces confinés, et au principe de faire travailler plusieurs entreprises dans un même espace. Cela m’a permis aussi de prendre conscience qu’il faut parfois déléguer certaines tâches et avoir des relais sur le terrain. J’étais parti pour piloter le projet, mais me partageant entre deux sites distincts, je ne pouvais pas être à plein temps sur place. Romain Rozier a tenu ce rôle tout au long du projet. »

« Cela a permis à chacun de se saisir du projet et de se sentir concerné par les décisions. Les salariés sont devenus acteurs à part entière », précise-t-il encore. Il était par exemple prévu initialement d’installer des fenêtres sur la façade sud du bâtiment. Dans le cadre de ces groupes, les salariés ont estimé que cela risquait d’être éblouissant à certains moments de la journée et il a été décidé de ne pas en poser de ce côté. L’accompagnement de la Carsat tout au long du projet a aussi permis d’orienter certaines décisions. « Même si nous ne voyons pas toujours les choses à travers le même prisme, nous avons toujours réussi à nous écouter, à confronter nos points de vue, à partager les arguments qui venaient nourrir la réflexion », explique le directeur.

« Par exemple, poursuit-il, je ne voulais pas de garde-corps en toiture : je trouvais ça inesthétique et pensais opter pour une ligne de vie. Jean-Louis Dupont, le contrôleur de la Carsat qui nous accompagne, nous l'a déconseillé et nous a indiqué l’existence de garde-corps rabattables, que nous avons installés. Depuis un an et demi, j’ai dû monter une dizaine de fois sur le toit. Dans les faits, ces garde-corps ne sont jamais rabattus et on se sent clairement en sécurité. Avec le recul, ça aurait été une erreur d’opter pour une ligne de vie. »

Un rack à tiroirs a été acquis, et une potence équipée d’un palonnier à ventouses a été installée à ses côtés.

Les flux de matières ont également été revus : la zone de stockage des matières premières est installée à l’entrée de l’atelier, alors qu’auparavant, il fallait le traverser pour déposer les profilés et les tôles en attente. Globalement, les flux ont été pensés pour que la matière arrive aux personnes à chaque poste. En matière d’ergonomie, trois tables de soudage avec brides et à hauteur variable ont été installées, ainsi que des tables de bridage/soudage qui facilitent les soudures à plat. Un rack à tiroirs a été acquis, à côté duquel une potence équipée d’un palonnier à ventouses a été installée, ce qui permet de transférer les tôles vers la cisaille guillotine sans plus aucun port de charge.

Une démarche récompensée

À l’extérieur, un quai a été aménagé pour que les collaborateurs qui partent sur le terrain puissent charger leur servante avec leur outillage sans effort à bord de leur véhicule. Le confort de travail a aussi été pris en compte, en particulier l’ambiance thermique. L’isolation thermique était en effet inexistante. Quand il faisait 0 °C à l’extérieur, il faisait 2 °C dans l’atelier. De la condensation pouvait se déposer sur les machines. Les conditions étaient alors très inconfortables pour les salariés. Et, à l’opposé, les jours de canicule, il faisait très chaud dans l’atelier. Désormais, quand il fait 0 °C dehors, il fait autour de 11 °C dans l’atelier. Un jour d’hiver où il faisait - 4 °C en extérieur, la température s’est maintenue à 10 °C en intérieur sans chauffage complémentaire. Et les jours de canicule, il fait désormais meilleur dans les ateliers que dans les bureaux.

0,5 % de baisse sur le taux d'emprunt pour financer ce projet a été accordé à Arinox par son établissement bancaire du fait qu'il s'agissait d'une approche RSE ciblant une amélioration des conditions de travail.

« Tout en augmentant de 40 % la surface de l’atelier, nous avons réalisé 53 % d’économie d’énergie. Je savais que le choix serait efficient, mais pas à ce point-là ! L’été dernier, personne ne m’a demandé de décaler les horaires de travail pour éviter les heures les plus chaudes de la journée », constate encore le directeur. « Une bonne isolation est le premier mode de chauffage et le premier mode de climatisation à prendre en compte », résume Jean-Louis Dupont, contrôleur de sécurité à la Carsat Bretagne. L’entreprise va être récompensée en juin par la remise d’un trophée Acanthe par la caisse régionale pour cette démarche CLST (conception des lieux et des situations de travail).

« Aujourd’hui, grâce à la conception du bâtiment, les interventions sur celui-ci présentent un risque particulièrement réduit. Une CLST réussie permet de faciliter l'activité de l'entrepise pour laquelle le bâtiment a été aménagé, assure encore ce dernier. Par exemple, l’installation d’un réseau de captage de fumées de soudage et de torches aspirantes, qui est en cours, va se faire aisément. Sans oublier qu'un bâtiment dont la conception est réussie ne coûte pas plus cher qu’un bâtiment mal pensé. »

Et de nouveaux projets sont déjà en cours : acquisition de nouvelles tables élévatrices et de nouvelles potences, installation imminente d’une cabine de vernissage. Dernière preuve de la satisfaction apportée à tous par ce projet, « avec le recul, il n’y a pas un seul sujet où je me suis dit qu'on aurait dû différemment », conclut Yannick Foucher. 

FICHE D'IDENTITÉ

Nom : Arinox
Lieu : Saint-Avé (Morbihan)
Secteur d’activité : chaudronnerie industrielle
Production : conception, fabrication, assemblage et installation d’équipements sur mesure pour les industries des secteurs agroalimentaire et pharmaceutique-médical, en petites séries, et pour des agencements d’intérieur tous secteurs confondus
Effectif : 19 équivalents temps plein et 3 alternants
Chiffre d’affaires : entre 2 et 2,5 millions d’euros

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