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Mécanique de poids lourds

Des moyens pour alléger les contraintes de travail

Le parking de Berthier Trucks, à Besançon, accueille toutes sortes de poids lourds et de bus. Certains sont accidentés, d’autres en bon état, juste là pour une révision, ou d’autres encore rutilants pour qu’on leur ajoute une benne ou une grue… Qui dit interventions variées dit risques professionnels mumtiples. Pour y faire face, le groupe s’est structuré, et les résultats sont là.

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Delphine Vaudoux - 11/05/2026
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Vue d'une situation de travail chez Berthier Trucks.

« Un camion, c’est comme un lego. On a une base roulante sur laquelle on met ce que l’on veut : une benne, une grue ou encore un bras hydraulique », explique Jean-Sébastien Moinot, directeur du site Berthier Trucks de Besançon, dans le Doubs. Présentées ainsi, une partie des activités du site semble simple, mais en pénétrant dans les 4 200m2 d’ateliers, le visiteur se rend compte rapidement de la complexité et de la technicité des tâches, et des nombreux risques professionnels associés : chutes, risques chimiques, manutentions…

Le groupe Berthier est familial. Il naît en 1919, avec la création d’un premier garage Peugeot à Hortes, en Haute-Marne. Depuis, le groupe s’est largement développé en Bourgogne-Franche-Comté et est actuellement dirigé par la quatrième génération de la famille. La branche poids lourds, répartie en huit agences, propose de la location, de l’entretien, de la réparation, de la carrosserie (opérateur qualifié Utac - certification pour aménager ou modifier des véhicules tout en garantissant leur conformité aux normes de sécurité, environnementales et réglementaires.), du dépannage ou encore des tests d’étanchéité sur des véhicules frigorifiques.

Le site de Besançon est l’un des plus importants du groupe avec ses 61 collaborateurs exerçant une trentaine de métiers : techniciens, carrossiers, magasiniers, réceptionnaires… Les interventions mécaniques nécessitent de quelques minutes à quelques jours, tandis que celles en carrosserie (réparation, modification, ajout d’éléments) vont de quelques heures jusqu’à un an. Il y a sept ans, avec l’arrivée d’une nouvelle équipe, la santé et sécurité au travail (SST) au sein du groupe a été structurée.

Si son implantation reste à améliorer, la Pirl adoptée pour le travail sur les moteurs des poids lourds apporte confort et sécurité.

En plus de l’arrivée d’un nouveau responsable technique et sécurité, Fabien Plassin, un référent sécurité a été nommé sur chaque site. « Pour ma part, explique Nathalie Léautaud, je suis secrétaire magasin et membre du CSE. J’étais volontaire pour être référente sécurité, j’ai suivi une formation de deux jours, et je sers de relais à Fabien Plassin sur ce site. » Son activité entraîne ce dernier à être en déplacement sur les différents sites environ deux jours par semaine, plus si un projet le nécessite.

Du sur-mesure au service du sur-mesure

La politique SST, définie par l’équipe en place, comprend désormais un accueil sécurité, les fameux référents sécurité, des top 5 mensuels (rendez-vous sur cinq points de sécurité déterminés), une semaine sécurité tous les ans, etc. Au quotidien, les enquêtes sur les presqu’accidents ou accidents sont systématiques, abordées lors des réunions mensuelles, et les actions correctrices discutées avec les collaborateurs. Il y a un peu plus d’un an, sur le site de Besançon, un mécanicien intervenant sur le système de chauffage d’un poids lourd a chuté, et sa tête a heurté le marche-pied, provoquant une commotion cérébrale…

Car pour intervenir sur le chauffage d’une cabine – une opération assez courante –, il faut basculer la cabine vers l’avant, enlever un cache, et atteindre le système de chauffage, ce qui se faisait alors en équilibre sur un pneu et le moteur. « Je suivais déjà cette entreprise quand l’accident a eu lieu, remarque Aude Verpillat, contrôleuse de sécurité à la Carsat Bourgogne-Franche-Comté. Lors de l’analyse de l’accident avec les salariés et Fabien Plassin, je leur ai indiqué qu’il serait bon d’avoir une plate-forme individuelle roulante (Pirl), équipée d’une tablette pour y poser la valise diagnostic. On pourrait glisser le tout par-dessus les roues et le châssis pour travailler en sécurité. »

2,5 tonnes, cela peut être le poids d’une grue à installer sur le châssis nu d’un poids lourd.

Une telle plate-forme n’existant pas sur le marché, l’entreprise s’est rapprochée de son fournisseur de Pirl. « Nous lui avons fait part de nos besoins », explique Fabien Plassin. La société est venue sur place pour bien appréhender le sujet dans son environnement. Elle a ensuite proposé des plans que Fabien Plassin a corrigés : « Il y a eu un certain nombre d’allers et retours, énonce-t-il, puis nous sommes parvenus au prototype que nous avons depuis quelques mois… »

Alexandre Baudrey, technicien véhicules industriels, doit justement intervenir sur le chauffage d’un Renault Trucks T High 480. Il va chercher la nouvelle plate-forme, ses deux pieds amovibles lui permettent de la glisser facilement au-dessus du châssis du camion. Une fois la plate-forme positionnée, il doit recaler les pieds, ce qui lui prend un peu de temps. « C’est nécessaire, sinon la plate-forme a tendance à basculer, souligne le technicien. Mais ce n'est pas évident de 'perdre' ce temps quand on doit intervenir en urgence sur un chauffage défectueux. »

Ce problème n’a pas échappé à la contrôleuse de sécurité : « La solution trouvée est bonne, d’autant que vous pouvez positionner les pieds à plusieurs endroits, en fonction du type de châssis. Mais il faudrait retravailler avec le fournisseur soit pour éviter de remettre des pieds, soit pour faciliter cette opération. » Fabien acquiesce, il se rapprochera du fournisseur avant de déployer la plate-forme sur les autres sites du groupe.

Tests et déploiement

Partout, des Pirl plus classiques sont à la disposition des opérateurs, que ce soit pour intervenir sur les camions frigorifiques ou sur les cabines. Vigilante, Aude Verpillat conseille d’acquérir une plate-forme facile à mettre en place pour sécuriser les interventions sur les groupes frigorifiques : « Mais je sais que ça n’est pas évident de trouver ce qu’il vous faut car les interventions peuvent avoir lieu dans différents endroits de l’atelier ou à l’extérieur. »

Du côté de la carrosserie, deux ponts roulants (de deux fois cinq tonnes chacun) facilitent les déplacements des éléments – comme ici une grue de 2,5 tonnes – à installer sur des châssis. Pas loin, les postes de soudage sont dotés de torches aspirantes. « En 2017, nous avons commencé à travailler sur le sujet, explique Fabrice André, un soudeur. L’idée était de les connecter à un système de piquage avec aspiration des fumées de soudage et rejet à l’extérieur. » Trois types de torches ont été testés par les soudeurs, et le modèle le plus léger et maniable a été retenu. « Avant, il n’y avait rien, on ouvrait les portes… Aujourd’hui, il y a nettement moins de fumée dans l’atelier », apprécie le soudeur.

Les quatre fosses de l’atelier font pour certaines plus de 20 mètres de long, ce qui complique la mise en place  de caillebotis pour protéger  les mécaniciens des chutes. Des tests sont en cours sur un autre site.

D’autres avancées ont eu lieu comme la mise en place de détecteurs de gaz positionnés dans l’atelier dans lequel les bus au gaz sont accueillis. Les techniciens sont eux aussi équipés de détecteurs. De plus, des tests de caillebotis sont en cours sur un autre site pour protéger les mécaniciens des chutes dans les fosses. « Mais là aussi, ça n’est pas simple, remarque la contrôleuse de sécurité. Car la solution doit être facile à mettre en place sur des fosses existantes. Ici, il y en a quatre, et elles peuvent faire jusqu’à 20 m pour accueillir plusieurs véhicules simultanément… »

Le responsable technique et sécurité du groupe a parfaitement conscience du chemin qu’il lui reste à parcourir. Mais déjà, la démarche déployée, associant les collaborateurs, commence à porter ses fruits. En effet, au niveau du groupe, la sinistralité est en baisse ces dernières années, et son taux de fréquence (nombre d’accidents en premier règlement/heures travaillées) x 1 000 000) est passé sous celui de la branche.

FICHE D'IDENTITÉ

Nom : Berthier Trucks

Lieu : site de Besançon (Doubs)

Activité : commerce de véhicules, vente de pièces détachées, mécanique, carrosserie, interventions sur véhicules frigorifiques…

Effectif : 61 salariés

Chiffre d’affaires : 10,4 millions d’euros (hors commerce)

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