Alain Munda est patrouilleur pour Vinci Autoroutes. Chaque jour, il sillonne une partie du réseau du sud-est de la France à bord d’un fourgon, pour s’assurer que les usagers circulent en sécurité. Un métier qui l’expose à divers risques, au premier chef, les collisions.
Au centre d’exploitation de Vinci Autoroutes, installé près du péage de l’A54, sortie Nîmes centre, Alain Munda, 54 ans, prend son poste. Le patrouilleur passe au vestiaire pour endosser sa tenue d’« homme en jaune » – chaussures de sécurité, pantalon haute visibilité, veste réfléchissante – sans oublier sa radio… Puis, il allume sa montre Dati (dispositif d’alarme du travailleur isolé). « Nous effectuons nos patrouilles seuls, explique-t-il. Si on reste immobile trop longtemps, la montre alerte le PC sécurité de la possibilité d’un malaise. » Sa mission ? Surveiller, à bord de son fourgon, 80 km de tracé, aller-retour, sur l’A54 et l’A9, dans le Gard et l’Hérault, pour s’assurer que les usagers roulent en sécurité. « J’interviens notamment pour ramasser des objets sur la chaussée, en cas de bouchon ou de panne d’un véhicule sur la bande d’arrêt d’urgence (BAU) », précise-t-il.
Avant de partir, Alain Munda fait le tour du fourgon, pour vérifier que tous les équipements fonctionnent, en particulier la sirène, les feux de détresse et la flèche lumineuse d’urgence (FLU) qui se déploie en haut du véhicule pour inviter les automobilistes à se décaler en cas d’intervention. Il inspecte aussi le contenu du fourgon : cônes de balisage, souffleur pour évacuer les débris, pelle, produit absorbant en cas de déversement d’huile sur la chaussée… Tout y est. Un appel au PC sécurité, et la patrouille peut commencer.
Hors intervention, Alain Munda circule à 90 km/h sur la voie de droite, pour pouvoir accéder facilement à la BAU en cas de besoin. Dans son métier, le risque principal est celui d’une collision avec un véhicule lors d’une intervention. « Chaque semaine, cinq fourgons sont percutés sur le réseau autoroutier français, alerte Pauline Barbier, responsable prévention de Vinci Autoroutes. Nous avons mis en place un plan d’actions incluant la formation des équipes, des procédures de sécurité, la mise à disposition d’équipements ou encore des campagnes de sensibilisation. » L’entreprise martèle notamment cinq règles d’or à suivre, parmi lesquelles « ne pas rester à l’intérieur d’un véhicule stationné sur la BAU ou une voie circulée », « éviter de marcher sur une BAU s’il est possible de le faire derrière les dispositifs de sécurité » ou encore « respecter une zone tampon » entre le fourgon et l’événement à traiter. « Nous stationnons au minimum 100 m avant un véhicule en panne par exemple, note Alain Munda. La loi impose 50 m, mais nos procédures sont plus strictes. Le risque, si on est trop près, c’est que le fourgon, s’il est percuté, devienne un projectile pour l’automobiliste devant. » Pour l’heure, le patrouilleur n’a observé aucun incident sur le tracé et le PC sécurité ne l’a pas non plus contacté pour une intervention sur la zone.
Alors qu’il sort de l’autoroute pour faire demi-tour, Alain Munda avise un poids lourd, stationné avant les barrières de péage, à la sortie d’un virage. Autrement dit, à un emplacement dangereux… Le patrouilleur allume les feux de détresse, prévient le PC sécurité, et se gare à bonne distance. Sur place, le panneau « interdit de stationner » a été arraché. Alain Munda le signale, photos à l’appui, afin qu’un ouvrier de Vinci Autoroutes vienne le réinstaller rapidement. Le chauffeur du camion vient à sa rencontre : il attend un dépanneur. Le patrouilleur lui enjoint de déplacer son camion pour être plus visible et contacte le péage pour que l’accès à la file de droite soit fermé. Mission accomplie, il peut repartir.
De retour au centre d’exploitation pour une pause d’une demi-heure, Alain Munda partage un café avec ses collègues. Pour être autorisés à intervenir sur autoroute, tous ont dû suivre une formation spécifique et obtenir une certification, à l’issue d’épreuves théoriques et pratiques.
Alors qu’il circule sur l’A9 dans le sens Nîmes-Montpellier, le patrouilleur aperçoit, de l’autre côté, deux poids lourds arrêtés dans une zone refuge - Aménagement de sécurité présent tous les 2 km en moyenne le long de la bande d'arrêt d'urgence - et, quelques mètres plus loin, deux camionnettes sur la BAU. Les chauffeurs sont sortis de leurs véhicules et discutent entre eux. Alain prévient le PC sécurité. En quelques secondes, la procédure d’intervention se met en branle : un message est diffusé sur la radio Vinci Autoroutes (107.7 FM) pour alerter les auditeurs. Gyrophare, sirène… Alain Munda accélère, fait demi-tour à la sortie suivante et rejoint les lieux. À trois kilomètres de l’intervention, un panneau indique déjà l’incident, enjoignant les automobilistes à ralentir. Alain Munda s’arrête sur la BAU et rejoint à pied les camions, derrière la glissière de sécurité. Le premier chauffeur parle espagnol, le second polonais. « Je maîtrise les rudiments de quelques langues et, pour le reste, il y a les applis de traduction ! », plaisante le patrouilleur. Rapidement, il reconstitue les événements : un pneu du camion polonais a éclaté, mais lorsque celui-ci a voulu se mettre en sécurité dans le refuge, la zone était déjà occupée par le camion espagnol, en train de faire sa pause. « C’est interdit, mais comme les chauffeurs poids lourds doivent respecter une durée maximale de temps de conduite, ils ont tendance à s’arrêter au dernier moment, n’importe où. Résultat, le camion polonais s’est intercalé devant le véhicule espagnol comme il a pu. » Entre-temps, une camionnette a roulé sur le pneu éclaté et provoqué un accrochage avec une autre camionnette. Les deux conducteurs se sont mis sur la BAU pour rédiger le constat. « C’est dangereux car ce n’est pas un endroit sécurisé. Dans ce cas, il faut faire preuve de diplomatie avec les automobilistes pour qu’ils rejoignent le parking du prochain péage. Comme nous n’avons aucun pouvoir coercitif, on a parfois du mal à se faire entendre. »
Alain Munda récupère la bande de roulement, restée sur la voie de droite. Pendant toute l’intervention, quasiment aucun usager ne s’est éloigné de la BAU, chaque passage de véhicule faisant trembler le fourgon. « Il existe pourtant une règle dans le Code de la route, depuis 2018, qui indique qu’il faut se déporter sur la gauche à l’approche d’un véhicule stationné sur la voie de droite ou sur la BAU. Le non-respect de ce corridor de sécurité peut être sanctionné du retrait d’un point de permis et de 135 euros d’amende, rappelle Alain Munda. Au même titre que les conducteurs pensent à s’écarter lorsqu’ils dépassent un cycliste ou un piéton sur le bord d’une départementale, ils devraient avoir le même réflexe sur l’autoroute. » Vinci Autoroutes mène plusieurs actions pour faire connaître cette règle. Pendant deux ans, un triptyque de panneaux déclinant trois messages – « Je ralentis », « Je m'éloigne », « Je change de voie si possible » – a été testé à divers endroits du réseau. « Des enquêtes ont montré que le comportement des automobilistes changeait après les avoir vus », se réjouit Pauline Barbier. L’expérimentation a pris fin en avril 2025, sur une petite victoire : le ministère des Transports a autorisé que ces panneaux soient intégrés à la signalisation routière. « Nous sommes en train de les déployer sur tout le réseau », ajoute la responsable prévention.
Une panne de véhicule léger, un cône usagé à récupérer sur la BAU… Les interventions se suivent. Pour compléter les mesures de sécurité, Vinci Autoroutes mise aussi sur les innovations technologiques. « Nous testons actuellement, dans une centaine de fourgons, une caméra associée à une IA, appelée "PatrolCare", explique Alain Munda. Lorsqu’on s’arrête sur une BAU, la caméra surveille la zone à l’arrière du fourgon sur 200 m. Tout véhicule qui mordrait sur la BAU fait alors sonner trois sirènes, à l’arrière et à l’avant du fourgon, pour avertir les intervenants et les usagers du danger. »
La patrouille s’achève. Avant de garer le fourgon au centre d’exploitation, Alain Munda procède au tri des déchets, puis fait le plein de carburant et dépose les clés du fourgon dans une boîte sécurisée, satisfait de sa journée. « Je fais un beau métier, je sauve des vies tous les jours, résume-t-il, avant de lancer à la cantonade : On a beaucoup de procédures et d’équipements pour nous protéger, mais il restera toujours un paramètre qu’on ne peut pas maîtriser : le comportement des conducteurs. Sur la route, il faut toujours regarder devant soi. À 130km/h, en deux secondes, le temps de jeter un oeil à son portable ou de ramasser quelque chose, on parcourt 72 m… Un accident est vite arrivé. »