Au fil de la matinée, l’activité qui anime le lieu fait penser à une fourmilière très organisée. Chacun connaît son rôle sur la plate-forme de 2 300 m2 de l’entreprise Delanchy Frigo Transports 50, située à Guilberville, dans le département de la Manche. Au milieu d’un ballet de transpalettes et de manutentions de colis, des palettes arrivent, puis disparaissent avant que de nouvelles soient constituées après préparation de commandes, prêtes à être expédiées. Ce site, l’un des 55 que compte le groupe, est spécialisé dans le transport de denrées périssables sous températures dirigées.
Ici transitent principalement des produits de la mer, et dans une moindre proportion, de la boucherie-charcuterie et des produits laitiers. Les clients sont des grossistes, des grandes et moyennes surfaces de distribution ou encore des poissonneries, répartis dans le Calvados, la Manche et en Seine-Maritime. L’espace de préparation des commandes est organisé en six principales zones de produits selon les types d’emballages.
Les saumons présentent la particularité d’être conditionnés dans des coffres en polystyrène de grandes dimensions (40 x 80 cm), sur des palettes pouvant atteindre 2,15 mètres de haut, et pesant chacun entre 19 et 22 kg. Les manutentions sur cette zone posaient des problèmes depuis longtemps la direction du site. Afin d’avancer dans ses réflexions, elle s’est rapprochée de son service de prévention et de santé au travail. « L’entreprise a été motrice sur le sujet car il n’y avait pas eu d’accident sur la zone, explique Charline Letouzé, conseillère en prévention au Sist Ouest-Normandie. C’était une véritable démarche de prévention primaire, menée sous l’impulsion du directeur du site, soucieux de développer une culture de sécurité au sein de l’entreprise. »
Un groupe de travail impliquant des salariés concernés a alors été créé, pour analyser les pratiques et identifier les solutions possibles. « Ça s’est déroulé sur environ six mois, pour observer les postes de travail, analyser les flux, réaliser des entretiens individuels et aussi faire échanger les collègues entre eux sur leurs pratiques, remarque Charline Letouzé. Il était important de bien comprendre le travail pour ne pas ajouter de nouvelles contraintes. Tout le monde a été partie prenante du projet, le collectif de travail était très bon. » Une telle démarche était une première dans le groupe.
Prise en compte du contexte
Du fait de l’investissement envisagé, cette approche était nécessaire pour bien prendre en compte le contexte et aboutir à une solution satisfaisante. « Les salariés exprimaient trois grandes craintes : est-ce que ça va nous faire perdre du temps ? Où et comment positionner la machine pour ne pas condamner un espace de travail ? Comment l’utiliser ?, commente Alexis Lepage, ergonome pour le groupe Delanchy. Les impliquer dans le projet a permis d’apporter des réponses et à chacun de s’approprier le sujet. »
Une maquette de la zone de travail a été créée pour étudier les flux, les éventuelles contraintes vis-à-vis du travail réel, faire échanger les opérateurs, envisager les différentes implantations possibles. « L’objectif n’était pas de gagner en productivité mais bien de gagner en confort de travail et de réduire les risques de troubles musculosquelettiques », souligne Frédéric Geay, directeur du site. La solution s’est matérialisée par l’acquisition d’une plate-forme surélevée avec deux tables élévatrices – pouvant accueillir chacune une palette – complétée par un convoyeur de 13 mètres de long.
En haut de la plate-forme, la personne chargée de la dépalettisation se trouve au même niveau que le haut de la palette. Elle peut donc saisir les caisses les unes après les autres sans effort. Au fur et à mesure qu’elle décharge les colis sur le convoyeur à rouleaux, la palette monte automatiquement grâce à un détecteur de niveau. Les caisses qui glissent sur le convoyeur à rouleaux sont ensuite récupérées par les collègues qui les répartissent sur les palettes de commandes.
Mise en service en mai 2023, la nouvelle machine a d’abord été utilisée sur une journée, puis deux, puis trois, avant une semaine complète. Les craintes ont rapidement disparu face aux bénéfices constatés : fini le port de caisses les bras en hauteur ou la nécessité de se pencher pour saisir les colis au bas des palettes, le convoyeur permet aussi de faire glisser les caisses au plus près de la palette d’arrivée et ainsi de moins porter.
Satisfaction
« C’est beaucoup plus pratique, beaucoup plus agréable, commente Hector Lechevallier, préparateur de commandes. On est moins fatigué en fin de journée. Avant, j’avais besoin de faire une sieste en rentrant chez moi, ce n’est plus le cas maintenant. » « Depuis qu’on a cette machine, on a beaucoup moins mal au dos, complète David Boulair, également préparateur de commandes. Pourtant, au début, on n’y croyait pas. La prise en mains a été facile. Et on s’en sert même parfois pour les filets », une utilisation qui n’était initialement pas envisagée.
« Grâce à la machine, tout le monde peut maintenant dépalettiser et alimenter le convoyeur, quelle que soit sa morphologie », observe Gina Thireau, adjointe de direction. L’utilisation de la machine pourrait ainsi à terme être élargie à de nouveaux usages. Et également faire l’objet de certaines améliorations qui avaient été identifiées par la direction dès la mise en œuvre du projet. « Nous avons relevé des torsions du tronc chez la personne qui dépalettise, ce qui va nécessiter des ajustements », observe Alexis Lepage. « Rien n’est figé, le système est voué à continuer à évoluer à l’avenir », conclut Frédéric Geay.
FICHE D'IDENTITÉ
Nom : Delanchy Frigo Transports 50
Activité : transport et logistique de denrées périssables sous températures dirigées
Lieu : Guilberville (Manche)
Effectif : 105 salariés, dont 55 conducteurs
