Ce site est édité par l'INRS

BTP

Incendies de chantier : un risque à ne pas négliger

Départs de feu ou sinistres majeurs : des incendies se produisent régulièrement sur les chantiers de construction ou de rénovation. Électricité, travaux par points chauds, batteries lithium-ion, coactivité… Identifier les causes et réévaluer les risques à chaque étape du chantier permet de mieux les prévenir.

5 minutes de lecture
Corinne Soulay - 26/06/2026
Lien copié
© Amélie Lemaire/INRS/2026

15 avril 2019. Les images de Notre-Dame-de-Paris ravagée par le feu tournent en boucle sur les chaînes d’information. Pendant près de quinze heures, les flammes œuvrer, provoquant l’effondrement de la flèche et la destruction d’une charpente datant de plus de 800 ans. Cet événement, quoique spectaculaire par son retentissement, n’est pas une exception. Régulièrement, les médias font état de départs de feu ou d’incendies se déclarant sur des chantiers de construction ou de rénovation. En février dernier, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), les 27 ouvriers d’un programme immobilier ont dû être évacués après un départ de feu dans un sous-sol. En mars, une trentaine de pompiers sont intervenus à Trébeurden (Côtes-d’Armor), là encore, sur un chantier immobilier. Même situation à Lille (Nord), le 23 avril, où les secours ont été mobilisés, à la suite d'un dégagement de fumée sur le site de construction d’un supermarché… « Difficile de quantifier le nombre de sinistres de ce type sur une année, mais ce que nous constatons lors de visites de chantier, c’est que les mesures de prévention mises en œuvre sont souvent faillibles et perfectibles », pointe Thierry Palka, ingénieur-conseil à la Cramif.

Quels sont les points de vigilance ? Comment réduire ce risque ? Première étape incontournable : au même titre que les chutes ou les collisions engin-piéton, ou tout autre risque auquel les salariés sont exposés sur un chantier, le risque incendie doit faire l’objet d’une évaluation dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), voire, en cas de coactivité sur un chantier, d’un plan particulier de sécurité et de protection de la santé (PPSPS).

Électricité et travaux par points chauds : les principales causes d’incendie

« De manière générale, les incendies sont dus pour un tiers au risque électrique, notamment lié à des installations défaillantes, pour un autre tiers aux travaux par points chauds, et pour le reste à des causes diverses, parmi lesquelles la malveillance », précise Aline Mardirossian, experte d'assistance conseil à l’INRS. Concernant le risque incendie lié à l’électricité, il convient de s’assurer en amont du chantier que les installations sont adaptées à l’activité. Objectif : éviter l’échauffement des câbles dû à une surcharge électrique. Dans ce cadre, Julien Heurdier, contrôleur de sécurité à la Cramif, cible notamment les armoires électriques provisoires : « Il n’est pas rare d’observer des coffrets détériorés, des fils conducteurs dénudés, des fils tirés pour créer de nouveaux raccords… Ces équipements sont certes contrôlés avant le début du chantier, mais au fur et à mesure de l’avancée des travaux, les besoins et leur état peuvent évoluer. À chaque étape, il faudrait pouvoir faire vérifier par un électricien si l’installation convient toujours, ou, a minima, qu’elle soit prévue pour être évolutive. » En outre, pour limiter leur dégradation, le choix de leur emplacement est important. Mieux vaut fixer le coffret directement à la structure du bâtiment plutôt que sur un pied métallique et l’installer en retrait des flux de circulation des travailleurs pour éviter les chocs.

Autre paramètre nécessitant une attention particulière : les travaux par points chauds. Oxycoupage, soudage, meulage, brasage… « Certains de ces procédés génèrent des flammes dont la température atteint 1 300 °C, soit deux fois plus que celles d’un feu de cheminée, relève Manuel Martin, responsable du pôle Métiers à l'OPPBTP. C’est le cas par exemple des travaux d’étanchéité à chaud sur les toitures, qui consistent à chauffer des membranes bitumineuses au chalumeau à gaz. Mais d’autres, comme le découpage à la disqueuse ou à la tronçonneuse, même s’il n’y a pas de flamme, produisent des étincelles susceptibles d’embraser des matériaux inflammables à proximité. » Un plombier qui réalise une soudure sur du cuivre, par exemple, sur un support en bois ou à proximité d’isolants biosourcés (bois, chanvre…), peut, par mégarde, générer une combustion et un feu couvant suceptibles de se révéler plusieurs heures plus tard.

Réévaluer le risque incendie à chaque étape du chantier

L’idéal pour prévenir ce risque est de pouvoir aménager des postes fixes, dédiés à la réalisation de ces tâches et intégrant les mesures de prévention adaptées. Mais ce n’est pas toujours possible. Dans le cas où les opérateurs se déplacent sur le chantier pour réaliser des travaux par points chauds, une réévaluation régulière du risque s’impose. « Le but est de pouvoir réajuster les mesures de prévention/protection afin qu’elles soient adaptées à la situation réelle de travail, explique Benoît Sallé, expert d’assistance conseil à l’INRS. Sur un chantier, d’un jour à l’autre, l’environnement de travail peut changer. Un opérateur peut utiliser sa disqueuse en sécurité le lundi, et se retrouver le mardi à côté d'un stock d'aérosols déposés là par une autre équipe, faute de place… avec un risque d’explosion. Souvent, le PPSPS [NDLR : plan particulier de sécurité et de protection de la santé] est réalisé très en amont, et ne prend pas en compte ces changements. »

Concernant les travaux par points chauds, il peut ainsi être utile de mettre en place un « permis de feu », une démarche à l’initiative du maître d’ouvrage. « Ce document n’est obligatoire que pour les travaux de soudage oxyacéthylénique et, à Paris et dans certains départements franciliens, pour toute opération de soudage, de découpage par chalumeau, arc électrique ou comportant l’usage d’une flamme, qui n’est pas effectuée dans un poste permanent de travail », précise Aline Mardirossian. Le contenu du permis de feu doit être révisé aussi souvent que nécessaire, ce qui peut impliquer le passage quotidien d’une personne référente sur les postes de travail à risque d’incendie pour s’assurer du maintien de la sécurité. « Il s’agit notamment de savoir si l’opérateur est bien formé au procédé qu’il utilise, de vérifier l’absence de coactivité, que les matériaux inflammables et combustibles sont à bonne distance… », explique Jean-Philippe Bernard, contrôleur de sécurité à la Cramif.

Pour compléter, la présence d’un extincteur adapté et en bon état, ayant fait l’objet des vérifications réglementaires, voire d’un point d’eau, est également nécessaire. « Plus largement, il est important qu’un maximum de personnes soient formées à l’acte réflexe d’utilisation d’un extincteur pour intervenir efficacement en cas de départ de feu », insiste Benoît Sallé. Une surveillance devrait également être prévue quelques heures après les travaux afin de détecter d’éventuels feux couvants.

Batteries lithium-ion : prévenir l’emballement thermique sur chantier

Un autre point de vigilance concerne les batteries lithium-ion. « Marteaux-piqueurs, perceuses, tronçonneuses… De plus en plus d’entreprises du BTP utilisent des équipements électroportatifs. Le risque d’un emballement thermique des batteries est donc à prendre en compte », estime Manuel Martin. Il faut notamment veiller à respecter des bonnes pratiques de charge et d’entreposage : utiliser un local dédié, résistant au feu, proscrire le chargement en dehors des horaires de présence des opérateurs… « Des dispositifs sécurisés commencent à apparaître sur le marché, comme des armoires dotées d’un système permettant de couper l’alimentation en cas de surchauffe, et d’un détecteur de fumée relié au PC sécurité », complète Benoît Sallé.

Outre l’évaluation du risque, prenant en compte l’évolution du chantier dans le temps, il convient, enfin, que tous les acteurs de la construction – maître d’ouvrage, maître d’œuvre, salariés d’entreprises intervenantes… – soient sensibilisés, informés et formés sur le risque incendie.

Partager L'article
Lien copié
En savoir plus

À découvrir aussi