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Eugénie Steck : « Un des enjeux est de renforcer la prévention primaire »

Eugénie Steck est coordinatrice du département des préventeurs techniques et spécialisés chez Prevlink, un service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI) francilien. Elle revient sur la place qu’occupe ce service auprès des entreprises ainsi que sur les défis qui se présentent.

5 minutes de lecture
Céline Ravallec, Corinne Soulay - 26/06/2026
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© Philippe Castano pour l’INRS/2026

Travail & Sécurité. Pouvez-vous nous décrire votre rôle au sein de Prevlink ?

Eugénie Steck. Le département prévention du SPSTI est constitué de 131 collaborateurs : 50 conseillers en prévention des risques professionnels (CPRP), 37 techniciens hygiène, sécurité, environnement (HSE), 14 ergonomes, 1 métrologue, 4 toxicologues, 17 assistants d'équipe pluridisciplinaire, des référents techniques et administratifs. Je supervise les cinq managers de proximité qui se partagent l’accompagnement de ces équipes. Nous menons un travail étroit avec les médecins du travail, les infirmiers en santé au travail (Idest), qui peuvent nous demander des interventions en entreprise, mais aussi avec les services de cohésion et de soutien comme celui chargé des relations adhérents, les RH, etc. Et je suis enfin en relation avec des acteurs externes de la prévention tels que la Cramif, l’Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph), l’Inspection du travail, l’INRS…

Quelles sont les principales actions menées par Prevlink auprès de ses entreprises adhérentes ?

E. S. L’établissement des fiches d'entreprise (FE), un document essentiel dans la démarche de prévention, constitue l’une de nos grandes activités. Ces fiches dressent un état des lieux détaillé des risques professionnels dans l’entreprise, en précisant les postes exposés, les effectifs concernés, et présentent les mesures de prévention mises en œuvre. Nous organisons un temps dans les entreprises pour l’élaborer. C’est une occasion pour qu’elles mettent à jour ou créent, si ce n’est pas fait, leur document unique d’évaluation des risques professionnels. Pour nous, ce moment est aussi une porte d’entrée pour faire connaître plus largement nos actions de prévention.

Quelles sont-elles ?

E. S. Nos ergonomes font beaucoup d’études de poste, à la demande des médecins du travail mais aussi parfois des employeurs ou des élus de CSE, en prévention primaire ou dans le cadre d’aménagements de poste pour le maintien dans l’emploi. Nous pouvons aussi réaliser des actions de métrologie : mesures de bruit, vibrations, qualité de l'air… Il ne s’agit pas d’établir une cartographie complète, mais d’apporter un premier niveau d’information. Si des analyses plus poussées s’avèrent nécessaires, nous orientons alors vers d’autres services compétents, en particulier la Cramif qui dispose d’un laboratoire de mesures dédié. Nos équipes sont aussi un relais pour faire connaître aux entreprises les aides financières proposées par la Caisse régionale pour prévenir les risques professionnels. Nous avons aussi tout un travail à faire pour aider nos adhérents à mieux connaître les différents acteurs de la prévention – Cramif, Inspection du travail, Agefiph… – et leurs rôles spécifiques, car pour certains c’est encore très confus. Malgré les lois et les réformes successives depuis 2002, pour beaucoup, les SPST se résument toujours à la médecine du travail, c’est-à-dire au suivi individuel de la santé des salariés à travers la visite médicale.

PREVLINK, UN ACTEUR MAJEUR DES SERVICES DE PRÉVENTION ET DE SANTÉ AU TRAVAIL INTERENTREPRISES (SPSTI)

Avec 34 000 entreprises adhérentes, soit 662 000 salariés suivis, Prevlink est le 2e SPSTI de l’Hexagone. Il est né de deux fusions successives - du CMIE avec le Sest en 2022 et avec l'Ametif en 2023 - et compte près de 600 collaborateurs. Ses adhérents localisés en Île-de-France comptent des entreprises de tous les secteurs d’activité (industrie, logistique, aéroportuaire, artisanat, tertiaire…), avec une part importante dans le transport et les activités d’entretien.

Vous avez aussi un rôle à jouer dans la prévention des risques professionnels ?

E. S. Oui, c’est d’ailleurs un versant en pleine évolution. Les remontées de terrain ont montré un essoufflement des présentations Power Point. Nous développons désormais des ateliers basés sur l’andragogie, une approche spécifique de l’apprentissage adulte qui privilégie la pratique, la résolution de problèmes liés à la réalité, la variété des dispositifs, l’échange… Nous utilisons des supports ludiques comme Simularoute, un tapis de jeu qui permet d’aborder le risque routier via des défis collectifs, ou encore des lunettes qui simulent la prise d’alcool ou de drogue, que nous utilisons pour différentes situations de travail : chauffeur, tourneur-fraiseur, ouvrier du bâtiment, travailleur sur écran… Nous développons aussi nos propres jeux dont un sur le risque chimique ou un autre à destination des employeurs pour leur apprendre à différencier fiche entreprise, DUERP… et à leur faire comprendre leurs responsabilités. Le renforcement de la prévention primaire est un enjeu pour nous.

Identifiez-vous d’autres enjeux actuels ?

E. S. Le maintien dans l’emploi est un vrai sujet. En tant que SPSTI, nous devons mieux communiquer auprès des entreprises sur l’existence des visites de préreprise. Elles présentent l’opportunité de réfléchir le plus en amont possible afin de trouver la meilleure solution pour des salariés qui sont en arrêt longue durée. L’entreprise ou le salarié peut également demander un rendez-vous de liaison à partir d’un mois d’arrêt. Il s’agit d’un temps d’échange facultatif, non médical, entre l’employeur et le salarié en arrêt de travail, destiné à maintenir le lien et à préparer le retour au travail. Or trop souvent, on se retrouve face à des personnes pour qui le retour à l’emploi s’avère très compliqué, voire compromis. Alors que si nous les avions vues plus tôt, nous aurions peut-être pu envisager une solution. Cela peut, par exemple, se traduire par la mise en place du dispositif de l'essai encadré. Son principe est de permettre au salarié, durant son arrêt, de tester le retour à son poste sur une durée maximum de 14 jours, consécutifs ou non. C’est l’occasion d’envisager des aménagements techniques, organisationnels ou humains. Et, pour le salarié, de reprendre progressivement son activité, sans pression, d’estimer s’il se sent capable ou alors de se rendre compte, dans un cadre bienveillant et sécurisé, que le poste n’est plus adapté et qu’il doit envisager un reclassement. Cela nécessite l'accord du médecin du travail, du médecin traitant, du salarié et de l'entreprise. L’expérience peut être interrompue à tout instant, à la demande d’un des acteurs.

Interview d'Eugénie Steck.

Rencontrez-vous des difficultés au quotidien dans la mise en œuvre de vos missions ?

E. S. La principale est de réussir à trouver le bon interlocuteur en entreprise pour aborder les enjeux de prévention des risques. Quand il s’agit de gros établissements, il existe des personnes compétentes, un référent sécurité, HSE… Mais 93 % de nos adhérents sont des TPE. Il n’est pas rare que l’on nous renvoie vers le comptable. L’idéal est donc de parvenir à toucher les dirigeants, qui connaissent parfaitement l’activité de l’entreprise. Mais ils ont souvent plusieurs casquettes, et peu de temps à consacrer à la prévention, qu’ils estiment ne pas être une priorité. L’enjeu est justement d’arriver à leur faire comprendre l'importance de ce sujet. On leur propose en général une visite globale, sur une demi-journée, avec un bilan de santé, un échange avec la psychologue du travail… C’est ainsi un moment pour parler de prévention, pour voir comment on peut les accompagner.

Quels sont les prochains défis à relever selon vous ?

E. S. Ce que l'on veut, c'est que notre adhérent employant un seul salarié soit servi de la même manière que celui qui en compte 1 200. Nous essayons de nous tenir à une action en milieu de travail (AMT) par an pour chacun. Petit à petit, nous souhaitons déployer davantage d’actions de prévention primaire. Nous avons la chance d’avoir une équipe pluridisciplinaire avec des compétences variées qui permettent d’adapter les solutions. Ces regards croisés et ce travail collaboratif sont d’une grande richesse.

REPÈRES

• De 2001 à 2007. Chimiste dans l’industrie pharmaceutique

• 2006. Diplôme de responsable en production industrielle, spécialité santé-sécurité au travail

• 2007. Préventrice à l’Association médecine du travail de l’Île-de-France (Ametif)

• 2016. Obtention d’un master en ergonomie

• de 2016 à 2022. Ergonome à l’Ametif

• de 2022 À 2024. Responsable du service prévention

• Depuis 2025. Coordinatrice du département des préventeurs techniques et spécialisés chez PrevLink

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