La durée de vie moyenne d’une éolienne est de 20 à 25 ans. Entre son installation et son démantèlement, celle-ci bénéficie d’une maintenance préventive régulière afin d’assurer son fonctionnement optimal en toute sécurité. Un entretien qui mobilise un binôme de techniciens aguerris à ces conditions de travail particulières.
C’est le début de journée pour l’équipe d’EDF power solutions du site de maintenance de Pacé, commune de Rennes Métropole, en Ille-et-Vilaine. Alors que l’air des bureaux se charge d’odeurs de café, Guillaume Lorin, technicien de maintenance éolienne, s’installe devant son ordinateur. Sa mission aujourd’hui ? Réaliser une opération de maintenance préventive sur une éolienne du parc de Mauron à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Pacé. « Nous devons intervenir pour le graissage des roulements du rotor central et de la génératrice. Pour cela, je fais une demande de sortie de stock d’un pot de graisse de cinq kilos au niveau de l’entrepôt attenant à nos locaux. Tout est informatisé et relié à l’ordre de mission. Cela permet d’avoir un historique global de tous les consommables utilisés sur chaque éolienne. » Avant de se rendre en zone de stockage récupérer la graisse, le technicien jette un œil sur l’écran mural au centre de la pièce : celui-ci indique en temps réel l’état de la production des différents parcs éoliens dans la zone gérée par le site de Pacé. « Rien à signaler, tout va bien. En cas de dysfonctionnement, nous aurions été alertés par le centre de supervision à Colombiers, dans l’Hérault, qui surveille l’intégralité de notre parc éolien national 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »
Après retrait de la commande auprès du logisticien, Guillaume Lorin retrouve son binôme, Éric Castel. En effet, lors d’une intervention au sein d’une éolienne, les techniciens ont l’obligation d’être systématiquement deux afin d’éviter toute situation de travail isolé. Guillaume, comme Éric, ont tous deux suivi une formation spécifique sur les risques du travail en hauteur et l’évacuation d’urgence. « Le binôme, c’est avant tout quelqu’un sur qui tu peux compter en cas de soucis là-haut, confie Guillaume Lorin. Même si bien sûr il y a une question de compatibilité entre les personnes, il y a aussi généralement un intérêt à être en binôme avec quelqu’un qui complète ses propres compétences. Par exemple, si je suis plus à l’aise sur la mécanique, Éric pourra lui être ressource sur les questions d’électricité. » Ensemble, ils font le tour de leur camion et vérifient que celui-ci possède bien le matériel nécessaire à l’intervention, les outils mais aussi l’équipement de sécurisation au sein de l’éolienne : harnais, casques, longe double crochet, longe de travail, antichutes coulissants…
Arrivés sur site, au parc éolien de Mauron, constitué de cinq éoliennes pour une puissance installée de 10 mégawatts - la production annuelle du parc est en moyenne de 14 gigawatts/heure, ce qui permet d’alimenter environ 7 000 habitants en électricité - les deux techniciens enfilent leur harnais et Guillaume Lorin se saisit de son téléphone. « Sur une application dédiée, je signale le début de l’intervention au centre de supervision. Tout est lié à l’ordre de mission et résumé : combien nous sommes, dans quelle éolienne nous intervenons, quelles sont les opérations prévues. » Une fois la porte de l’éolienne ouverte, celle-ci est mise en arrêt et le câble de liaison avec le centre de supervision est débranché : « C’est une double sécurité, même si le système informatique, via l’application, fait remonter l’information que nous sommes en intervention. De cette façon, toute remise en marche de l’éolienne à distance est strictement impossible. »
Pour accéder à la nacelle de l’éolienne, un élévateur de personnes facilite l’ascension à 70 mètres de hauteur environ, tandis qu’une échelle de service est également disponible en cas de coupure de courant ou de panne de l'appareil. « Monter tout en haut à l’échelle est assez fastidieux, explique Éric Castel. Cela peut vite demander dix à quinze minutes d’ascension assez physique. En revanche, le risque de chute est évité. L’élément clé de notre sécurité ici c’est l’antichute coulissant fixé à la ligne de vie, en plus des longes à double crochet. » Pour autant, utiliser l'élévateur de personnes ne dispense pas tout à fait d’utiliser l’échelle puisqu’il faut l’emprunter pour gravir les derniers mètres permettant d’accéder à la nacelle. « Lorsqu’on se déplace, le bon réflexe, c’est de toujours avoir un des deux crochets sur un point fixe. »
Une fois hissés dans la nacelle, les techniciens font un état des lieux des éléments qui composent le cœur vibrant de l’éolienne. « Nous faisons un contrôle visuel général, mais nous savons déjà qu’ici normalement tout est ok, indique Guillaume Lorin. En effet, le comportement de l’éolienne en production est stable. Ensuite, le comportement des machines – comme le balourd du rotor ou les roulements – est suivi en permanence par des capteurs de vibrations qui remontent très rapidement au centre de contrôle des dysfonctionnements potentiels. » Le technicien profite du beau temps et d’un vent calme pour sortir sur le toit de la nacelle, toujours relié par sa longe double crochet à une ligne fixe faisant le tour du toit de la nacelle, afin de contrôler la station météo. Vue imprenable garantie sur la campagne alentour !
De retour dans la nacelle après la pause déjeuner, Guillaume Lorin et Éric Castel débutent les opérations de graissage. « Nous donnons une consigne à l’éolienne sur un rythme lent de 500 tours par minute - la vitesse de rotation du rotor est de 12 à 15 tours par minute. Un système mécanique, le multiplicateur, permet d’entraîner la génératrice à 1 500 tours minute, vitesse nécessaire pour la production d’électricité - au niveau de la génératrice, afin de faire circuler la graisse et évacuer l’ancienne avant d’injecter la nouvelle à l’aide d’une pompe automatique. » Ici, l’opération de nettoyage de l’ancienne graisse permet de constater une usure du joint de roulement arrière. Si son remplacement ne constitue pas une urgence, les techniciens l’intègrent d’ores et déjà dans l’ordre de mission de leur prochaine intervention. « Nous intervenons en maintenance deux fois par an sur chaque éolienne : une fois pour une maintenance semi-annuelle de graissage et de changement de petits périphériques, comme nous le faisons actuellement, une autre annuelle plus complète où nous réalisons un certain nombre de tests et de contrôles approfondis de l’ensemble des systèmes. »
Alors que l’opération de graissage touche à sa fin, Guillaume Lorin effectue un prélèvement de l’huile de boîte de vitesse pour analyse. L’échantillon sera envoyé à un laboratoire extérieur afin d’en évaluer la qualité. « Si le laboratoire nous remonte, par exemple, une concentration anormale de fer dans l’huile, cela veut dire que quelque chose ne va pas et qu’il y a un début de dégradation du matériel. Normalement, dans ce cas, les capteurs qui analysent les vibrations devraient avoir signalé un problème potentiel. Dans certains cas, la dégradation de l’huile peut être un signe avant-coureur d’un dysfonctionnement futur. Nous réalisons alors une vidéo-endoscopie afin d’identifier la source du problème. » Les différentes opérations de maintenance accomplies, il ne reste plus au binôme qu’à nettoyer la zone de travail avant de retrouver le plancher des vaches et rentrer à Pacé afin de clore l’ordre de mission de la journée.