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Les équipements de protection individuelle

Choisir et utiliser les EPI sans oublier la prévention collective

Casques, gants, chaussures, lunettes, harnais ou protections auditives... Derniers remparts face au risque, les équipements de protection individuelle constituent l'ultime recours après la mise en œuvre de mesures organisationnelles et d'équipements de prévention collective. Pour être efficaces, les EPI doivent être choisis après l’évaluation des risques, adaptés aux situations de travail et acceptés par les salariés, formés à leur utilisation.

7 minutes de lecture
Céline Ravallec - 02/10/2026
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Illustration d'équipements de protection individuelle.

Casques, chaussures ou bottes, bouchons d’oreilles, lunettes ou visières, gants, harnais… ces équipements de protection individuelle (EPI) font partie des éléments les plus visibles au quotidien dans le monde du travail en matière de santé et de sécurité des personnes. Leur omniprésence contraste pourtant avec leur place dans la gestion des risques professionnels. En effet, la protection individuelle ne doit pas être la première, ni la seule option pour assurer la santé et la sécurité au travail. Le recours aux EPI s’inscrit dans une démarche de prévention structurée au sein de laquelle ils constituent le dernier rempart.

Ainsi, les employeurs doivent cibler en premier lieu la suppression des risques : par exemple, éviter le risque de chute de hauteur en réalisant le contrôle d’une toiture à l’aide d’un drone piloté depuis le sol. Si la suppression complète n’est pas possible, la démarche de prévention consiste alors à évaluer les risques qui subsistent et à mettre en place des actions adaptées, en intégrant la prévention le plus en amont possible.

Il est ainsi possible d’agir sur différents leviers, par exemple en conception (intégrer un système de captage des poussières dans les machines, prévoir dès la conception d’un bâtiment l'installation de garde-corps en toiture en vue des interventions ultérieures sur ouvrage…), dans le choix de méthodes de travail (utiliser des équipements de levage pour réduire le port manuel de charge…), en optant pour des mesures organisationnelles (avancer les heures de travail d’un chantier de BTP hors des périodes les plus chaudes de la journée en cas de canicule)…

De la même façon, pour réduire le risque lié au bruit, il sera toujours recommandé d’encoffrer une machine plutôt qu’équiper individuellement les salariés de casques anti-bruit, ou, pour du travail en hauteur, mettre en place un échafaudage ou une nacelle plutôt que fournir des harnais. Ce n'est que lorsque les mesures de protection collective ne peuvent être mises en œuvre ou s’il existe encore, malgré ces protections, des risques résiduels que les EPI sont à envisager. C’est là que le recours à ces équipements prend tout son sens et toute son importance.

LE RÔLE DE L'EMPLOYEUR

En cas de besoin, c’est à l’employeur de fournir à ses salariés, et à titre gratuit, les EPI. Il élabore également les consignes d’utilisation (instructions de stockage, délai de péremption…) aux postes de travail et organise les formations nécessaires lors du déploiement de ces équipements. Il lui appartient aussi de veiller au port effectif des EPI, d’assurer les conditions de stockage, leur hygiène et leur maintien en bon état selon la notice d’instructions du fabricant. En cas de non-respect des instructions relatives aux EPI, l’employeur peut être amené à prendre des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu’au licenciement. D’une manière générale, l’employeur doit mettre à la disposition des travailleurs les moyens permettant d’assurer le nettoyage, ou le prendre en charge, comme les dispositifs de lavage et de séchage des bottes. Cependant, si la nature de l’EPI et/ou les circonstances nécessitent l’utilisation successivement d’un même EPI par plusieurs personnes, comme des casques de chantier fournis à des visiteurs, l'employeur doit mettre en place les mesures appropriées pour qu’une telle utilisation ne pose pas de problème de santé ou d’hygiène. Dans l’exemple des casquesde protection sur un chantier, il conviendra de les nettoyer entre chaque utilisation ou de fournir une charlotte d’hygiène jetable.

Choisir un EPI adapté au risque et à la situation de travail

« L’EPI est le dernier recours, le dernier rempart avant l’accident, il n’y a donc pas droit à l’erreur dans son choix », considère Mohamed Trabelsi, l'expert EPI à l’OPPBTP. Il faut partir de l’analyse du besoin et non du produit. « Pour définir précisément ce besoin, il faut identifier le risque résiduel, et prendre en compte plusieurs paramètres, insiste Valérie Genevès, experte d’assistance-conseil à l’INRS : les caractéristiques du poste et de l’environnement de travail, la durée d’exposition, les spécificités de l’utilisateur (morphologie, genre…)… » Un casque devra-t-il protéger d’une chute d’objet, du heurt avec une charge en mouvement… ? Les protecteurs auditifs devront-ils atténuer toutes les fréquences de manière semblable, être portés toute la journée ou pour des opérations ponctuelles ? Les réponses aiguilleront vers l’équipement le plus approprié aux risques identifiés. Il faut aussi s’assurer que ces équipements seront compatibles avec le travail à effectuer sans générer de nouveaux risques.

Illustration d'EPI.

« Le choix d’un EPI résulte toujours du meilleur compromis possible entre le plus haut niveau de sécurité et la nécessité d’exécuter une tâche dans des conditions de confort optimal, poursuit l’experte. C’est pourquoi la personne qui le portera doit être au cœur des choix, associée aux réflexions, aux tests et formée à la bonne utilisation et au maintien en bon état de son matériel. » Une fois les bons équipements choisis et attribués aux salariés, l’étape de l’acceptation et de leur utilisation effective se révèle déterminante. En effet, un EPI, aussi performant soit-il, ne protège que s’il est porté correctement et de manière régulière. Or, les raisons des rejets ou les réticences peuvent être multiples : contrainte d’utilisation, rejet du design, perception faussée de sa propre vulnérabilité face au risque, environnement social…

Favoriser l’acceptation des EPI par les salariés

Pour favoriser l’adhésion, l’employeur doit accompagner la mise en place et le déploiement des EPI. Cela passe en priorité par une information claire sur les risques auxquels les salariés sont exposés, leurs conséquences possibles sur la santé et le rôle précis de l’équipement dans leur protection. « Si les salariés n’ont pas conscience du risque, il peut être compliqué de leur faire porter un EPI, qu’ils considèrent alors uniquement comme une contrainte, souligne Myriam Bouslama, experte d’assistance-conseil en risque biologique à l’INRS. C’est notamment le cas pour le risque biologique, auquel on ne pense pas dans de nombreux secteurs. »

ZOOM SUR LES NEUF PRINCIPES GÉNÉRAUX DE PRÉVENTION

Définis dans le Code du travail, les neuf principes généraux de prévention guident l'employeur pour assurer la santé et la sécurité des travailleurs :
 

  • éviter les risques : supprimer le danger ou l'exposition à celui-ci ;
  • évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités : analyser leur nature et leur importance ;
  • combattre les risques à la source : intégrer la prévention le plus en amont possible ;
  • adapter le travail à l'homme : choisir les équipements et méthodes de travail pour limiter la fatigue et la cadence ;
  • tenir compte de l'état d'évolution de la technique : faire évoluer les moyens de prévention avec le progrès technique ;
  • remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l'est pas ou l'est moins : utiliser des produits ou procédés moins risqués ;
  • planifier la prévention : intégrer technique, organisation et conditions de travail dans un ensemble cohérent ;
  • donner la priorité à la protection collective : utiliser des mesures de protection communes avant les protections individuelles ;
  • donner les instructions appropriées aux travailleurs : informer et former les salariés sur les consignes de sécurité.

L’ergonomie et la facilité d’utilisation constituent un autre critère d’acceptation. Sur ce sujet, le marché des EPI, en croissance régulière, a fait d’importants progrès pour élargir et adapter l’offre au plus grand nombre ces dernières décennies. « Les salariés avancent fréquemment des arguments pour justifier de ne pas porter un EPI. Nous travaillons pour contrer ces arguments, en rendant les EPI plus confortables, plus esthétiques et pour convaincre de leur utilité », décrit Sébastien Fangeat, président d’Univet France, société spécialisée dans la fabrication de lunettes de protection. Verres avec revêtement anti-buée, compatibilité avec masques FFP pour maintenir une étanchéité parfaite, surlunettes extralarges sont autant d’exemples de modèles mis sur le marché ces dernières années.

Illustration d'EPI.

Sont aussi à prendre en compte les situations de travail nécessitant le port simultané de plusieurs EPI. « Il est impératif que l’un ne vienne pas annihiler l’efficacité de l’autre, estime Xavier Sachs, responsable Grands Comptes chez JSP, fabricant spécialisé dans les EPI de la tête (casque, lunettes, APR). D’où notre préoccupation en tant que fabricant de concevoir des produits qui soient de plus en plus compatibles entre eux. Car un des facteurs clés d’acceptation pour porter plusieurs EPI est l’interopérabilité entre chacun. » Pour favoriser le déploiement des EPI, l’employeur peut s’appuyer sur les instances représentatives du personnel lorsqu’elles existent, le service de prévention et de santé au travail ainsi que les Carsat/Cramif/CGSS, le cas échéant. Ces acteurs peuvent faire avancer la culture de prévention au sein d’une entreprise et aider à la diffusion des bonnes pratiques.

Former les salariés au port, au retrait et à l’entretien des EPI

Celles-ci ne se cantonnent d’ailleurs pas au seul port de l’EPI : elles concernent aussi les procédures de retrait de l’équipement ou son entretien, comme c’est le cas pour les appareils de protection respiratoire. En fin d’intervention, « le retrait des EPI constitue une phase critique à risque de contamination si celui-ci n’est pas réalisé dans un ordre déterminé. Il est donc nécessaire de former les salariés aux procédures de retrait des EPI pour éviter les risques d’exposition à des produits chimiques ou agents biologiques présents sur les EPI, met en garde Myriam Bouslama. Afin de garantir leur efficacité pour l’usage suivant, les EPI réutilisables doivent être nettoyés ou désinfectés selon les recommandations du fabricant, certains produits pouvant détériorer les matériaux constituants l’EPI. Et les EPI à usage unique ne doivent pas être réutilisés. »

Illustration d'EPI.

Autant de points de vigilance qui justifient la nécessité de prévoir des formations pour aborder ces différents sujets. Des sessions doivent être mises en place et renouvelées aussi souvent que nécessaire, notamment pour les équipements complexes tels que les appareils de protection respiratoire ou les systèmes d’arrêt de chute. Cependant, même pour des EPI à usage unique, une formation s’avère nécessaire pour apprendre à bien les porter. « Les bouchons en mousse à usage unique doivent être soigneusement mis en forme pour pouvoir s’insérer profondément dans le conduit auditif, souligne Jean-Pierre Arz, expert d’assistance-conseil en acoustique à l’INRS. Cela nécessite d’avoir été formé à les mettre en forme et de bien les insérer car ils seront très efficaces s’ils sont bien portés, mais inefficaces sinon. Et du fait de la perception individuelle, la personne ne s’en rendra pas forcément compte. »

LE CAS PARTICULIER DES INTÉRIMAIRES

Dans le cas des missions d’intérim, quelle que soit leur durée, le Code du travail établit que les équipements de protection individuelle sont fournis par l’entreprise utilisatrice (article L.1251-23). Selon un accord de branche interprofessionnel signé en 1990, les chaussures de sécurité et les casques peuvent être fournis par les agences d’emploi. Tous les autres EPI sont fournis par l’entreprise qui accueille. « Une entreprise utilisatrice est responsable de la bonne exécution de la mission d’intérim, il relève donc de sa responsabilité que les intérimaires soient équipés des EPI adaptés, en bon état, qu’ils soient correctement portés et adaptés à l’environnement de travail », commente Marie Boisserolles, juriste à l’INRS. Si ce n’est pas le cas, l’entreprise utilisatrice peut alerter l’agence d’emploi, voire décider d’une interruption du travail et rompre le contrat.

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