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Les équipements de protection individuelle

Gestion des EPI en entreprise, les pratiques qui favorisent leur adoption

De la PME agroalimentaire à la TPE du bâtiment, la gestion des EPI repose sur l’analyse des risques, les essais avec les salariés, le suivi des équipements et la pédagogie. Témoignages sur les pratiques mises en place pour choisir, renouveler et faire accepter les protections individuelles.

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Céline Ravallec - 02/10/2026
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Illustration d'EPI.

Marion Thouy, ergonome, chargée de mission RSE au sein de la Maison Gabriel Coulet, fromagerie de 120 personnes dans l'Aveyron.

Travail & Sécurité. Quelle est l’activité de la Maison Gabriel Coulet ?

Marion Thouy. Nous sommes une PME familiale qui fabrique du Roquefort AOP et des fromages 100 % au lait cru de brebis. De la laiterie à la commercialisation, en passant par la cave, le haloir d’affinage, le conditionnement et les expéditions, nous assurons toutes les étapes de fabrication. Nous existons depuis plus de 150 ans et comptons 120 salariés sur plusieurs sites en Aveyron, ainsi qu’un volant de travailleurs intérimaires.

Quels sont les principaux risques professionnels présents dans votre activité ?

M. T. De par la diversité des tâches, les risques sont multiples. Les principaux rencontrés sont les troubles musculosquelettiques, ceux liés aux manutentions manuelles, le bruit, ou encore le risque chimique dans les process de nettoyage.

« Cela demande un travail important pour ancrer durablement la culture de prévention et les automatismes. »

Quelle est votre approche en matière de prévention des risques ?

M. T. À partir de l’analyse de chaque étape du process, nous évaluons les actions qui peuvent être mises en place : suppression du risque, réflexions sur l’organisation, mise en place de protections collectives. La plupart de nos machines sont vieillissantes. Au fil du renouvellement du matériel, nous parvenons à intégrer de plus en plus de protections collectives (capotage). Néanmoins, les EPI restent encore très présents : chaussures de sécurité, gants, protecteurs auditifs, lunettes de protection.

LE TÉMOIGNAGE DE...

Cécilia Chemin, directrice protection, hygiène, sécurité chez Rubix France

« Nous sommes distributeurs d'EPI et, parmi nos clients, les grands comptes ont majoritairement des services QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement) bien structurés. Ils nous demandent principalement un accompagnement logistique ou une solution digitale pour mettre à disposition et suivre leurs stocks d’EPI, et pour faciliter le déploiement lorsqu’ils ont plusieurs sites. Ils attendent deux choses de nous : qu’on leur apporte différentes solutions vis-à-vis d’un risque identifié et qu’on les aide à faciliter l’adoption des équipements auprès des utilisateurs finaux. À l’inverse, les artisans vont souvent directement au comptoir, dans les magasins spécialisés. Et les comptes régionaux, de taille intermédiaire, ont globalement la même approche que les grands comptes, mais sont en attente d’un conseil plus large : informations sur les changements réglementaires, accompagnement/information sur les risques, proposition de solutions vis-à-vis des types de risques rencontrés, etc. Nous avons auprès d’eux un rôle de conseiller. »

Comment les choisissez-vous ?

M. T. Nous travaillons avec des machines conçues pour répondre aux normes d'hygiène agroalimentaires mais qui peuvent parfois être bruyantes, avec comme seule protection le protecteur auditif individuel. Tous les collaborateurs sont équipés de bouchons d’oreilles moulés, avec des résines spéciales adaptées aux normes d’hygiène. Du fait d’inconforts – gêne dans la conduite de machine ou dans la perception de l’environnement proche – et d’usures prématurées signalés par les collaborateurs, nous avons changé de fournisseur l’an dernier. Les nouveaux modèles apportent plus de satisfaction. Concernant le risque chimique, nous avons une équipe de cinq personnes dédiées et formées au nettoyage industriel, qui interviennent sur nos sites de Roquefort et de Lauras. Nous les avons récemment équipées de lunettes de sécurité sur mesure et correctives, car auparavant, certains portaient leurs propres lunettes de vue sans utiliser de sur-lunettes, à l’origine de trop d’inconforts. Les retours aujourd’hui sont très positifs. Dans notre région qui s’avère être un désert médical, la plus grosse contrainte a été d’obtenir un rendez-vous médical pour renouveler les ordonnances de verres correcteurs. Sur un autre site, notre formagerie de Sébazac, tout le personnel de production est susceptible de faire le nettoyage des installations entre deux séries de fabrication. Il est plus difficile, dans ce cas, de faire accepter à tous les collaborateurs le port des EPI indispensables, car les personnes dont le nettoyage n’est pas le coeur de métier ont le sentiment de perdre du temps à s’équiper, et n’ont pas toujours conscience du risque. Un travail de sensibilisation reste nécessaire. Nous n’avons jamais eu d’accident grave, cela peut donner l’impression à certains que c’est un sujet très lointain, que cela n’arrive qu’aux autres.

L’accompagnement et la pédagogie restent donc indispensables ?

M. T. Cela demande un important travail pour ancrer durablement la culture de prévention et les automatismes, même si porter ses EPI devient plus un réflexe aujourd’hui. C’est du temps à consacrer, cela demande de nombreux rappels, en particulier de la part des managers de proximité. Il faut l’accepter, car au final les mentalités évoluent. Le soutien de la direction et du CSE sur ces sujets aide aussi à avancer. Je trouve que le personnel intérimaire est aussi désormais plus sensibilisé au port des EPI. Nous travaillons en amont avec les agences de travail temporaire. Depuis deux ans, nous organisons des visites de nos sites avec des pools de salariés intérimaires qui voient ainsi concrètement l’activité et les règles à appliquer s’ils souhaitent intégrer notre activité.

LA QUESTION DE L’ALLERGIE À UN EPI

Le port de certains EPI peut déclencher des allergies. « Il s’agit de dermatites de contact d’irritation ou allergiques et, plus rarement, d’urticaires de contact », décrit Nadia Nikolova-Pavageau, experte d’assistance médicale à l’INRS. Les EPI à l’origine de ces désagréments potentiellement très handicapants sont essentiellement les gants, chaussures et bottes de sécurité. En cas de dermatite de contact allergique, il est indispensable de supprimer le contact avec l’agent sensibilisant. « Ce dernier peut provenir de la composition de l’EPI (additifs du caoutchouc, biocides, colorants…), qui n’est pas précisée dans la fiche technique, complète-t-elle. Par ailleurs, le port prolongé de gants est un facteur irritant. La sudation et la macération du fait de l’occlusion sous les gants favorisent la pénétration des irritants et des allergènes. » Comme l’observe Valérie Genevès, experte d’assistance-conseil à l’INRS, « le cas échéant, l'employeur peut demander à son fournisseur d'autres protections équivalentes ou se tourner vers d'autres fournisseurs ».

Le témoignage de...

Magalie Lesclaux, co-gérante de Charpentes Lesclaux, TPE de cinq salariés à Castets (40)

« Dans notre activité de charpente-couverture et zinguerie, nous privilégions les protections collectives : échafaudages périphériques avec garde-corps, filets de protection sous toiture... Mais il reste indispensable d’utiliser de nombreux EPI pour les risques résiduels : casques, gants anti-coupures, chaussures, harnais, bouchons d’oreilles, masque pour la protection respiratoire. J’ai en charge la gestion et le suivi de ces équipements. La définition des attentes part de la réglementation mais aussi du terrain. Nous écoutons les salariés, les associons aux essais, etc. Cela permet de juger de l’éventuelle résistance ou de la bonne acceptation. Et à l’usage, rien n’est gravé dans le marbre : si un EPI ne convient pas, on le remplace par un autre modèle. Pour les gérer au fil du temps, j’utilise un tableau de bord qui recense tous nos EPI et qui est remis à jour chaque année en janvier. Des bureaux d’études indépendants viennent aussi faire les vérifications périodiques annuelles à cette même période. Et à l’automne 2025, j’ai bénéficié d’une formation de deux jours de l’OPPBTP durant laquelle nous avons notamment abordé l’outil "Suivi du matériel", qui facilite grandement ce travail de gestion. Nous échangeons aussi régulièrementsur ce sujet avec des confrères, la Fédération française du bâtiment des Landes, mais aussi notre correspondante de l’OPPBTP, la Carsat, etc. Les sources pour s’informer sont multiples. »

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