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Les équipements de protection individuelle

Normes : quelle place dans le choix des EPI ?

Les normes peuvent aider l’employeur à comparer les EPI et à vérifier leurs performances minimales. Mais elles ne suffisent pas toujours à garantir la protection réelle au poste de travail. Analyse des limites des essais normalisés, de la polyexposition, de la compatibilité entre équipements et de l’intérêt d’un accompagnement par les acteurs de la prévention.

5 minutes de lecture
Céline Ravallec, Corinne Soulay - 02/10/2026
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Illustration sur la thématique des EPI.

Chez Peinture Aéro, PME de 26 salariés, spécialisée dans le traitement de surface et la peinture de pièces aéronautiques, les EPI font partie du quotidien des salariés. « L’activité expose notamment au risque chimique, explique Romain Serra, le directeur de l’entreprise. Pour y remédier, nous avons mis en place différentes solutions comme des systèmes d’aspiration, des cabines de peinture… Mais le port de masque reste indispensable pour traiter le risque résiduel. » Les salariés amenés à manipuler des produits chimiques portent aussi des gants de protection et, dans l’atelier, les chaussures de sécurité sont de mise, contre les glissades, les chocs et les chutes d’objet. Pour s’assurer de fournir à ses salariés des équipements adaptés, Romain Serra s’appuie notamment sur les normes.

Comprendre le rôle des normes et du marquage CE

De quoi s’agit-il ? D’abord, il convient de faire le distinguo avec le marquage CE. Apposé par le fabricant ou le responsable de la mise sur le marché, ce dernier atteste qu’un EPI est conforme au règlement européen 2016/425 relatif aux EPI, notamment aux exigences essentielles de santé et sécurité (EESS) définies en annexe II. Les EPI peuvent être commercialisés uniquement s’ils satisfont aux exigences de ce règlement, et leur efficacité ne peut être garantie que lorsqu’ils sont utilisés conformément à l’usage qui en est défini, et entretenus selon les consignes de la notice d’utilisation.

Contrairement aux textes réglementaires, les normes spécifiques aux EPI ne sont pas d’application obligatoire, mais volontaire. Néanmoins, lorsqu'un fabricant applique une norme harmonisée européenne, cela lui permet de bénéficier d'une présomption de conformité aux exigences essentielles du règlement qu'elle couvre. Les normes précisent notamment des méthodes d’essai, des exigences minimales, des caractéristiques techniques et des critères auxquels un EPI doit répondre pour offrir une protection donnée. Pour les chaussures, par exemple, les différentes exigences de la NF EN ISO 20345 permettent d'identifier plusieurs caractéristiques : résistance au glissement, protection contre la perforation, résistance à l'eau, isolation contre le froid... « Pour cet EPI, c’est relativement simple de s’y retrouver, assure Romain Serra. Nous avons récemment changé toutes les chaussures de sécurité des salariés, car nous souhaitions que les personnels administratifs, susceptibles de se rendre dans l’atelier, en soient aussi dotés. Nous avons opté pour des modèles plus confortables et plus légers, d'un design plus proche des baskets, mais en nous assurant qu’elles présentaient les mêmes spécificités en matière de prévention que nos anciens modèles. »

LE CAS DES PRODUITS PHYTOPHARMACEUTIQUES

La norme NF EN ISO 27065:2017 définit des exigences de performance pour des vêtements de protection destinés à la manipulation de produits phytopharmaceutiques (PPP) sous forme liquide. Cette norme a fait l’objet de réserves de la part de l’INRS. « L’analyse de cette norme révèle que la résistance au passage des produits chimiques de vêtements qui répondraient uniquement à ses exigences est d’un niveau faible, commente Annabelle Guilleux, experte d’assistance-conseil à l’INRS. La classe la plus basse qui est ici définie ne permettrait pas d’atteindre le niveau minimum de protection requis pour un vêtement certifié pour la protection contre les produits chimiques. Nous souhaitons insister sur l’application de la démarche de prévention des risques chimiques aux PPP, qui donne la priorité aux mesures de suppression ou de substitution des produits chimiques dangereux. À défaut, viennent les mesures de réduction du risque en privilégiant les mesures de protection collective. »

« Pour certaines normes, le résultat des essais donne lieu à l’attribution d’un niveau de performance, par exemple pour les gants de protection ou les appareils de protection respiratoire, note Valérie Genevès, experte d’assistance-conseil à l’INRS. Ce niveau de performance sera à prendre en compte lors du choix de l’EPI. » Ces résultats constituent une aide pour l’employeur, lorsqu’il doit comparer des équipements et retenir ceux qui sont le plus adaptés aux risques auxquels les travailleurs sont exposés. Pour autant, « il ne faut pas confondre niveau de performance et niveau de protection au poste de travail. Car les tests, qui sont réalisés en laboratoire dans le cadre des normes, ne prennent pas en compte toutes les conditions de la situation de travail rencontrées sur le terrain », précise l’experte.

Distinguer performance normalisée et protection réelle au poste

C’est pourquoi s’il est important de se référer aux tests des normes en vigueur, il ne faut pas toujours s’en contenter. « Pour les appareils de protection respiratoire par exemple, deux facteurs définissent leur efficacité : le facteur de protection nominal calculé dans les normes de protection respiratoire et le facteur de protection mesuré en situation réelle de travail, qui fournit une vision plus réaliste du niveau de protection offert à tout utilisateur par une famille d’appareils. En complément, des essais d’ajustement doivent également être menés pour sélectionner les modèles permettant d’obtenir la meilleure étanchéité au visage de chaque porteur », précise Myriam Bouslama, experte d’assistance-conseil à l’INRS.

Illustration sur la thématique des EPI.

Autre point que les normes ne prennent pas forcément en compte : la polyexposition. « Les risques sont abordés de manière isolée par chaque norme, note Karen Reminy, responsable d’études à l’INRS, c’est assez cloisonné. Il n’y a que pour les protections de pompiers que l’on voit une approche de type polyexposition. » Or, assez fréquemment, peut se poser la question de la compatibilité entre plusieurs EPI qui doivent être portés simultanément. « Il peut parfois y avoir des incohérences lorsque l’on cherche à associer plusieurs EPI, constate Xavier Sachs, responsable grands comptes chez JSP, spécialisé dans les EPI de la tête (casque, lunette, masque). Par exemple, l’emploi d’un casque ventilé n’est pas possible dans le cadre de travaux électriques. Dans de tels cas, il faut savoir adapter l’EPI ou modifier le process. Néanmoins, les choses progressent. » Les normes, en effet, ne sont pas figées, elles évoluent avec les connaissances, les technologies et les pratiques.

Se faire accompagner pour décrypter les normes des EPI

Pour s’y retrouver dans les domaines d’application des différentes normes, l’employeur peut consulter les différentes brochures de l’INRS ainsi que son site, mais aussi celui de l’Afnor, ou encore solliciter les conseils de différents acteurs de la prévention comme les Carsat/Cramif/CGSS, l’OPPBTP, ainsi que certains syndicats professionnels et fédérations, qui peuvent également aider à décrypter ces textes. C’est ce qu’a fait Romain Serra, pour ses appareils de protection respiratoire. « J’avais du mal à voir si les modèles de demi-masques filtrants que nous avions étaient bien adaptés à notre besoin, raconte-t-il, à savoir quelles normes prendre en compte, laquelle s’appliquait à notre activité… Nous sommes une petite structure et n’avons pas de personne dédiée à ces questions. J’ai donc fait appel à la Cramif pour me conseiller et un agent a pu me guider. Nous travaillons actuellement ensemble pour trouver un modèle de gants qui respecte à la fois les normes et nous permette de manipuler facilement des pièces très fines. »

EPI ET CHALEUR

Outre celles spécifiques aux EPI, certaines normes peuvent avoir une incidence sur le choix des équipements. Le groupe Orano, spécialisé dans l’industrie nucléaire, est concerné par les astreintes thermiques chez certains salariés équipés de combinaisons de protection radiochimiques. Le Dr Xavier Menu, médecin du travail, témoigne de son expérience.

« Pour protéger les opérateurs, les préventeurs s’appuient notamment sur les normes NF EN ISO 7933 (Ergonomie des ambiances thermiques) et 9886 (Ergonomie — Évaluation de l'astreinte thermique par mesures physiologiques), qui recommandent que la température corporelle centrale ne dépasse pas 38 °C sur 8 heures. Or, en ambiance thermique chaude, dans une tenue étanche non ventilée, on peut atteindre 100 % d’humidité en moins de deux minutes. Les contraintes thermiques aboutissent très vite à des dépassements de température corporelle centrale au-delà de 38 °C. S’il est normal de protéger l’individu, on se retrouve face à une injonction paradoxale car, si l’on respecte strictement ces recommandations, dans les faits, il n’est très vite plus possible de travailler. Ce d’autant plus que, s’il s’agissait de s’assurer du respect de cette limite individuellement, la variabilité individuelle que nous observons est très forte. Ces normes ne prennent pas en compte nos modalités très spécifiques de travail. Le respect du 38 °C sur 8 heures est une recommandation ancienne, mais concrètement rien n’indique qu’un opérateur “apte” qui atteint 38,5 °C deux fois dix minutes dans la journée serait plus à risque thermique qu’un opérateur qui présenterait une température interne corporelle centrale à 38 °C en continu sur 8 heures de poste. La protection collective a malheureusement ses limites dans l’industrie, d’où le recours à des protections individuelles. Des essais avec différents types de combinaisons ventilées, plus respirantes, ou des dispositifs de rafraîchissement sous combinaison ont été réalisés par le groupe. Les tenues ventilées, si elles sont un vrai plus sur la contrainte thermique, apportent d’autres contraintes : encombrement, “fil à la patte” du tuyau d’adduction d’air qui peut entraîner un risque de chute, etc. Des gilets rafraîchissants à changement de phase ont aussi pu être testés entre 2024 et 2026 avec des bénéfices plus modérés. Et là aussi, de nouvelles contraintes apparaissent, sur le plan de l’hygiène et encore de l’ergonomie (froid trop saisissant, rigidité et dureté du dispositif en cas d’appui sur les structures, poids supplémentaire). Des recherches sont menées en parallèle pour aller vers des tenues plus respirantes. Il y a une vraie demande dans le monde industriel. »

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