Un aide couvreur-bardeur, portant un harnais non raccordé à un système d’ancrage – faute de point d’ancrage dans la zone de travail – qui fait une chute mortelle après être passé au travers d’une toiture. Un cordiste intervenant pour le nettoyage de vitres sur un immeuble de bureaux qui bascule dans le vide du fait du descendeur monté à l’envers sur la corde de travail. Ces deux récits d’accidents, issus de la base Epicea de l’INRS, illustrent le fait qu’un EPI ne suffit pas à lui seul à assurer une protection efficace. Bien porter et bien utiliser son EPI ne s’improvise pas, en particulier face à un risque mortel. C’est pourquoi les formations, autant pour la mise en œuvre que pour l’utilisation, sont incontournables.
Le Syndicat français pour la formation en hauteur (Syfforha) regroupe des organismes de formation spécialisés dans les travaux en hauteur. « Il a été fondé par des acteurs du métier qui constataient que les formations ne présentaient pas toujours le niveau d’exigence requis et qui souhaitaient améliorer la qualité des formations à la prévention des chutes de hauteur », explique Bruno Lambert, administrateur du Syfforha. Ses membres ont défini un référentiel qui encadre les formations aux travaux en hauteur et rédigé une charte de qualité qui précise les exigences minimales en matière d’offre de formation.
Former les salariés à partir des situations réelles de travail
« Un des messages essentiels de ces formations est : avant d’acheter du matériel, faites-vous accompagner sur vos conditions d’intervention, résume-t-il. Souvent les formations nécessitent une étude préalable des modes opératoires, avec une réelle évaluation des risques : analyse de l’intervention, nature des tâches à réaliser, prise en compte de l’environnement de travail, matériel etc. » Elles intègrent alors notamment l’aménagement des lieux et l’emplacement des points d’ancrage. « Le choix des EPI ne peut se faire qu’en cohérence avec les points d’ancrage », poursuit Jean-Philippe Gonot, président de l’Organisation professionnelle des fabricants de systèmes antichute (OPFSA).
« Certaines formations reposent sur de nouveaux outils comme le e-learning ou la réalité augmentée, constate encore Bruno Lambert. Ces offres qui arrivent sur le marché, simples, pas chères, sont séduisantes mais s’avèrent insuffisantes. Dans nos métiers, la perception de la hauteur ou la façon de l’apprivoiser peut nécessiter de se confronter concrètement au vide. Cela ne peut se faire en virtuel. »
Le harnais présente aussi une particularité : s’il retient en cas de chute, la personne qui reste suspendue dans le vide n’est pas pour autant sauvée. Elle est en effet soumise au syndrome de suspension, aux causes multiples, qui va provoquer un problème de circulation sanguine. Quelques minutes peuvent suffire à observer les premiers effets. « Il y a encore dix ans, cette préoccupation était à la marge, poursuit-il. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui, des formations pour secourir ses collègues sont de plus en plus déployées. »
Vérifier l’ajustement des appareils de protection respiratoire
Autres risques, autres EPI mais même impératif d’être bien formé à un usage maîtrisé : les appareils de protection respiratoire (APR). Utilisés pour se protéger d’un risque chimique ou biologique, les demi-masques ou masques complets ne doivent présenter aucun défaut d’étanchéité. Un même modèle ne convient pas à toutes les morphologies de visage. C’est pourquoi, après avoir défini le type d’appareil, son contexte d’utilisation et choisi le modèle ainsi que la taille, il faut vérifier que le masque retenu épouse parfaitement la forme du visage de l’utilisateur et assure une bonne étanchéité vis-à-vis de l’air extérieur. Pour ce faire, un essai d’ajustement doit être réalisé par une personne compétente en protection respiratoire, appelé l’opérateur d’essai d’ajustement.
Au-delà du choix d’un appareil performant, c’est la compétence de la personne qui le fait essayer, forme les utilisateurs et valide l’étanchéité qui conditionne l’efficacité réelle de la protection respiratoire sur le terrain. « Dans le déploiement des APR, l’essai d’ajustement a longtemps été le parent pauvre, réalisé par des opérateurs insuffisamment formés. Or pour le réaliser correctement, il est nécessaire de connaître les différents modèles de masques, la méthode de sélection d’un APR au regard d’une situation de travail donnée, savoir identifier si un APR est mal entretenu ou présente des défauts », poursuit-il.
En effet, « pour qu'un masque de protection respiratoire protège correctement, il doit être adapté à la morphologie du visage du travailleur, précise Aurore Aglioni, experte d’assistance-conseil à l’INRS. Un modèle non adapté peut induire une mauvaise étanchéité et créer des fuites entre le masque et le visage. » L’air contaminé peut alors pénétrer à l’intérieur du masque et être inhalé. L’essai d’ajustement est une étape importante qui permet de sélectionner, pour chaque travailleur, le bon modèle et la taille d’un demi-masque ou d’un masque complet. « L’INRS préconise de réaliser cet essai lors du choix initial du demi-masque ou du masque complet, continue l’experte, puis périodiquement (annuellement par exemple) ou en cas de modification morphologique du visage. » L’essai peut se faire dans les locaux de l’entreprise et il dure environ 30 minutes. L’INRS propose une brochure et une vidéo (voir ci-dessous) pour aider à sa réalisation.
SE FORMER SUR SON SITE, C’EST PRATIQUE
La PME Benoît Coujour est une entreprise familiale, spécialisée dans la maçonnerie et la couverture. Basée à Langres, en Haute-Marne, elle comprend deux équipes de trois personnes chacune qui interviennent sur les chantiers. Aurélie Coujour, co-gérante, a lâché son emploi d’enseignante il y a quatre ans pour rejoindre la société et s’atteler immédiatement à l’évaluation des risques : « Les risques de nos métiers sont bien identifiés : chute de hauteur, TMS, risques de coupures… Cela fait partie de notre activité d’intervenir sur les toits, de démolir des murs : on ne peut pas supprimer certains risques. Notre première réponse est la protection collective, avec des échafaudages très performants, des engins de manutention pour apporter les palettes de tuiles et d’agglos au plus près de nos salariés. Pour faire face aux risques résiduels, nos salariés sont équipés de casques, chaussures de sécurité, gants et vêtements de travail notamment, et, dans certains cas, de harnais. L’acceptation des EPI peut être délicate, car ils sont souvent perçus d’abord comme des contraintes. C’est pour cette raison que nous cherchons des EPI efficaces, pratiques et confortables. Nous avons ainsi choisi des casques qui constituent à eux seuls trois EPI puisqu’ils sont dotés d’une visière (un compagnon n’a pas à descendre du toit pour chercher des sur-lunettes s’il a un découpage à réaliser) et de protections auditives. Les formations aussi sont importantes. Pour ce qui est de la formation à l’utilisation du harnais, nous avons pu faire venir le formateur sur notre site, ce qui est pratique et lui permet de bien répondre à notre besoin. Je procède également régulièrement à des quarts d’heure de sécurité pour faire des piqûres de rappel sur l’importance de porter les EPI et les bonnes pratiques. Le port des EPI est obligatoire, cela me rassure, rassure nos salariés et parfois nos clients, et je m’aperçois que cela peut être un argument auprès des parents pour recruter un apprenti. »