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Construction

L'innovation au service des réalités du chantier

Pour la construction d’une résidence étudiante à Angers, l'entreprise ERB a fait le choix de poser des murs en briques préfabriqués. Un procédé qui limite les manutentions, réduit l'exposition aux chutes de hauteur et permet un meilleur respect des délais. Mais derrière l’innovation technique se cache une réflexion plus large, pour intégrer les besoins en amont, optimiser les choix et améliorer l’organisation et la sécurité du chantier.

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Grégory Brasseur - 06/10/2026
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Le choix de faire appel à des murs préfabriqués répond à des considérations techniques et organisationelles,  ainsi qu'à des questions de conditions de travail.

Le crochet de la grue s'immobilise quelques instants au-dessus d'un mur en briques préfabriqué. Lentement, la pièce quitte le sol et s'élève au-dessus de la future résidence étudiante que construit ERB pour Angers Loire Habitat, à proximité de l'école d'ingénieurs Eseo, au sein de la capitale historique de l’Anjou. Entreprise générale sur le chantier, la société, établie à Chalonnes-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire, est également intervenue en conception-réalisation. Au niveau du plancher, les compagnons dirigent la manœuvre, jusqu’à ce que le mur trouve sa place.

Quelques minutes plus tôt, ils ont préparé la zone et installé les protections collectives, mâts et grilles pour sécuriser la partie supérieure. Des cales en plastique, destinées à être noyées dans le mortier, ont été positionnées pour que l'élément préfabriqué se stabilise immédiatement à la bonne hauteur. Puis, à peine le mur posé, le contreventement par tirants-poussants est mis en place pour assurer sa stabilité. « Dans la matinée, on pose les murs et la sécurité en partie supérieure. Puis on libère l'espace et l'entreprise en charge de la pose du plancher du dessus interviendra dès demain », commente Stéphane Lafournald, intérimaire chez ERB.

Ces murs sont conçus hors site, dans une usine de Saint-Etienne, et livrés prêts à être montés. « On supprime les manutentions et on maîtrise mieux le risque de chute de hauteur. Il faut juste prévoir une zone de stockage à proximité », précise Jean-Baptiste Bouchez, responsable projet chez ERB. Habituellement, la réalisation d'un mur maçonné suppose d'acheminer plusieurs palettes de matériaux, donc davantage d’espace occupé, de déplacements, de port de charges… Le fabricant de murs a également développé des dispositifs pour en faciliter la pose.

Une solution technique adaptée au contexte

« Un système d’élingage intégré permet de ne plus travailler en hauteur pour accrocher ou décrocher les élingues. Une fois le mur en place, on retire une goupille en partie basse pour libérer les élingues qui sont remontées par la grue. Elles sont récupérées et ne constituent plus un déchet de chantier », indique Matthieu Noël, le chef de chantier. Autre particularité : les zones du mur destinées à recevoir les tirants-poussants sont renforcées par une brique pleine. Cette disposition garantit sa stabilité durant la phase provisoire et élimine une grande partie des risques d’écrasement.

605 m² de murs préfabriqués, soit 235 murs de 1,8 m2 à 10,5 m2 sont installés. Le bâtiment, sur 6 niveaux, comprendra également 678 m2 de façades ossature bois. Il sera constitué de 120 studios de 18 m2 environ.

À première vue, le recours aux murs préfabriqués présente un surcoût par rapport au travail en maçonnerie traditionnelle. Mais pour ERB, l'équation ne se résume pas au seul prix d'achat des éléments. « Le temps de pose est considérablement réduit et une production en propre est toujours mieux maîtrisée qu’avec des solutions de sous-traitance. On limite les coûts indirects liés à la durée du chantier : location de matériel, eau, électricité… », explique Jean-Baptiste Bouchez. Un atout précieux, surtout quand les plannings sont serrés. « Dans notre démarche d'innovation, nous cherchons à assembler des solutions industrielles adaptées au contexte », poursuit le responsable projet.

Ici, le choix technique s’est inscrit dans une réflexion engagée bien en amont du premier coup de pelle. Il a été analysé au regard de son impact sur l'organisation du chantier et les conditions de travail. « L’entreprise nous a sollicités il y a quelques années pour être accompagnée dans une démarche lean dans ses ateliers. Nous l’avons encouragée à étendre l’approche aux chantiers dans leur globalité », évoque Jérôme Chouteau, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays de la Loire. Nous en voyons le parfait exemple. » Dès les phases du projet, chaque choix de conception a été interrogé au regard de ses conséquences sur la réalisation et la simplification des travaux.

Le mur préfabriqué a été conçu pour permettre de ne plus travailler en hauteur, même au moment  du décrochage. Le dispositif d'installation élimine également une grande partie des risques d’écrasement.

Une réflexion qui porte autant sur les solutions constructives que sur l'organisation : prévision des flux et choix d’itinéraires adaptés pour les livraisons dans un environnement urbain contraint, identification des besoins en zones tampons, aménagements provisoires à prévoir, etc. Au sous-sol, un mur a par exemple été laissé ouvert pendant toute la phase chantier pour permettre l'acheminement de matériaux. « Il est plus facile de modifier un trait sur un plan que de changer l'organisation une fois le chantier lancé », soutient Jean-Baptiste Bouchez. L’anticipation fait gagner en efficacité et permet d’éviter des situations génératrices de risques.

Faire parler le chantier avant qu’il n’existe

Et cette logique se poursuit avec la tenue d’ateliers de planification collaborative. Le plus récent était consacré à l'enveloppe du bâtiment. « Nous avons réuni les sept entreprises concernées pour confronter les points de vue. Cela a permis d'identifier des situations de coactivité, des incompatibilités et de faire évoluer le planning et le phasage des opérations », décrit Jean-Baptiste Bouchez. « Quand ça ne fonctionne pas, c'est souvent qu'on ne se parle pas assez, qu’on reste sur un fonctionnement pyramidal, alors qu'il faudrait des organisations circulaires », complète Jérôme Chouteau. Ces ateliers permettent également aux chefs d'équipe de se connaître avant de se côtoyer sur le chantier. Si, plus tard, un problème surgit, cela facilite les échanges. La méthode va d’ailleurs être reconduite pour les corps d'état secondaires.

L’approche permet aussi de répondre à un contexte de plus en plus exigeant, marqué par la raréfaction de la main-d'œuvre qualifiée, des impératifs environne- mentaux, des délais de livraison toujours plus courts. Comme les murs préfabriqués d’aujourd'hui, ERB choisira les procédés de demain pour leur caractère innovant comme pour leur capacité à répondre aux contraintes propres à une opération donnée, dans un souci de performance globale. Au final, le chantier angevin illustre une évolution qui dépasse le seul recours à une nouvelle technique constructive. La prévention s’est invitée dans la conception du projet, dans les choix techniques, l'organisation des flux et la manière dont les entreprises construisent ensemble les plannings. 

FICHE D'IDENTITÉ

Nom : ERB

Lieu : Chalonnes-sur-Loire (Maine-et-Loire)

Métiers : maçonnerie générale, gros œuvre, entreprise générale en conception/réalisation, innovation et recherche de nouveaux procédés.

Effectif : 60 salariés + une vingtaine d’intérimaires.

Le chantier : construction d’une résidence étudiante Eseo à Angers. L’opération doit durer 15 mois dont 5 mois de gros œuvre. Livraison à la rentrée 2027.

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