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nouveaux arrivants

Une vision augmentée pour mieux savoir

Pour accueillir les nouveaux embauchés, Setforge Hot Formers, à Hagondange (Moselle), mise sur la réalité augmentée. Une approche immersive pour sensibiliser aux principaux risques de l’activité, en particulier les collisions engin-piéton et ceux liés aux machines.

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Corinne Soulay - 06/10/2026
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L'accueil dure 1 h 30. Stimulé régulièrement par les vidéos et les QCM projetés dans les lunettes, le nouvel embauché est plus attentif qu'en salle.

Ce matin-là, les ateliers de Setforge Hot Formers, entreprise spécialisée dans la production de composants forgés et laminés à chaud pour l'industrie automobile, en Moselle, reçoivent de la visite. Un curieux duo déambule au milieu des machines, s’arrête près des trois grosses presses horizontales, dont la cadence peut atteindre jusqu’à 100 coups par minute, repart, longe le laminoir circulaire dédié à la fabrication de couronnes de large diamètre, dépasse la ligne d’usinage, s’arrête à nouveau…

Ce qui rend ce binôme insolite, c’est l’attitude inhabituelle de l’un des deux hommes. Lunettes high tech vissées sur la tête, qui lui donnent un air de personnage de film de science-fiction, il s’immobilise à intervalles réguliers, semblant fixer un point à l’horizon, puis tend ses mains et se met à pianoter dans le vide sur des touches imaginaires… À ses côtés, son accompagnateur ne semble pas décontenancé. Pas plus que les opérateurs des machines alentour ou les caristes qui vont et viennent, transportant des caisses de pignons encore chauds. Ils ont l’habitude : depuis deux ans, c’est ainsi que se déroule l’accueil des nouveaux embauchés, à l’aide de la réalité augmentée.

Préserver les savoir-faire

« Au départ, nous avons acquis ces lunettes pour un autre usage, explique Vincent Thinus, le directeur de l’entreprise. Il y a six ans, une vague de départs à la retraite de nos salariés expérimentés nous a conduits à chercher un moyen d’immortaliser leurs gestes métier, dans l’idée de pouvoir transmettre ce savoir-faire aux générations suivantes d’opérateurs. » Le directeur a alors l’occasion de tester ces lunettes de réalité mixte, qui superpose au monde réel la réalité augmentée, en intégrant des hologrammes (texte, photo, vidéo…) dans le champ de vision de l'utilisateur. « J’en avais essayé quelques années auparavant, mais c’étaient les débuts de la technologie et cela donnait la nausée. Là, c’est beaucoup plus confortable », assure Vincent Thinus. Des vidéos détaillant les procédures sont ensuite réalisées, puis intégrées à l’appareil.

En pratique, l’opérateur en formation se place devant une machine, visionne le film à travers les lunettes et, les deux mains libres, peut reproduire les gestes en direct. Un dispositif qui a immédiatement inspiré Claude Maqua, le responsable sécurité, environnement et énergie, à son arrivée en 2023 : « Jusqu’alors, l’accueil des nouveaux reposait sur des supports papier ou des diaporamas. Et même s’il y avait des vidéos pour dynamiser la présentation, leur attention retombait vite. » Désormais, tout se fait sur le « terrain », dans l’atelier. Accompagné du préventeur, le nouvel embauché suit un parcours jalonné de six QR codes correspondant à autant de modules de sensibilisation : présentation de l’entreprise et des risques, circulation, environnement, énergies et produits chimiques, équipements de protection individuelle (EPI).

3 500 euros, c’est le prix d’une paire de lunettes de réalité mixte, auquel il faut ajouter entre 2 000 et 4 000 euros de licences de logiciel annuelles.

Au fil de sa progression, le salarié se familiarise avec son futur environnement de travail, emprunte le cheminement piéton matérialisé par un marquage au sol ou des barrières physiques, découvre les différents postes… Lorsqu'il scanne les QR codes à l’aide des lunettes, des fenêtres textuelles apparaissent alors dans son champ de vision. Une consigne vocale de sa part ou un clic virtuel, et le module démarre. À travers des vidéos ou photos projetées devant ses yeux, l’opérateur assiste à des scènes tournées dans l’entreprise, puis doit répondre à un QCM. « Cette situation est-elle dangereuse ? », « Quelles protections manquent dans cette situation de travail ? »… Si sa réponse est fausse, la question lui est reposée. Le module terminé, Claude Maqua revient sur les points essentiels pour ancrer les acquis.

À intégrer avec précaution

Par le biais de ce parcours, le salarié est sensibilisé aux risques principaux, en particulier ceux liés aux manutentions, le risque machine et, surtout, les collisions engin-piéton. « Dans notre document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), il apparaît comme un risque majeur, souligne Vincent Thinus. Tous les nouveaux arrivants suivent le module sur la circulation, mais les caristes bénéficient d’un module complémentaire. Les accidents sont rares, mais leurs conséquences peuvent être graves. » Le QR code correspondant à cette thématique est justement placé à un endroit stratégique de l’atelier, un carrefour très fréquenté. « Outre les règles de circulation, pour limiter le risque de collision, nous avons bridé les chariots à 11 km/h. Ils sont équipés d’avertisseurs de recul et d’une lumière bleue projetée au sol, pour délimiter la zone de risque pour les piétons », précise le directeur.

18 000 tonnes d’acier sont transformées chaque année par Setforge Hot Formers pour produire 12 millions de pièces.

Après 1 h 30, le parcours s’achève. L’expérience a plu à Daniel Lebrun, adjoint de Claude Maqua, plus de 20 ans d’expérience dans la profession, mais nouveau chez Setforge Hot Formers : « Je viens d’une entreprise où tout se faisait en salle. Là, c’est moins statique, on est stimulé en permanence, on est plus attentif. Et, pour les jeunes, c’est sûrement plus attractif. » « C’est la première fois que je vois ce type de dispositif innovant pour l’accueil des nouveaux embauchés dans l’industrie, remarque Julien Allias, contrôleur de sécurité à la Carsat Alsace-Moselle. L’entreprise est d’ailleurs lauréate du concours sécurité de la Caisse, qui récompense chaque année les actions remarquables en matière d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail. »

La mise en place d’un tel dispositif exige néanmoins quelques précautions : l’apprenant, vêtu d’un gilet haute visibilité, pour être facilement identifié, n’est jamais seul. « Comme il est concentré sur ce qu’il voit dans les lunettes, il peut être distrait et effectuer un faux mouvement, il a donc besoin d’être accompagné », rappelle Claude Maqua. Les personnes qui ne supportent pas l’équipement peuvent suivre le parcours sur tablette.

Pour compléter cet accueil, un système de tutorat permet d’accompagner les nouveaux dans leurs premiers pas dans l’entreprise. En outre, au sein de l’atelier, des panneaux géants rappellent les messages de prévention, et des documents affichés sur chaque machine, les bonnes pratiques pour les utiliser en sécurité… dans la réalité. 

FICHE D'IDENTITÉ

Nom : Setforge Hot Formers

Activité : fabrication de pièces forgées ou laminées à chaud pour l’automobile

Nombre de salariés : environ 100

Chiffre d’affaires : 35 millions d’euros

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