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Risques chimiques

Les Pfas, c'est quoi ? Tout savoir sur les polluants éternels

Les Pfas sont des substances chimiques qui ont pour particularité de se dégrader très peu, c'est pourquoi elles sont désignées également sous le terme de « polluants éternels » ou encore « produits chimiques éternels ». Mais quels risques sont encourus lors de la production ou de l'utilisation de ces Pfas ? Quels sont les moyens de protection à mettre en œuvre pour se protéger de ces polluants éternels ? Les explications de Myriam Ricaud, experte d'assistance-conseil à l'INRS.

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Travail & Sécurité. Myriam Ricaud, vous êtes chimiste, experte d'assistance-conseil à l'INRS. Pouvez vous nous dire en quelques mots ce que sont les Pfas ?

Myriam Ricaud. Les substances per et polyfluoroalkylées, nommées en abrégé Pfas, sont des substances chimiques qui sont utilisées dans de très nombreux secteurs industriels. La particularité de ces substances chimiques, c'est qu'elles ont une chaîne carbonée fluorée plus ou moins longue. Ce sont des atomes de carbone sur lesquels on retrouve des atomes de fluor. Et la particularité de ces substances chimiques, c'est que cette liaison carbone-fluor elle compte parmi les liaisons chimiques les plus stables. Et donc, c'est la raison pour laquelle ces Pfas se dégradent très peu après utilisation ou rejet. Donc ce sont des substances chimiques qui sont persistantes, on les appelle parfois également les produits chimiques éternels. Les Pfas forment une large famille de composés chimiques. Alors ça dépend les sources, mais cela va de 2000 à 5000 voire 10 000 substances, donc vraiment une grande famille de composés chimiques organiques. Parfois, on distingue ce qu'on appelle les Pfas à chaîne longue, qui ont des chaînes de carbone qui vont de 7 à 12 atomes de carbone et puis les Pfas à chaîne courte, qui ont moins d'atomes de carbone, entre 5 à 7. Parmi ces Pfas, il y en a deux qui y ont été particulièrement produits et étudiés, c'est notamment l'acide perfluorooctanoïque (Pfoa) et l'acide perfluorooctanesulfonique (Pfos).

Quelles sont les pathologies associées à l'exposition à ces substances ?

M.R. Ce qu'on a pu voir avec les Pfas globalement, c'était un petit peu comme chez certains perturbateurs endocriniens (PE), parce que certains Pfas sont des PE. Donc il y a des effets néfastes sur les systèmes reproducteur et hormonal. Ce qui est un petit peu atypique, c'est qu'ils ont également des effets sur le système immunitaire. Ils diminuent la réponse immunitaire à certains vaccins par exemple. On a pu voir une baisse de la fertilité, des faibles poids et taille de naissance, de l'obésité, retard de puberté, etc. Et puis certains Pfas sont, d'ores et déjà, classés cancérogènes, notamment de catégorie deux, et certains sont également classés reprotoxiques de catégorie 1B - les cancers qui sont notamment visés sont ceux du testicule et du rein. Comme certains Pfas sont des perturbateurs endocriniens, chez les salariés exposés aux Pfas, les effets néfastes peuvent se retrouver sur leur descendance également.

Comment ces substances ont-elles été découvertes ? Et depuis quand sont-elles utilisées massivement ?

M.R. Elles ont été découvertes en 1930 par un chercheur au sein de l'entreprise américaine Dupont. Et puis, elles ont été utilisées massivement dans les années et les décennies qui ont suivi, parce qu'elles présentent des propriétés très intéressantes, notamment des propriétés anti-adhésives et ignifuges par exemple. Elles sont mises en œuvre dans différentes applications, notamment les mousses utilisées par les sapeurs pompiers pour éteindre les incendies, mais également dans les vêtements techniques avec le Gore-Tex. Elles sont utilisées aussi dans différents cosmétiques et produits de soin, dans les revêtements anti-adhésifs, c'est pourquoi on entend beaucoup parler du fameux téflon. Le téflon est à base de Pfas, Pfas que l'on retrouvé galement dans les produits de nettoyage, les matériaux de construction, les vernis, les encres, les lubrifiants... Au regard de leurs propriétés très intéressantes, elles sont utilisées dans de très nombreux secteurs. Je n'ai pas parlé également de leurs propriétés anti-tâches, anti-vieillissantes... Mais le problème est que ces Pfas, sont des substances qui sont très persistantes et qui restent dans les environnements où elles se diffusent assez aisément. On peut les retrouver dans les sols, dans les eaux, donc ensuite dans les animaux puisqu'ils vont manger de l'herbe contaminée. C'est une problématique qui va au-delà de la santé au travail, c'est une vraie problématique de santé publique et d'environnement.

En quoi cette problématique des Pfas concerne-t-elle le secteur professionnel ?

M.R. Il ne faut pas négliger l'aspect santé au travail sur ce sujet. Puisque, sans doute, les expositions les plus fortes se font en milieu professionnel, parce que les quantités fabriquées, manipulées sont très importantes. Par ailleurs, les scénarios d'exposition diffèrent entre la santé au travail et la santé publique. Les salariés sont bien souvent exposés par inhalation alors qu'en santé publique, en tant que consommateurs, on est exposé plutôt par ingestion, voire contact cutané. Donc, les scénarios d'exposition diffèrent. Et puis, je pense qu'en entreprise, le salarié est exposé à des Pfas, mais également à plein d'autres produits chimiques et il peut y avoir des synergies entre ces produits chimiques. Donc, il peut y avoir de la polyexposition. 

Comment les salariés peuvent ils se protéger de l'exposition aux Pfas ? 

M.R. La première étape, c'est le repérage. Ensuite, c'est la substitution de ces Pfas. Comme il n'y a pas de solution générique, c'est vraiment du cas par cas. Et si on ne peut pas les substituer, c'est diminuer l'exposition des salariés au niveau le plus bas possible. Ce sont des produits chimiques, donc on limite les expositions des salariés en mettant en œuvre d'abord des solutions de protection collectives : ventilation, filtration... Puis, en complément, des équipements de protection individuelle. Un point important également, c'est la formation et l'information des salariés. On l'a vu, ces bifaces peuvent avoir des effets sur la reproduction, la fertilité, certains sont des perturbateurs endocriniens, donc il faut vraiment informer les hommes et les femmes en âge de procréer et assurer un suivi médical des populations potentiellement exposées.

Ce sont donc des produits potentiellement dangereux. Est-ce que leur utilisation est désormais réglementée ?

M.R. Il y a bien des réglementations qui sont mises en place à la fin des années 80, début des années 90. Ces règlementations, elles se poursuivent. Elles visent soit à restreindre ou à interdire l'utilisation de certains Pfas, soit à assurer une surveillance de ces Pfas dans les eaux et voir quelle imprégnation elles ont au sein de la population. Dans le cadre de Reach par exemple, il y a plusieurs Pfas qui sont considérées comme des substances extrêmement préoccupantes. Il y a des Pfas qui sont d'ores et déjà interdites de production et d'utilisation même si ce ne sont que quelques Pfas, notamment dans le cadre du règlement POP qui porte sur les polluants organiques persistants. Et puis, il y a des règlementations qui sont plus axées sur l'environnement, mais on voit qu'elles ont impacté les entreprises puisqu'elles sont venues vers l'INRS par ce biais : elles se posaient aussi des questions par rapport à la santé au travail. Très récemment, en juin 2023, il y a un texte réglementaire qui est sorti, qui impose aux entreprises classées ICPE (Installations classées pour l'environnement) de mesurer les Pfas dans leurs rejets aqueux. Afin de pouvoir mesurer une vingtaine de Pfas, elles doivent déjà identifier ces substances : quels sont les Pfas produits, utilisés sur leur site, traités et rejetés... Elles doivent donc dresser une liste de ces Pfas et estimer ce qui est largué dans les milieux aqueux. Et donc cela a interpellé les entreprises qui nous ont beaucoup sollicités : je produis telle et telle Pfas, donc mes salariés sont éventuellement exposés, qu'est ce que je peux faire pour mettre en place pour les protéger ? Donc il faut savoir que sur les Pfas en santé au travail, Il y a peu de données disponibles pour le moment. Jusqu'à présent, le secteur a été peu investigué parce qu'il n'y a pas actuellement de méthodes qui permettent d'estimer l'exposition des salariés en entreprise.

L'INRS va lancer des travaux sur le sujet. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

M.R. En janvier 2024, des travaux débutent sur les Pfas afin d'identifier : quelles sont les Pfas mises en œuvre en milieu professionnel ? Quels sont les secteurs industriels concernés en France ? Quels sont les salariés exposés et combien sont-ils ? Quels sont les scénarios d'exposition en entreprise ? L'objectif, c'est de développer des méthodes pour caractériser les expositions aux Pfas.

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