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Risque thermique

Travail à la chaleur : quand et quelles mesures de prévention mettre en place ?

À partir de quand peut-on parler de travail à la chaleur ? Hormis la température, quels sont les autres facteurs importants à prendre en compte ? Les explications du Dr Emmanuelle Peris, experte d'assistance médicale à l'INRS.

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Travail & Sécurité. Emmanuelle Peris, vous êtes experte d'assistance médicale à l'INRS. À partir de quand parle-t-on de travail par forte chaleur ?

Dr Emmanuelle Peris. On parle de travail par période de forte chaleur quand il y a une chaleur naturelle inhabituellement élevée pour les salariés. Il n'y a pas de température limite à partir de laquelle on considère que c'est un travail par forte chaleur. En revanche, on peut dire qu'à partir de 28 degrés pour un travail qui demande une activité physique ou 30 degrés pour un travail de bureau, par exemple, la chaleur peut représenter un risque. Mais en pratique, plusieurs paramètres entrent en ligne de compte pour évaluer ce risque et conduire une démarche de prévention. Des salariés peuvent déjà être à risque en dessous de 28 degrés, et au-delà de 30 degrés, des salariés peuvent être parfaitement en sécurité avec une situation maîtrisée si la démarche de prévention est correctement conduite.

Hormis la température, quels sont les autres facteurs importants à prendre en compte ?

Dr E. P. Les autres facteurs à prendre en compte sont, par exemple, l'humidité de l'air qui va défavoriser l'évaporation de la sueur : plus l'air est humide, moins le corps peut s'adapter à la chaleur. La vitesse de l'air qui va favoriser l'évaporation de la sueur doit aussi être prise en compte. Il y a le rayonnement solaire : les salariés qui travaillent à l'extérieur, qui sont exposés au rayonnement solaire, sont plus à risque de coup de chaleur que les salariés qui seront à l'intérieur, ou à l'ombre. Il y a aussi des paramètres qui concernent directement le salarié, à savoir son activité physique de travail, les tâches qu'il doit accomplir : est-ce qu'il doit porter des charges ? Est-ce qu'il doit monter ou descendre des escaliers ? Et enfin, il y a des facteurs liés à l'isolement des vêtements, ou des équipements de protection, qu'il peut être amené à porter dans le cadre de son travail.

Pouvez-vous nous lister les secteurs les plus concernés ?

Dr E. P. Alors, les secteurs les plus concernés vont être les secteurs où les salariés vont travailler à l'extérieur avec une charge physique. Sont aussi concernés, des salariés qui vont travailler à l'intérieur, dans des locaux mal isolés ou mal ventilés ou mal climatisés. Des salariés qui travaillent déjà dans des ambiances thermiques chaudes en fonderie, en verrerie, dans la restauration, en boulangerie...

Quels sont les risques liés au travail à la chaleur ?

Dr E. P. Travailler à la chaleur expose les salariés à un surrisque de survenue d'accident du travail par défaut de vigilance, par l'allongement de leur temps de réaction, éventuellement par les mains moites. Il y a aussi des effets directs de la chaleur sur la santé : certains qui ne sont pas graves comme des boutons, des œdèmes, des choses qui vont passer assez facilement. Et des effets sur la santé plus graves, avec ce qu'on appelle le syndrome d'épuisement déshydratation, où les salariés vont transpirer normalement, vont évacuer leur sueur et l'évaporer normalement. Le corps va lutter contre la chaleur mais s'ils ne compensent pas les pertes d'eau et de minéraux, ils vont avoir ce syndrome d'épuisement avec une sensation de malaise, une soif importante. Et si ce syndrome là n'est pas pris en charge, ou est mal pris en charge, ça peut évoluer vers ce qu'on appelle le coup de chaleur qui est la situation la plus grave qu'on rencontre dans l'exposition à la chaleur, puisque ça peut conduire au décès dans un certain nombre de cas. Par définition, c'est une température corporelle qui s'élève au-delà de 40 degrés avec des troubles neurologiques. Si la prise en charge est trop tardive, ces patients auront des séquelles, et peuvent même mourir. 

Quelles sont les principales mesures de prévention à mettre en œuvre ?

Dr E. P. Les mesures de prévention, qu'elles soient collectives ou individuelles, peuvent être prévues longtemps à l'avance. Il s'agit d'anticiper les risques liés aux périodes de fortes chaleurs. On peut, par exemple, mettre en place une climatisation, une mécanisation des tâches, organiser un ombrage sur un chantier, commander de l'eau, commander des ventilateurs... On peut aussi anticiper les décisions qu'on prendra au moment où on sera dans une période de fortes chaleurs : l'organisation du travail peut être modifiée lors de ces périodes. On peut, par exemple, reporter les tâches physiques les plus lourdes, c'est quelque chose qui s'anticipe assez facilement. On peut se dire : à partir de mai ou juin prochain, à partir de telle température, il faudra qu'on revoit l'organisation du travail tous les jours, en fonction de la météo et de l'exposition solaire des salariés. Au niveau individuel, les mesures de prévention vont surtout consister à bien informer et sensibiliser les salariés sur les mesures de prévention collective mises en place pour eux et sur ce que eux doivent faire, peuvent faire, pour se protéger des effets de la chaleur. Donc, l'employeur doit du mieux qu'il peut inciter ses salariés à boire de l'eau, souvent par petites quantités, à prendre des pauses à l'ombre si elle en ressent le besoin, à être vigilant vis-à-vis de lui même mais aussi de ses collègues. Si jamais certains, malgré les mesures de prévention mises en place, devaient avoir un souci de santé, un malaise, des maux de tête, des vomissements. Les salariés doivent être informés du risque de coup de chaleur et savoir quoi faire si un collègue présente des symptômes compatibles.

On voit apparaître sur le marché des technologies pour rafraîchir les salariés. Qu'en pensez-vous ?

Dr E. P. Il y a plusieurs technologies qui sont arrivées sur le marché déjà depuis quelques années : des serviettes rafraîchissantes, des gilets rafraîchissants. Ce sont des dispositifs individuels qui, certes, peuvent aider au niveau individuel, mais ne pourront pas remplacer la mise en place d'une organisation du travail différente, la mise en place d'aides techniques. Ces gilets rafraîchissants, pour prendre l'exemple des gilets, semblent bien fonctionner sur l'astreinte thermique de travail. Mais les études que l'on a actuellement portent sur un petit nombre de salariés.

Peut-on dire que le travail par forte chaleur a tendance à se développer à l'heure actuelle ?

Dr E. P. On s'attend, avec le réchauffement climatique, à ce que les périodes de fortes chaleurs soient de plus en plus fréquentes et potentiellement de plus en plus longues et plus intenses. Donc, la question de la prévention en milieu professionnel des risques liés aux fortes chaleurs doit prendre toute sa place. Toutes les entreprises sont concernées, tous les salariés sont concernés. Donc oui, c'est un sujet d'actualité et d'avenir.

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